Pensine

Aveu d’une solidité liquéfiée – je me suis levée ce matin


 

Je me suis levée ce matin. J’ai trainé ma peine hors des draps, affronté les chaussures qui ont volé dans le salon. Forcé à ramasser cet enfant qui deviendrait incontrôlable, presque, lorsqu’il s’énerve. J’ouvre les yeux sur toute ma fatigue de mère chaque matin.

Mes journées se déséquilibrent sur tous les fils tendus par cet enfant. Je ne saurais pas dire l’épuisement qui est le mien, ce même épuisement qui revient au rythme de ses crises. Une amie vient avec ses trois enfants cette après-midi, malgré notre état à tous et je l’en remercie, tellement. Alors bien sûr, cela me fatiguera et ce soir sans doute je pleurerai parce que je ne tiens plus. Ni debout ni à respirer ni à rien. Mais j’aurais pu parler, être écoutée, écouter quelqu’un d’autre que nous, boire un thé. Et peut-être, peut-être que Prince s’apaisera. Un peu. Dirigera son attention ailleurs. Je ne sais pas. Je ne sais plus ce qu’il est bon de faire ou non.

Ma nièce a eu un premier diagnostic Asperger et ça nous a fait un électrochoc. Salutaire, sans aucun doute. Parce qu’un jour, il faut bien prendre le problème par un bout, explorer toutes les pistes. Avancer, quel que soit le chemin. Obtenir de l’aide. Alors nous allons nous tourner vers un Centre.

Depuis je suis sur un fil très fin, comme écrasée par une souffrance qui me dépasse. Neuf années sans doute, cela pèse quelque chose. Est-ce l’instinct maternel qui me pousse à continuer ou le mien. Je me suis levée ce matin, je suppose que cela compte. Il est effrayant de sombrer ainsi quand je vais mieux, effrayant de se faire piétiner par son enfant et n’avoir aucune prise sur sa violence. D’oublier que c’est un enfant adorable à côté, lorsque ce côté a de la place pour être là. D’oublier que c’est un enfant.

Un colis est arrivé sur mon bureau tout à l’heure, avec de gros pois ronds aussi gais que des pinsons. J’ai ouvert le premier sourire en retirant le papier, senti les seconds en découvrant les thés envoutants. Une légèreté tellement bienvenue. Je ne sais pas des fois vous savez, ce qui me vaut certaines choses. Il y a quelques jours, je recevais deux livres d’Hélène Cixous, les plus beaux qu’elle ait écris, accompagnés d’un thé à l’odeur sublime. Il y a des jours plus parfaits que d’autres, pour recevoir quelque chose et des mots et des intentions. Merci.

L’anniversaire s’approche, je sens le souffle des quarante ans sur mon visage, surtout quand j’ai beaucoup pleuré et peu dormi, il faut croire finalement que les nuages entrent dans les maisons. Quelque chose comme dix-sept jours et je quitte la trentaine et c’est bien terrible que ce soit la première fois que je ressente mon âge. Le chiffre ne me plait pas spécialement, alors je vais le fuir ; je serai entre l’Espagne et l’Atlantique, le regard dans le(s) vague(s). Nous emprunterons la tente de toit de mes beaux-parents et nous filerons une semaine loin des hurlements, sans internet, sans enfants, sans douche aussi – ce sera sans doute le plus étonnant à vivre. Je ne prépare pas vraiment ce voyage, je ne suis pas suffisamment présente à moi pour cela. J’emporterai un carnet où je me dirai dans ce qui s’ouvrira forcément en moi.

Je ne sais pas au milieu de ces difficultés, où je peux placer l’écriture, où je peux placer l’écrivain. Je suis parfois certaine d’avoir une place, une véritable, est-ce que je vais un jour laisser une trace de moi quelque part entre les rayonnages de livres ? Je n’écris plus rien de solide, je n’ai que la fatigue invitée dans les doigts, la douleur dans celui qui s’est foulé de n’avoir rien fait. La main droite s’affaiblit.
Je m’affaiblis.
Je me suis levée ce matin. Il parait.

houx je me suis levée ce matin

 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • marie kléber

    Se lever, avancer, c’est déjà énorme. Partager un moment avec une amie soulage. Partager ce qui déchire permet d’apaiser, de s’apaiser.
    Cette semaine loin va vous faire le plus grand bien. S’évader c’est important. Vous vivez des moments durs et douloureux. Il faut tout l’amour de parents pour survivre à ces cris, à cette violence.
    L’écriture se faufilera au creux des ombre et dessinera des rayons de soleil que beaucoup liront avec bonheur.

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