Pensine

Je ne sais vraiment rien de ce qui nous fait



 

Je suis fascinée. Comme au bord je ne sais pas d’une révélation, ou alors de rien. D’un corps vivant.

J’ai ouvert ma conscience en pleine nuit. Il était trois heures ou bien alors quatre heures je ne sais plus, j’ai ouvert les yeux sur la nuit et j’ai descellé la mâchoire, bouger les jambes, les bras, tout mon corps – j’étais recroquevillée sur moi-même, statufiée. Et je ne sais pas vraiment, était-ce un effet d’un sommeil très proche ? j’ai commencé à méditer. Je me suis aperçue que là, en pleine nuit pour la millième fois, je ne supportais plus ce son suraigu, comme un acouphène. Un son directement lié à la tension dans les muscles, ce que j’entendais c’était la dystonie musculaire généralisée, de même que la douleur a une tonalité particulière, ou encore la fatigue1. À mes côtés, la chaleur de LeChat et le souffle régulier de Hibou m’accompagnaient. J’ai demandé je ne sais pas il m’a semblé que c’était en lien avec l’écoute, une écoute poussée, extrême, qui me blessait, alors j’ai demandé comme ça s’il était possible de baisser le volume de cette tonalité, ce qui revenait à abaisser le seuil de tension de mon corps. Et je l’ai senti diminuer. Je. L’ai. Senti. L’acouphène qui s’apaisait encore un peu, c’est encore, c’est trop et les muscles qui se détendaient, et le son, ce son, qui disparaissait.. C’était une expérience étonnante. Tellement.
Ce matin je me suis levée ; les dents n’ont pas grincé, je n’ai pas eu à déplier mon corps – enfin si, un peu, mais cette fois comme depuis toutes ces années : l’habituelle raideur due à l’immobilité.
Est-ce qu’il ne s’agit donc que de donner corps ? Depuis le subtil, les corps vivants.
Le soin de ce qui échappe. Dérobé.

La sensation de revenir au monde. Vous savez, celui où les politiciens peuvent voler pratiquement impunément, où l’on viole par accident et où on affame les migrants. Je me sens renaître, mais ailleurs. Pas ici. Juste un peu plus loin, là où il y a encore de l’humanité.

1. Je suis synesthète.


J’ai parfois cette sensation de vivre mille vies au milieu du tout aussi réel ennui qui peut me prendre, je crois, si cela me vient, sans doute est-ce la qualité des émotions libérées, dans ce tout ce qui a besoin de naître. Dans ce tout qui se manifeste ou que je laisse survenir, ce qui me rend vivante. Est-ce qu’au Centre, il vaut encore de creuser.

Le matin, j’avais lu cet article passionnant et parfaitement construit, sur la culture du viol : 7 raisons pour lesquelles tant d’hommes ne comprennent pas le consentement sexuel. Il est d’une importance capitale non pour excuser, bien pour comprendre. Parce que tant que nous ne saurons pas, nous continuerons.
Deux heures après cette lecture, j’ai reçu les mots nous séparant de trop de kilomètres, ce besoin, là, de se voir, de s’entendre penser, de se remettre du choc, l’écouter pleurer là où j’avais craqué quelques quinze minutes avant elle. J’ai réalisé à quel point, toutes, nous mettions au point des stratégies, pour survivre, pour vivre bien, pour être en sécurité. Comment est-ce qu’on devient sûre de..
Je me demande, il y a quoi à démêler bientôt de tous ces fils silences résonances que l’on porte, la prochaine pelote elle va mener où elle va dire quoi. Si j’aime ne pas avoir besoin de la nuit tombante et du peu de lumière pour pouvoir avancer sur les aveux ou les phrases soudainement capitales, je voudrais plus encore la possibilité de dire et d’entendre dans des tasses de thé quotidiennes. Cette vie d’amitié profonde me manque cruellement. Je suis sur cette petite faille en moi où je pourrais je ne sais pas offrir ce qui m’est le plus cher pour une véritable vie, une liberté intense et émotionnelle, une liberté oui de m’offrir tous les livres dont je rêve, les voyages dont j’ai besoin, les tasses de thé autour de mes ami(e)s – ou alors peut-être, est-ce l’inverse.
 

Hibou, 5 ans ce mardi
_ Tu sais maman j’ai une amoureuse, on s’est fait un bisou sur le nez.
Si on était adulte on se marierait. Enfin, si elle était d’accord.

 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • marie kléber

    Un jour une amie m’a dit « je survis ». Ca m’a fait mal. Je ne savais pas que moi aussi je survivais à ce moment là…
    Nous sommes fortes pour ne pas nous pencher sur nos blessures, les regarder grandir de loin. Ou bien nous savons que survivre est la clé, que le reste viendra après, quand nous pourrons enfin nous pencher sur nos blessures sereinement.

    • Dame Ambre

      Et l’on continue encore, après, à trouver des mécanismes de survie, en choisissant des compagnons avec qui on ne risque rien (pour x raisons), en ayant envie tout le temps (pas de viol, jamais, puisqu’on a envie !), etc. Je suis tellement impressionnée par tout ce qu’on peut mettre en place.

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