Aujourd’hui en toc – Le monde qui tourne encore

Aujourd'hui en toc

 

A mes oreilles, le bling chante son carillon et la boulangère sourit en toute franchise, comme une joie qui éclate. Je ne sais jamais exactement la manière de m’habiller, si elle est dans le juste, et là dans son regard je sentais que j’étais dans le vrai. J’avais passé un pantalon de soie fleuri et un large haut beige dentelé et perlé, ma longue veste de laine grise, attaché mes cheveux sombres un peu rapidement. Et à mes oreilles j’avais ajouté les boucles d’oreilles avec des grelots, je disais bling dans tous mes mouvements.
L’impression de s’habiller de toc et réussir, finalement.
 
D’après l’exercice 366 réels à prises rapides, Aujourd’hui en toc
 
 


 

Hier soir nous vivions notre première soirée sans cris, sans tensions. Nous nous sommes regardés, essoufflés de ces trois semaines ininterrompues. Sans y croire, nous avons installé l’ordinateur pour regarder une série et c’est complètement ivres de nous que nous nous sommes retrouvés dans le lit en douceur. Il nous fallait bien cela pour se rappeler que nous existions encore comme couple.

De mettre les justes mots sur ce que vit Prince – et puis le henné et la douceur d’une soirée – m’ont permis de prendre un peu de recul sur ce que nous vivions, sur qui j’étais. Sur cette particularité qui est la mienne, qui est celle de ma famille, que je lui ai transmise, sur cette particularité dans la famille de l’homme que j’aime. J’ai sombré jusqu’au silence du monde et puis je suis remontée avec les informations dont j’avais besoin. Je comprends enfin pourquoi les gens me sont inaccessibles et ce n’est pas seulement une question de surdouance. Ce matin, j’ai perdu pied avec Prince : j’ai refusé de partir à la boulangerie avec son vélo sans savoir que LeChat avait déjà accepté juste avant de devoir partir à son travail pour une urgence. Il m’avait prévenu pour la baguette à acheter, pas le vélo. J’ai perdu pied, je me suis énervée, Prince a perdu pied et s’est énervé : deux boules de nerfs. J’ai mis deux heures à comprendre que le parcours prévu ayant changé, je n’avais pas été capable de m’adapter. Je fais ça tout le temps et je me demande encore pourquoi Prince et moi avons du mal à nous gérer l’un l’autre.

J’apprends. Le trouble autistique nous entoure, nous façonne, nous réagit, il nous dit nos particularités. Le chemin s’éclaire d’une manière différente, ne pas réagir d’une manière attendue n’est qu’un bling à mes oreilles ; il est juste miraculeux que nous en soyons là que j’en sois là que le monde arrive à tourner encore sans avoir la tête qui tourne avec lui. Je comprends enfin ce qui me fait réagir si violemment chez lui : c’est en réalité chez moi que cela m’exaspère. Je suis la personne en difficulté lorsque je m’énerve, ces agissements me sont pénibles pour avoir les mêmes et pour avoir été empêchée d’exister, aussi.
Je ne sais plus combien il y a encore à soigner en moi, je ne suis pas certaine de savoir ce qui peut l’être encore, ni ce qui restera gravé dans ma personnalité. Je me découvre tous les jours.
 

Et puis en écho au #366, je suis sortie de la maison en chausson pour récupérer les enfants qui jouaient dans l’impasse et la voisine m’a dit bonjour en regardant mes pieds. J’avais raté l’examen.
 

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2 commentaires sur “2”

  1. Le monde tourne forcément différemment. Je crois que ton enfant t’aide à guérir certaines de tes blessures ou déjà à comprendre d’où telle ou telle colère vient.
    J’aime la douceur et la sérénité, l’acceptation qui règnent dans tes premières lignes.

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