Aujourd’hui froid

paysage allier Aujourd'hui froid

 

J’avais froid au dehors. Les branches pliaient sous les rafales, défroissant les fins bourgeons. Je me tenais à la fenêtre, ouverte sur les jeux des enfants – les jeux, les cris, les larmes -, et je me repliais sous le froid brutal.
J’ai froid au dedans, j’ai froid à la maman que je suis, incapable de supporter les cris, les larmes, les débordements émotionnels qui jalonnent la vie de cet enfant, j’ai froid à cet amour que j’ai pour lui, qui se gèle et se fissure lorsqu’il hurle, j’ai froid à tout ce craquage en lui et en moi.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides
 
 

Je me suis réveillée sur un bol brisé. Le son a éclaté jusqu’à moi, derrière la porte fermée de ma chambre et pourtant comme si c’était juste proche de mon oreille. J’ai sursauté depuis mon sommeil, je n’ai pas ouvert les yeux j’ai crié avant d’ouvrir les yeux j’ai crié tu ne bouges pas, j’ai pris le temps de me dire que c’était brutal de se lever aussi vite et alors seulement j’ai regardé autour de moi. Rien n’avait changé, la vaisselle avait chuté dans la cuisine. Évidence. J’ai retrouvé Hibou, merveilleusement figé au milieu des morceaux éparpillés autour de ses pieds nus.

La journée s’est déroulée en continuant de se briser. Prince s’est levé cassé, les émotions débordantes. Ni lui ni moi n’avons pu le rattacher à quoi que ce soit, et la matinée a filé entre ses larmes, ses cris, ses colères et ses détresses. A 11h16, j’avais autant envie de pleurer que d’aller dormir, je n’en pouvais déjà plus.

Il est 20h45, LeChat fait le câlin du soir à l’enfant malmené de tout ce qui le traverse. Je suis sur une falaise avec l’envie de sauter, je suis au-delà de moi, la journée a été dans un trop continuel dont je ne me défais pas encore. Il m’a dit ce soir je marche sur du vide (je lui fais faire chaque soir un chemin où il se défait de ce qui pourrait l’empêcher de de s’endormir sereinement), et ce vide m’a fait mal, la pensée m’a traversée que nous y marchions tous, aujourd’hui. Et je ne suis plus dans la capacité d’accueillir ça, ce vide, cette angoisse qui le tient, je ne suis plus capable, là, en cet instant précis.

Il n’y a plus qu’à espérer que demain sera autre.

 
 

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10 commentaires sur “10”

  1. Je l’espère pour chacun de vous. Certaines journée sont comme ça, délicates, compliquées. la fatigue prend le pas sur le reste et on se demande comment on va tenir jusqu’à la prochaine heure. Je t’envoie d’affectueuses pensées pour un retour vers plus de sérénité.

    1. Merci <3 C'est plus serein aujourd'hui bien qu'il soit assez fragile et vite énervable. Moi je suis épuisée, je me traine ; je comate. Demain devrait nous voir tous mieux 🙂

  2. J’imagine l’impuissance que l’on peut ressentir lorsqu’une journée se passe ainsi et qu’aucun de nos efforts ne débouche sur une réussite, un apaisement. D’autant plus lorsqu’il s’agit de ses enfants. Une lourde tâche. J’espère que tu ne m’en veux pas trop si je te dis qu’en te lisant, je suis quelque part soulagée de ne pas en avoir… Heureusement tous les jours ne sont pas comme ça, et je sais que tes enfants te régalent aussi de très bons moments. J’aimerais qu’il y ait une formule magique pour combler le vide de Prince <3

    1. Moi aussi je voudrais bien cette baguette magique !
      Prince est un enfant particulier, ne te fixe pas trop sur lui pour te demander si tu en veux ou non 😉 Je dirais qu’il navigue sur un spectre autistique lourd pour nous tous, à gérer.

        1. Une seule suffit pour qu’elle soit bonne de toute façon 🙂

          On y a pensé, mais je crois qu’il serait détectable par une psy ? Pour l’instant, les 3 psys vus ont tous terminé par « cet enfant va très bien » qui nous a laissé démuni (lui aussi.. il est en colère contre la dernière psy qui n’a pas réussi à l’aider (ce sont ses mots) ), il les entourloupe complètement (être surdoué, c’est pénible, il sait quoi dire et quoi faire, ce qu’attend l’autre). Je connais un adulte qui ressemble terriblement à mon fils (enfin, l’inverse), THQI, graves troubles autistiques, fait ce qu’il veut des psys (qui lui disent au final qu’il va bien.. uh uh).

          1. Je ne sais pas pour la détection. Mon cousin a un Asperger et c’est ma tante qui lui a diagnostiqué, elle a fait des recherches et s’est battue pour lui faire passer les tests et qu’il soit reconnu comme tel. Ce syndrome est très mal connu en France.
            Il avait aussi ce genre de crises, mais peut-être pas aussi fortes, ou du moins je ne m’en rappelle pas assez. Depuis qu’il est diagnostiqué et pris en charge (depuis ses 15 ans ? 16 ans ? dans ces eaux là. Il en a 22 aujourd’hui), ça va beaucoup mieux pour lui, mais heureusement que ses parents sont derrière lui.
            Voilà tout ce que j’en sais.
            Je ne comprends pas que les psys ne soient pas formés à voir au-delà des réponses des enfants. Il faudrait limite que tu apportes des preuves vidéos pour qu’ils te croient et comprennent qu’il se passe beaucoup de choses, dans la tête de ton garçon.

            1. C’est exactement ça. C’est assez fou..
              Avec le recul (nous sommes sortis des crises à répétition dès qu’on prononce un mot, ouf), je maintiens le « trouble autistique », pas l’autisme (donc pas Asperger). Il en a des traits c’est certain, une évidence même, mais il n’est pas autiste (juste que lorsqu’on est plongé dans ces fichus crises, c’est moins évident d’avoir le recul nécessaire..).

              1. Tant mieux, d’un côté, ça veut dire que certains points seront moins difficiles. Peut-être qu’en grandissant et en comprenant un peu mieux certaines choses les crises s’arrêteront d’elles même. Profitez bien de l’accalmie en tout cas 🙂

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