L’air pétrifié des chats

thé foret blancheur pétrifié
Mon premier essai montage de deux photos.. 🙂

 
 

 
 
 
2 Décembre . -3°
Le monde s’est pétrifié. L’air blanchit et il ne s’agit plus de souffle, du notre, il ne s’agit pas, encore, de la neige, il blanchit de ces nuages qui se déposent sur la ville pour la presque journée, il blanchit et l’on ne voit plus à quelques mètres. J’ouvre les volets sur un nuage, les referme sur un autre, ils s’effilochent ou se compactent dans une beauté magnifique qui me devient inaccessible, je ne peux photographier l’invisible ni courir la nature, je ne peux plus exister dans la photo ; le monde s’est éloigné dans des profondeurs étonnantes, ce n’est pas seulement le brouillard, pas seulement le froid, c’est un ensemble comateux, une léthargie qui me cloue au sol. J’hiberne.
Silence, c’est un silence sans mémoire, je signe une urgence de ne rien faire.
Il y a de la fragilité là-dedans, un abandon peut-être même.
J’ai fermé les volets tellement vite que je crois que l’air blanc est resté dehors, collé au bois. Et pourtant je me suis glacée, mon corps a chuté avec la température, il y a trop de degrés passés en dessous du zéro. Je me pétrifie avec la sensation d’un hiver interminable, la luminosité, si pauvre, m’engourdit les idées. Dans un coin de mon esprit, il y a cette pensée folle d’hivers dans le Sud, cette maison que mon mari nous prépare là-bas et qui soulagera mon corps, tout mon être. Alors même si le projet a de quoi m’inquiéter, je sais que sur ce point précis, il me sera bénéfique. Un hiver au froid plus doux m’attend.

3 Décembre . -2°
Il m’a réveillée en vitesse parce qu’il devait partir travailler finalement, une urgence aux aurores impensable depuis la profondeur de mon sommeil : 9h03. Je n’ai pas aimé. Mon corps n’a pas aimé. Mon cerveau n’a pas aimé. Nous devions être dehors à 9h20, nous y sommes arrivés à 9h27. J’ai mangé en m’habillant pendant que je pressais Prince de finir son petit déjeuner et Hibou de passer un pull des chaussettes la brosse dans ses cheveux, j’ai empêché Prince de se coiffer et je l’ai pressé de s’habiller avec pull chaussettes écharpe ; je n’ai pas pris de thé et je suis partie sans être coiffée, avec sur le visage les traces imprimées des moustaches de l’oxygène. Je ressemblais à un chat frigorifié. Nous avons un peu couru un peu boité, nous sommes malgré tout arrivés en retard à l’activité de Hibou ; je l’ai aidé à enlever toutes les couches antigel superposées sur ses épaules en me disant que nous nous en étions tout de même bien sortis et nous sommes repartis, plus doucement, un peu marchant un peu boitant. Le temps de retirer nos épaisseurs chaudes et la factrice arrivait, sans gants pour protéger ses mains sans écharpe pour protéger sa gorge sans grand-chose pour se protéger du froid, elle courait un peu. Elle m’a porté mon doux calendrier de l’Avent que LeChat m’offre, une histoire de thés chaque jour. Parce que c’est une histoire, une saveur dans une tasse de thé, ce petit nuage qui s’échappe et ce gout particulièrement épicé1, j’ai la sensation de marcher sur les sapins d’Europe de l’Est – je ne sais pas pourquoi cette image me vient, me traverse comme le grand froid et le vent, et puis ce thé qui diffuse sa chaleur ses épices et son feu de bois dans une cheminée – l’Europe de l’Est et le vent et la neige et le froid, une odeur de Cèdre… la blancheur et le Cèdre… je tiens entre mes doigts la neige et les bois.

J’ai à peine eu le temps de la forêt, de la saveur, de l’histoire que j’ai dû abandonner la moitié de mon thé sur le bureau, il était l’heure déjà de retourner chercher Hibou. Nous avons remis pulls, grosses vestes, gants, bonnets, écharpes et tout emmitouflés nous sommes ressortis dans le grand froid et le léger vent qui faisait geler les sourcils. C’est là que j’ai ouvert les yeux – j’étais réveillée cette fois et sans moustaches de chat sur le visage -, c’est là que j’ai vu comment Hibou s’était habillé. Son pantalon, il avait gardé son pyjama.
 
 
1- Jour 2 : Thé noir Flocon d’épices : Cannelle, muscade, girofle, écorces d’orange et fleurs de bleuet
 
 
 

7 thoughts on “L’air pétrifié des chats

  1. Si tu n’existes plus dans la photo à cause du brouillard, je peux t’assurer que tu existes bel et bien dans les mots ! J’ai suivi ton récit avec ma propre tasse de thé à la main, tes mots sont consistents, on peut presque palper les images que tu nous mets sous les yeux.
    Des matins où les enfants partent mal accoutrés, je crois que tous les parents le connaissent au moins une fois dans leur vie.

    1. A cause du froid, exactement 🙂 Cela s’est réchauffé un peu dehors d’ailleurs, c’est agréable !
      Merci, si tu savais comme cela me fait du bien de lire ça <3
      (oui j'imagine ^^ J'ai bien ri en tout cas ! )

  2. *Premier* photomontage, sérieusement ? Oo
    Le fondu est si discret qu’on met quelques instants à distinguer les sapins de l’humidité du sachet ! J’aime beaucoup le principe, en tous cas !

    1. Ah oui le premier ! Je me suis bien amusée 🙂
      Pour ces deux photos en tout cas, cela a été assez simple : un calque, une visibilité légère, la gomme pour effacer ce qui n’a pas besoin d’y être (je te résume rapidement, c’est un peu long pour bien doser mais amusant ^^). Je dirai que justement le sachet bien humide a beaucoup simplifié l’intégration de la photo des arbres enneigés. Je galèrerai sans aucun doute bien plus pour un prochain montage.

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