Dehors, le froid et les mots

dehors le froid auvergne paysage brouillard brume

 

Si vous êtes dépressif vous vivez dans le passé.
Si vous êtes anxieux vous vivez dans le futur.
Si vous êtes en paix vous vivez au présent.

Lao Tzu


 

Dehors, le froid. Depuis la cuisine, je ressens les rayons du soleil, sa chaleur sur moi me réchauffe au-delà de tout, c’est un bout de printemps qui arrive jusqu’à moi en plein hiver. Il y a ce -8° affiché dehors qui contredit tout et ces rayons de soleil pourtant qui rappelle ces instants provisoires. Je reste à travailler dans la cuisine juste pour cette douceur-là, vingt magnifiques minutes avant de me faire voler mon côté chat par des nuages d’un gris un peu sombres qui refroidissent l’air ambiant. Je ne cherche plus la marche, je m’y glace en quelques pas avec les enfants aux jambes qui ne filent pas suffisamment vite pour mon corps qui ne tient pas la chaleur. Depuis mes tasses de thé, j’observe le monde qui s’apaise et les mots qui se tressent là où je ne me savais pas être.
 



 

Dehors, le froid. Il y a cette musique qui m’envoûte et m’apaise, je me sens comme un dimanche si je travaillais, un dimanche qui s’étire comme s’il refusait de prendre fin, de devenir un lundi. Je suis dans une bulle, posée entre les rayons de soleil, c’est cela, je suis là, dans l’instant, entre les odeurs de soupes et de macarons-un-peu-étalés sur la plaque, entre les sourires et les mails que j’échange. Un peu dans cet après-noël très doux que nous avons vécu.
Je me recentre dans une ambiance un peu feutrée, éloignée du monde. Éloignée des réseaux, peut-être, essentiellement, juste un temps comme ça où je me retrouve moi, où je me cherche et me trouve avant d’aller vers l’autre. Je suis passée et puis ce n’était pas ce que je cherchais, j’avais besoin finalement de silence – d’un certain silence, d’un qui ne me parle pas droit dans les yeux. Je ne sais jamais me saisir socialement, je suis toujours à côté, en deux temps, peut-être à contretemps, même. Je suis dans ce retrait et paradoxalement j’ai créé pour la question qui me traversait – c’est quoi ça ? – un compte où l’on peut poser des questions, je l’avais fait une fois, ailleurs, je ne sais plus, quelque chose avec Ask dedans, j’ai créé donc un compte parce que j’aime trop répondre aux questions qu’on me pose et c’est par là.

Dehors, le froid et dans la maison, l’odeur du gâteau à la farine de châtaigne me rend folle un peu, je suis dingue de cette pâtisserie-là. La méditation m’attrape et je ne pense plus, je suis définitivement ailleurs, sur un autre plan, une autre vie, une autre compréhension de moi, c’est fou le temps que ça prend, de s’apprendre, est-ce que je vais savoir un jour ce que je fais là, pourquoi je suis là, qu’est-ce que je fais de cette vie offerte. Et je reçois un message troublant, très troublant, bouleversant de justesse, la vie est si étonnante parfois..

Dehors, le froid. La terre du jardin est comme bétonnée, sous mes légers coups de talons elle claque. Impénétrable. Je la touche du doigt un instant, impressionnée par cette dureté noire blanchie par un souffle délicat. Je verse le compost dans le trou gelé et bien trop plein, sans grand espoir de le recouvrir, je n’essaye même pas. La voiture elle aussi gelée jusque dans ses retranchements, refuse de démarrer, s’octroie une pause-froid et nous n’avons pas pu faire les courses. Nous n’avons plus rien à manger pour ce soir, pour demain, pour le weekd-end, pour la semaine qui arrive et – est-ce de l’inconscience ? – nous en avons ri, est-ce que quelque chose nous touche ces temps-ci, sinon la sérénité ?

Dehors, le froid. Les enfants font des bulles dans le jardin. La première minute elles sont d’une splendeur étincelante, gonflées de rouge de bleu de vert de jaune débordantes d’arc-en-ciel, elles ont comme volé la lumière et puis la minute suivante elles explosent de froid avant même d’arriver à être des bulles, il n’y a plus de possibles. Je me demande comment elles ont pu être ainsi magnifiée, je ne sais rien de ce qui traverse l’Univers, je touche en permanence ce que je ne sais pas.

Dehors, le froid. J’enterre les articles que j’ai commencé parfois chaque jour, qui n’ont jamais vu de fin, ne seront pas publiés, n’existeront qu’à ceux ayant le mot de passe – c’est à dire seulement moi. Je conserve ce que j’ai tenté d’écrire, quelque part, sans grand succès parce que je suis définitivement complètement à côté de moi, je me fais traverser par le silence, celui d’une fin d’année difficile, sans doute que c’est cela aussi, cette fin d’année que je rends douce, que je m’approprie, que je fais mienne. Je n’ai jamais vraiment fait de résolution pour les changements d’années, je suis dans une incapacité notoire à suivre ce que je m’impose, tout en moi veut répondre d’une certaine liberté. Cette année pas plus qu’à d’autres, je ne poserai donc de résolutions. Il y a peu, j’ai découvert la force d’une intention. Ce fut une expérience incroyable pour moi. J’ai donc décidé de poser des intentions pour l’année à venir :

. Me recentrer, méditer, entendre
. Créer l’écriture, terminer le roman
. Partager la lumière au monde, aimer
. Jeter l’essentiel, conserver l’essentiel
. Vivre

Et puis.
Demain se profile, avec quelques heures dans ce salon de thé où j’ose croire que je vais écrire.
Je ne suis pas en paix, j’y aspire durant ces secondes où le monde se gèle, attendant le printemps et les mots.

Je ne me relis pas.
 
 
 

9 thoughts on “Dehors, le froid et les mots

  1. « les mots qui se tressent là où je ne me savais pas être », quelle poésie en si peu de mots !

    Un article que l’on sent posé, comme si tu avais savouré d’avoir le temps, à l’inverse de d’autres fois où l’on te lit courir de partout et surtout après le temps. A l’image de ce moment dans ta cuisine à savourer les rayons du soleil.

    Cette année, je n’ai aucune résolution si ce n’est de poursuivre mes projets en cours. Finalement, les résolutions se font mois après mois, semaine après semaine, au gré de la vie, comment fixer une chose qui durera un an alors que tout peut changer demain ?

    Cela dit, tes intentions, comme des principes de vie, sont de belles bases sur laquelle tisser cette année.

    Bonne année, donc ! En te souhaitant particulièrement de terminer le roman, avec toute la charmante prose dont tu es capable 🙂

    Pidiaime/Cléa

    1. J’ai retrouvé un espace-temps où je ne cours pas.. c’est particulier, je suis entrée en hibernation.
      Oui, j’aime « tout peut changer demain » ^^ C’est exactement ce qui fait que je n’arrive jaamis à suivre ce que je me dis que je vais faire (ça fonctionne un temps et puis.. je passe à autre chose). Les intention sont plus de l’ordre de messages à mon subconscient, ça a une grande force de « principe de vie », oui c’est ça.
      Petite entorse pour le roman.. mais si je ne me bouscule pas, il ne s’écrira jamais. Je voudrais voir de quoi je suis capable 🙂

      Douce et belle année à toi également <3

      1. Oui, il faut se bousculer, s’organiser, se forcer un peu… Mais je crois que s’il apparaît dans tes intentions c’est bien qu’il n’est pas si loin de naître, et qu’il lui manque juste une petite impulsion de ta part.

        Bonne hibernation 😉

        1. Un petit peu plus que ça.. je dois travailler le fait qu’il est sombre et que ça me pose un souci. J’aimerais arriver à alterner du sombre et du joyeux, pour l’instant je n’y arrive pas spécialement ^^’

          1. Et pourquoi c’est un souci ? Trop pessimiste ?
            Je suis tombée sous le charme de Zola pour son sombre réalisme 🙂

            1. J’ai profondément aimé Zola moi aussi ! Il écrit du sombre mais.. En fait dernièrement j’ai lu des livres sombres dans l’écriture même (pas juste l’histoire) et punaise c’est limite poisseux (ça l’est, d’ailleurs), et j’ai peur de faire ça. Que le sombre devienne glauque, que la lecture soit pénible. Tu vois l’idée ?

              1. Oui bien sûr, mais je pense aussi qu’on peut faire du sombre sublime. Si la lecture est pénible, c’est avant tout à cause du style. Après, il peut y avoir aussi la question de sombres vérités qu’on ne voudrait pas lire car on préfère les ignorer. Mais ça c’est un autre débat !

                1. Tu éclaires ma réflexion, je n’avais pas vu le fait que le sombre me posait un souci avant tout à cause du style (qui peit être glauque) et non à cause de l’histoire elle-même.. c’est vrai, tout est en relation avec le style, tout est dans la manière.. Merci <3

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