coucher-de-soleil-brouillard

 
Je n’ai plus envie de me dire.
Là.
L’extrême fatigue retient les mots. Ceux à dire, ceux à écrire.

Je continue de voir les phrases et les mots, je les pose sur des bouts de papiers déchirés en attendant le moment où je me remettrai à l’écriture réelle, je tente de tout glisser dans le même carnet ; des phrases qui me montrent tout l’éloignement nécessaire pour se dire sans y être. Un effondrement entre ce que je sais, crois savoir, écris, un gouffre à rendre lisible pour un lecteur potentiel, qu’il le traverse comme il me traverse, moi. Je crois que j’écris que je ne sais pas et c’est cela le plus étonnant, l’histoire qui s’écrit où je suis au centre en y étant si peu puisque je parle d’elles. Ne pas être dans ce qui s’écrit en y étant pleinement, ce paradoxe né de l’écriture et qui devient roman. Je me demande, tellement, si je vais arriver à rendre, à dire, à faire dire.

Est-ce qu’à un moment on sait qu’on a tout écrit ? Qu’on peut s’arrêter ?

 


 

J’ai vu passer la journée pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes en me disant que je n’étais décidément pas présente, parce que c’est tout de même fou qu’un jour comme celui-ci, je n’ai rien à en dire. Je suis tombée par hasard sur l’escalier de Nicole Ferroni, j’ai vaguement lu quelques tweets et un article sur ce corps qui appartient à soi et non à l’autre et globalement j’ai eu la sensation de ne pas être là.

C’est particulier, de n’avoir rien à dire.
Particulier.

Je ne sais pas si ce ne serait pas le signe que je ne sais plus mon corps, que je le cherche sous toutes ces mains et ces nuits et ces années, que je ne sais pas encore m’appuyer fermement sur lui, ce corps, cette entité à part qui m’appartient et qui s’est tant défilé. Il a dit, le microkiné qui me savait à la mauvaise place ce jour-là dans son cabinet, il m’a dit « vous êtes si calme c’est impressionnant ce que vous êtes calme. Avec tout ce qui traverse votre tête« .
Il fallait bien qu’il dise au moins une chose censée.

Je ne sais plus.
Est-ce que je m’appartiens lorsque je suis traversée de toute cette écriture, est-ce que je m’appartiens lorsque je ne me reconnais dans rien de ce qui traverse le pays, est-ce que je m’appartiens lorsque j’en suis à réfléchir à affirmer qu’il n’est pas possible que je sois française alors que je suis si peu en accord avec ce qu’il m’entoure, est-ce que je m’appartiens lorsque je ne suis pas certaine de ce corps et que je songe à le créer modeler souffler sur des pages blanches traversées d’encre noire, est-ce que je m’appartiens encore maintenant que je me suis inscrite que je peux voter et que je ne crois en rien rien rien de ceux qui arrivent pour être élus à se regarder le nombril, est-ce que je suis encore à m’appartenir lorsque l’autre se joue de l’envie de créer un délit d’entraveparce que le corps des femmes vraiment, est-ce qu’il leur appartient ? – et s’amuse donc à légaliser un attouchement non consenti c’est-à-dire un viol, est-ce je m’appartiens lorsque je me tais lorsque je dis lorsque je pleure lorsque je lui dis non lorsque je lui dis viens, est-ce que je sais seulement encore ce qu’est un corps.
 
 
 

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