Il suffit d'un mot

Le glacial hiver que les rires éclatent

givre macro hiver
 


 

Nous avions la neige, ces premiers flocons à tomber, à se poser les uns sur les autres, à former un mur étincelant. C’était la nuit, j’ai levé le visage et j’ai regardé les flocons me foncer dessus avec la douceur d’une caresse imperceptible, c’était grandiose, une immensité sombre qui lâchait des petits points blancs sous mes yeux d’enfant – je redeviens toujours enfant avec la neige, et puis finalement le froid gagne et je ne m’amuse plus.
Sur l’autoroute, les flocons ne touchaient pas le pare-brise depuis notre vitesse, c’était étrange de les voir tomber de conserver la vitre sans la moindre humidité. Nous sommes passés comme entre deux, mais longtemps les bas côtés furent blancs. Dans cette blancheur parsemée un renard a détalé dans la nuit, effrayé par le bruit du moteur et les phares jaunes qui nous l’avaient signalé. Nous avons ralenti pour lui laisser le temps de s’échapper et une fois un peu en hauteur il nous a regardé, c’était magnifique.
Le dimanche matin, il neigeait et ce fut un choc que ce terrain tout blanc à cinquante kilomètres de la mer alors que tous les autres hivers annonçaient fièrement des températures au-dessus de treize degrés. Ce froid, je n’y étais pas préparée, je n’avais pas apporté les gants ni même les écharpes. Le Sud peut lui aussi avoir un hiver froid, parfois.
 
Ils m’ont demandé alors ça avance le roman ? et c’était vraiment pour prendre des nouvelles, j’étais partagée entre l’horreur de la question et la gentillesse de s’intéresser. L. a insisté en me demandant de quoi cela parlait et j’ai fui, lâchement, complètement incapable d’expliquer, tant il va être difficile, ce sujet, à faire passer, à dire, à entendre peut-être. Ça que le roman suivant sera bien plus difficile et que vraiment, je suis d’une nullité sans pareil lorsqu’il est question de parler de mon travail. Ajoutons à cela que j’ai très peu écrit ces derniers temps, et la honte m’a poursuivie jusque sur mes joues. Est-ce que je peux prétendre à l’écriture si cela reste dans ma tête, est une question difficile que je me pose souvent –même si lors de l’atelier d’écriture Bruno Tessarech y avait répondu par l’affirmative. La légitimité, ce travail sur soi permanent.
 
Nous sommes repartis, quittant la belle-famille et les annonces d’enfant, de celles qui laissent perplexe tant on n’est pas certain que la future maman est heureuse, de celles où le futur père (déjà papa de deux enfants d’un premier mariage) explique à sa femme que lui il sait ce que c’est une grossesse et pas elle, quittant une ambiance particulière –où j’ai entendu une phrase assassine « lorsqu’on est malade on ne fait pas d’enfant » et où personne ne m’a regardé et le blanc ce blanc à table et il a tenté de rattraper il disait « enfin quand on le sait je veux dire » et ce silence encore – oui particulière ambiance où l’on peut pourtant dire que oui, c’est certain, cela s’est bien passé, entre le sexisme et la bêtise on peut toujours se faufiler puis s’enfuir.
 
Nous sommes repartis, donc, sous un soleil timide à peine suffisant pour faire disparaitre toute la neige et le paysage, en remontant vers notre montagne, s’est peu à peu blanchi et puis de plus en plus franchement tout fut blanc. Et c’était absolument grandiose, ce décor blanc à perte de vue. J’ai profondément regretté mon appareil photo loin sous les bagages dans le coffre. A notre arrivée, il neigeait sur la neige.
 

Depuis, les températures tombent. Le -14°C de ce matin ne nous a pas empêché de nous rendre chez le médecin – un décontractant musculaire pour moi, un antibiotique pour Hibou, un soin pour l’otite pour Prince, lorsqu’on se déplace toujours c’est efficace -, puis à la médiathèque et la pharmacie. Nous avons de quoi résister si l’hiver venait à s’intensifier – je me crois au Québec parfois, les caribous en moins. J’attends le réchauffement, celui qui devrait m’assurer moins de douleurs. J’ai peur ces temps-ci, très peur de ces nouveaux symptômes, cette intensification des douleurs et des crises, j’ai peur de tout ce qui fait mon quotidien cet hiver. Le visage me fait tellement souffrir que je découvre des muscles. Comme si j’avais beaucoup trop ri alors qu’essentiellement, surtout, là, j’ai envie de pleurer. Pas de rire, non. Et pourtant, parce que l’Univers est farceur j’ai reçu un courrier superbe qui m’a fait rire pendant toute la lecture, c’est cet humour particulier je me souviens, qui m’avait fait adorer ce garçon lorsque j’étais en Primaire – il n’était pas question d’amour d’ailleurs, j’avais un autre garçon en tête moi, à cette époque-là et il s’appelait Sébastien – et donc j’ai reçu un mail suite au colis que je viens de lui envoyer et ce rire, mais ce rire, c’était la meilleure manière finalement, de terminer cette journée glacée, la meilleure.

 
 

Like

4 Comments:

  1. marie kléber

    Un vrai éclat de rire c’est parfois la seule chose qui donne un sens au reste.
    Ce roman tu le termineras un jour, c’est certain. Un jour…
    Chaque chose en son temps. Pour le moment il faut gérer l’hiver et le reste.
    Douce soirée à toi

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :