Aujourd’hui toucher

Aujourd'hui toucher

 

Je tends la main à sa détresse enfin la mienne, tends la main à ma détresse ou alors la sienne est-ce que l’on sait toujours ce que l’on manipule d’émotions, ce que l’on touche de pluie et de gris ou de bleu, on écrit depuis les nuages on ne sait rien. On s’immerge de solitude dès lors qu’on souhaite déborder et toucher l’autre de rires ou de larmes, partager ce qui agrippe et se rétrécit. On se sent comme la graine perdue au vent, sans savoir jamais où atterrir, contre quel mur. Alors autant fleurir sous la terre, invisible. Nécessairement intouchable.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui toucher
 
 



 
 

Je me remets de cette illusion de vacances, avalées dans un rendez-vous trop important pour l’avenir de notre famille. La secrétaire du CMP nous a appelé, elle avait un désistement et nous offrait la place. Je pleure de soulagement autant que de détresse : j’ai perdu ma semaine dans les Landes et en Espagne, mon anniversaire en tête à tête avec l’homme qui partage ma vie, ma respiration sans cris, les vingt-et-un repas calmes – idée absurde que de compter. Nous noyons la nourriture de ses larmes et pourtant ce soir, par un miracle inexplicable Prince a mangé sans s’énerver. Je ne cherche plus à savoir ce qu’il se passe dans sa tête, je prends l’instant, fugace, de calme.

Dans la tête, je sens pousser la plume. Comme des voix qui fleurissent dans un jardin de cailloux. La solitude est une graine de silence, à la moindre tempête je suis comme repoussée de là et je me sens revenir pourtant, ce soir, vers les mots. Une musique délicieuse qui ne sait pas que la fatigue l’assassine déjà. Peut-être dois-je simplement accepter qu’écrire surviendra toujours ainsi, par pointes. Comme un souffle autour d’une aiguille, ce rien d’intimé entre le papier et mes pensées que je ne maitrise pas et qui me vient par flot lorsqu’il a une soudaine place. Imprévue. Oui sans doute, je dois me faire à l’idée d’écrire sur de l’invisible.

 
 

2 commentaires sur “2”

  1. Dommage et en même temps heureusement…
    Je comprends la notion de compter – je le fais parfois quand trop c’est trop, ça réconforte un peu, comme les enfants qui comptent les dodos ou les derniers jours d’école.
    J’espère que ce rendez-vous vous apportera des pistes et une écoute attentive.
    Laisse les mots couler, j’ai l’impression qu’un jour ils formeront un magnifique tout.

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