Il suffit d'un mot

La singularité de – le nœud de chagrin qui

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Il est toujours particulier de voir à l’œuvre, un nœud se défaire. Le voir, tomber.
 


 
 
Elle ne l’a pas hurlé. Elle l’a pleuré, un peu. En retenue.

Nous débattions de noël, celui auquel nous ne voulons pas venir, celui qu’elle tente d’imposer par peur panique que nous n’intégrions pas BS, son mari et les enfants de celui-ci – et que mon mari nomme « interprétation » de ma part. Il a parlé avec elle de ruptures familiales et anciennes, des besoins de sa part à elle et des besoins de sa part à lui, de la nécessité d’être libre dans les choix, de la préférence de rencontrer davantage en tête à tête que de voir trop de monde en même temps ; sans rencontrer d’échos.

LeChat qui s’acharnait à expliquer pourquoi il ne viendrait pas – et auprès de qui j’avais insisté sur ce qui se jouait en arrière-plan et qui me soutenait que ce n’était que donc que de l’interprétation -, a pourtant fini, en désespoir peut-être de ne pas sentir sa mère se détendre sur noël, de continuer à se défendre un peu sur ce qu’il souhaitait, de voir sa mère continuer à lancer des bouteilles à la mer, est-ce que je sais finalement ce qui lui a fait dire ça, LeChat a fini par lui dire que notre décision de ne pas venir n’avait aucun rapport avec sa sœur. Et c’est là, précisément, qu’elle s’est apaisée. Je suis venue ajouter que je m’étais détendue par rapport à ce qu’il s’était passé, que cela allait. Et depuis ses yeux qui coulaient j’ai vu tout ce que cela soulageait ; il n’y avait pas de tensions cachées, pas de conflits, mon oubli de dire au revoir au mariage ne cachait rien d’autre que ma fatigue, nous ne tentions pas de prendre la fuite, nous ne haïssions pas BS. Il aurait été compliqué de lui expliquer que les crises de BS à tous les précédents noëls, nous plongeaient dans ce besoin-là, de rester entre nous pour celui-ci, que la joie de fêter noël avait été perdue, que nous voulions retrouver cela, aussi. La joie. Notre besoin, c’était d’être tous les quatre, et elle pouvait dans tous les cas, désormais, l’entendre.

Elle m’a regardée, vraiment.

Elle m’a dit en peu de mots, l’enfance, les portes qui claquent et toute la difficulté d’être mère de cette enfant-là.

Elle m’a regardé et elle m’a dit mais pourquoi je pleure, et moi je savais bien que c’était sur ce qui est en train de se construire, d’exister, ce qu’elle accroche de volonté pour qu’enfin l’adulte se sente bien, que tout le monde le voit, les frères, la sœur, la belle-fille et tous, tous ceux si récalcitrants à se faire malmener comme elle l’a été en tant que mère. Parce que c’est cela aussi, elle a marché sur des épines et l’a accepté, on devait tous le faire, elle n’a pas vu je crois, que c’était à son cœur seul de résister et que le reste du monde n’a pas la même capacité d’encaissement. Ce que BS a traversé de mort(s), d’errance, de fuite, de destruction, nous ne pouvions pas suivre. Juste nous raccrocher, plus tard, lorsqu’elle irait mieux et si les relations n’étaient pas trop amochées.

Je ne sais pas ce qu’elle a fait s’écrouler et ce qu’elle reconstruit maintenant. Je ne connais pas ma BS, je ne sais que ses critiques, ses méchancetés essentiellement maladroites, sa bêtise trop souvent, ce qu’elle me montre à moi pour acter une destruction savante et qui ne la définit pas. Je ne sais pas ce dont elle s’éloigne ni de quoi elle s’approche, je ne me tiens pas suffisamment proche pour en voir quoi que ce soit, je me contente d’écouter ma belle-mère pleurer en retenue sur ce que devient sa fille et les progrès qu’elle fait, tout ce qu’elle va mieux. Je la crois. Je me tiens malgré tout à distance, je ne peux pas encore à ce point-là, non, pas encore.

J’ai étrangement retrouvé une belle-mère.

Elle a lâché prise.
Le nœud est tombé.

A tel point tombé, que le soir après le repas elle m’a proposé de boire une tisane – oh cela, il faudra que j’en parle aussi, je bois sachez-le, je bois, tisanes comme alcool, c’est un truc fou de dingue qui m’arrive – et comme j’acceptais, elle a sorti une tasse. Blanche, évasée vers le haut, belle comme je les aime. Et alors que je lui signale qu’elle me plait, elle m’assomme : cette tasse, elle la garde pour moi. Depuis deux ans, voire trois. Mais je ne te l’ai jamais montrée ? Il est certain que non, je ne sais rien d’une tasse que je peux aimer et qu’elle me réserve.

Ma belle-mère vient donc de m’accueillir dans la famille avec une tasse de thé – j’ai un peu l’impression de faire mes premiers pas dans la famille en tant que nouvelle arrivée -, puis une couverture chauffante parce que j’ai froid tout le temps, qu’elle avait mis de côté pour moi depuis deux ans également en oubliant de m’en parler – c’est tellement, tellement énorme, cet oubli.
Si cela n’est pas un magnifique acte manqué, je ne sais pas ce que cela peut être.
J’ai éclaté de rire, vraiment.
J’ai réussi à taire la phrase qui me venait spontanément tant j’avais la sensation de cadeaux à tous les niveaux d’interprétations :
Oh mais c’est noël aujourd’hui !

Je gage que ça aurait été de mauvais goût.

 
 
 

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