givre bleu blanc

 


 

J’écris tous les aujourd’hui, des instantanés qui filent sous mes doigts comme des comètes, je les vois à peine passer et j’aime, profondément, ces messages que je laisse filer de manière presque anodine. Moins de cent mots pour me dire, un peu chaque jour, alors que je ne prenais plus le temps. Ou alors je ne prenais pas l’envie, parce que c’est un peu cela finalement, lorsqu’on ne fait pas quelque chose et qu’on parle du temps ce n’est qu’un prétexte. C’était l’envie de venir par ici, se dire, encore, comme on radote lorsqu’on a les cheveux tous blancs et les mains pleines de vagues, se dire et se redire à un moment est-ce qu’on n’a pas tout raconté ? Je me tenais un peu là, les mains sans vagues mais les cheveux déjà bien entamés par le blanc ; d’ailleurs je me pose la question de si je ne vais pas les teindre au henné, mes cheveux, j’ai eu un choc il n’y a pas longtemps à me voir autant grise, j’ai accusé les trente-neuf années et je me suis demandé à quel moment j’avais autant vieilli sur ma tête. Est-ce que c’était un mauvais éclairage, le soleil qui se la jouait farceur ? J’avais les cheveux décalés à mon âge. J’ai. Pas j’avais, j’ai. J’ai les cheveux de ceux qui vieillissent. Trente-neuf ans, ça m’agace un peu, tout de même. Un jour je me suis réveillée et je n’avais rien vu, j’avais quatre cheveux blancs. Pas un non, quatre. J’avais 24 ans et ça m’a fait rire. Je ne sais pas pourquoi je n’en rigole pas, cette fois. Enfin sans doute que si, je le sais, je voudrais une fois, comme ça, ne pas avoir cet air fatigué. Alors je me pose la question de la teinte et ça ne me plait pas, je me suis toujours teint par plaisir, jamais pour cacher, et je ne veux pas commencer, je ne veux pas cacher le blanc, je ne veux pas cacher l’âge qui passe, je ne veux pas je les aime bien en même temps, je les aime bien c’est juste que je ne les attendais pas si tôt, alors je ne teins pas et je râle. Un peu.

Alors vous voyez je viens me raconter encore, je viens avec cheveux blancs et instantanés, je ne suis pas complètement absente ; à ce propos LeChat à qui je disais que je n’avais plus rien à dire s’est esclaffé Toi plus rien à dire ?, il me sentait comme en manque de crédibilité.

 

Edit : il y a peut-être du blanc, des vagues et du gris, peut-être, mon mari lui, m’offre des fleurs en revenant de son activité <3      

12 commentaires

  1. Je ne commente pas tous tes instantanés, mais sache que je prends plaisir à les suivre !
    Écrire avec concision, c’est quelque chose dont j’ai bien du mal.

    Je suis tout à fait d’accord sur le fait que dire « j’ai pas le temps » n’est pas une excuse toujours valable. Souvent, ce serait plutôt « je ne prends pas le temps ». Je suis souvent coupable de cette excuse moi-même, mais je crois que j’ai tout de même une bonne moyenne de productivité. Jusqu’au lycée, mes parents m’ont très fortement incitée à avoir une activité sportive et/ou musicale en parallèle des cours (voire les deux jusqu’au collège), et je crois que ça m’a bien appris qu’on a le temps de tout faire 🙂

    Quant aux cheveux blancs, je comprends que ça peut être désolant, mais malheureusement ce n’est pas une chose contre laquelle on peut lutter éternellement. J’ai eu mes premiers à 23 ans, et au début je les arrachais frénétiquement parce que ça m’insupportais de les voir là. Une de mes résolutions en 2016 a été d’arrêté de scruter le miroir à leur recherche, et depuis je les accepte un peu mieux (mais ils restent rares, c’est vrai).
    Si ça peut te rassurer, il y a pire que toi niveau cheveux « avancés », ma petite soeur a eu ses premiers au moment de passer son bac, et elle avait un an d’avance. Elle a beaucoup lutté à coup de henné elle aussi, et puis quand je l’ai vue à noël elle m’a dit qu’elle essayait d’assumer, et de voir ce que ça donnait sa tête grisonnante (car maintenant ils sont foison, à 21 ans).

    1. Je me pensais incapable d’écrire avec concision moi aussi, et surtout incapable d’écrire « sur commande » (et puis l’atelier d’écriture de l’année dernière m’avait prouvé que j’avais tort, je n’avais pas depuis, réessayé. J’ai donc toujours tort, et c’est chouette d’avoir tort parfois ^^).
      Je n’ai jamais lutté contre, ce n’est pas dans mon tempérament je crois (bon et puis dans ma famille ils luttent contre les signes de vieillesse, c’était peut-être aussi pour prendre le contre-pied, je ne sais pas ^^). Mais aussi, je n’ai pas eu du blanc si tôt, ni autant si tôt, cela joue sans doute beaucoup. J’imagine très bien comme ce doit être difficile pour ta sœur.. Je lui souhaite de s’aimer avec 🙂

  2. Oh, je ne teins plus mes cheveux depuis quelques temps (la faute au coût et aux racines) et voilà que tu me donnes envie de henné, de son odeur, sa texture sur les doigts, du temps de pose sous le chiffon, temps de pause. Pour tes cheveux, je ne sais pas encore ce que c’est qu’en trouver des blancs alors je ne sais trop que te dire. Est-ce que teindre c’est cacher ou est-ce que teindre c’est prendre un moment pour soi ?

    1. C’est la question qui me revient par vague, est-ce que si je teins c’est pour cacher ou pour prendre soin de moi et me plaire avec des cheveux grenat (et le grenat sur les cheveux blancs, c’est magnifique d’éclat, c’est incroyable ce que c’est beau), alors tant que la question n’est pas claire, je ne fais rien. Je suis retenue aussi par la quantité d’eau pour le rinçage, j’avoue..
      Comme toi j’aime la texture, l’odeur.. particulier, le rapport au henné 🙂

  3. Tout comme Cléa, je ne commente pas souvent (pour ne pas dire jamais) tes billets. Et pourtant, tu n’as pas idée de ce plaisir chaque fois renouvelé que j’ai à suivre les manifestations de cette si belle plume, un peu zinzin (cf le caramel ^^) qui est la tienne ! Je me sens autant touché par le fond de tes propos que par l’expression que tu en donnes, et, pour cela, je te remercie <3

    Quant aux cheveux blancs, je suis ravie de voir n'être pas la seule à refuser de les cacher et à bien les aimer "en secret" =)

    1. Je suis tellement touchée, je doute si souvent d’atteindre « l’autre ».. Merci infiniment de tes mots, et de me lire avec tant de plaisir <3
      Les cheveux blancs, je me dis qu'ils ont une histoire, tous, pas uniquement les soucis qui marquent non, cela aussi bien sûr mais pas seulement, je le vois comme une empreinte du temps qui passe, de la vie éclatante qu'on vit, ils disent tout ce qu'on est, le chemin qu'on parcourt, la personne qu'on devient.. je les aime pour tout cela 🙂

  4. C’est toujours un bonheur de te lire. Je déguste tes mots comme un doux café crème!
    Les cheveux blancs se faufilent sur ma tête – 36 printemps! Je les laisse trouver leur place. Je ne m’en soucie pas. Je crois que c’est une affaire de famille – ma mère les a eu complètement blanc/gris à 45 ans. J’en prends le chemin et je prends les choses avec le sourire.
    Douce journée à toi!

  5. C’est la raison pour laquelle j’ai refusé d’appliquer des crèmes antirides quand des amies et des journaux féminins tentaient de me convaincre qu’il fallait commencer à 25 ou 30 ans (je ne sais plus). Bon d’accord, je ne croyais pas à leur efficacité de toute façon mais sur le fond, je me disais qu’il fallait assumer les rides comme des traces de vie passée précieuses.

    Je n’ai ni cheveux blancs ni rides, seulement les cernes que je me traînais déjà gamine alors certes, c’est facile à dire pour l’instant. Ceci dit, je me maquille et ce n’est pas uniquement pour cacher mais aussi pour le plaisir de me déplaire moins (comme le soulignait Lizly), ou simplement par jeu un peu enfantin (jouer avec la peinture, modifier son image). J’imagine que la teinture peut être vue ainsi, aussi.

    1. C’est toujours ainsi que j’ai vu la teinture, un jeu, une envie de me plaire avec du rouge un peu foncé. Comme le maquillage, c’est quelque chose que je fais assez rarement, c’est sur un coup de tête, comme ça, pour jouer à changer de tête, de regard sur moi (jamais de crème antirides non plus, ni fond de teint parce que j’avais l’impression que ça m’empêcherait de respirer toute entière, pas seulement la peau du visage).
      J’imagine que je vais recommencer, à un moment. Juste pour l’envie, le plaisir, la joie 🙂

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