givre suspendu jours de rien Suspendue à un fil, cette étoile de givre fait la girouette sous le vent

 

 

La neige nous recouvre de silence et je me glisse dessous sans bien savoir si cela est juste, si je ne devrais pas, au contraire, être dans le frissonnement de ce qui devrait se parler – je veux dire, ici, pour avancer. Je suis dans la fatigue et le froid, très ancrée dans l’inaction soudaine. Comme en contemplation. J’observe du plus loin qu’il est possible toutes les tâches en attente, c’est comme un clin d’œil qu’elles me font et je ne suis en volonté de rien. Je ne suis pas certaine de savoir encore me raconter, j’ai attrapé la facilité des cents mots qui me disent sur le pas de la porte, je reste un peu dehors, un peu chez moi un peu à l’étranger. Je ne fouille plus, je suis trop fatiguée pour chercher ce qui pourrait avoir besoin de surgir, d’être travaillé, d’être dit.

La maison se tasse sur elle-même, se poussièrise, va finir par s’enlaidir avec tout ce qui s’entasse en attendant que – je m’en occupe, trie, range, jette, fasse place nette, l’avale. Je prends tout en excuse, jusqu’à la petite maladie bronchique du petit, je n’ai pas le temps de me fixer les yeux dans les yeux du miroir : ça ferait sans doute trop.

Prince s’est mis à compter. Il compte le temps qu’il passe, secondes après secondes, pour se rendre d’un lieu à l’autre, il compte et m’annonce fièrement 6’47 pour aller chez le dentiste en voiture, 9’35 à pied avant que la voiture nous récupère, 7’32 depuis l’entrée de la ville jusqu’à notre domicile, il décompte son ordinateur il sait désormais qu’il met quatorze secondes pour s’allumer. Il balance les chiffres, je l’entends mettre les minutes de côté pour enchainer sur les secondes et je suis impressionnée par la constance qu’il y met. Il préfère lire que jouer, même si jouer il aime aussi et cette après-midi, je me suis retrouvée avec un enfant dans le canapé et l’autre sur son lit, l’un comme l’autre plongés dans un livre. C’était étonnant de calme dans la tourmente de mon corps, mon mari est rentré et il m’a dit « qu’est-ce que tu as l’air fatiguée » et pourtant je n’avais rien fait, rien, je suis les heures bancales du regard juste, je récupère d’hier d’avoir autant couru, bougé, cuisiné, je récupère de ce que je me suis imposée sur un coup de tête et qui n’est jamais, jamais une géniale idée. Et comme je ne peux plus rien faire, je me sens dépossédée et c’est un sentiment particulier que se sentir décalée parce qu’un jour j’en ai trop fait et que le suivant je ne peux plus.
Je crois que si j’avais un souhait pour ces jours de rien, ce serait que quelqu’un me fasse une tarte au citron meringuée.

 

 

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