Et même à ne pas tout en comprendre, se raccrocher

tracé insecte col raccrocher
2015

 

 

Les pieds engagés sur une douce remontée, je nous observe dans nos journées comme suspendues, pas encore posées, pas encore apaisées. Les tensions de ces semaines – transformées en mois – se sont comme tranquillisées depuis notre retour. Il n’y a plus de dentiste, de coup de soleil, de démangeaisons, de coude crouté, de douleurs diverses pour le rendre hystérique. La lèvre mâchouillée se cicatrise, il se laisse enfin en paix avec. Elle a laissé la place à une écholalie légère, des sons aigus qui surviennent en plein milieu d’une phrase sans même qu’il ne les conscientise, ou des mots répétés – crispante, cette dernière manie est mal supportée par nous, parents épuisés. Il va mieux. Je crois qu’il ne le sait pas, pourtant les sourires sont revenus. Il reste l’enfant particulier qu’il est, souvent agaçant, davantage je crois ces jours qu’il revoit la lumière des jours plus stables, davantage parce que cela faisait si longtemps. Alors il ennuie son frère jusqu’à le faire craquer et même là, continue : il s’amuse, ne connait pas, ne comprend pas la limite. Petit Prince est de retour, je crois. Il mouille de nouveau ses cheveux avec sa salive, ce qui va simplement impliquer un lavage chaque jour – le saviez-vous, cela sent tellement mauvais, la salive sur les cheveux. Il fait plein de choses inadaptées dans notre société et pourtant il est redevenu cet enfant certes tendu, certes angoissé, mais plus tranquille – comprendre, sans crise. Seulement des énervements qui se gèrent au fur et à mesure, les endormissements difficiles, des tensions qui apparaissent que nous arrivons à traiter avant même qu’on sente l’éclatement possible.

Je ne pleure plus. Je m’exile avec Hélène Cixous, une tasse de thé à l’orange entre les doigts. Je m’échappe d’un livre à l’autre, je grisonne un carnet d’écriture sur lequel avance par entrechats mon roman – très doucement, presque on pourrait croire qu’il marche à reculons et pourtant, à sa manière, il s’étoffe. Lui non plus ne le sait pas, je construis un quelque chose maladroit. Il n’est mené nulle part, prend forme vers son milieu. Oui, il y a on peut le dire, un quelque chose d’une existence réelle.

Je m’échappe toujours plus. La musique, la porte fermée, les livres, je m’évade, je ne veux plus y être, je ne veux plus. Je ne sais plus. Peut-être même que je porte un masque pour faire semblant d’y être ; et sous le masque je n’y suis pas, sous le masque il n’y a pas de visage. Il y a ce millier de détachement en moi à raccrocher, ce tout en moi qui s’effondre et que je fais doucement remonter et qui ne pouvait pas, non il ne pouvait pas, j’imagine, me le dire plus clairement. Prends soin de toi dit le corps qui tombe, la mer – mère – en mémoire, il ne respire plus. J’étouffe à en mourir, le nez gonfle à n’en plus pouvoir à la moindre particule laiteuse volatile.
Je suis épuisée de tout.
 
 

2 thoughts on “Et même à ne pas tout en comprendre, se raccrocher

  1. La vie est plus souple, plus apaisée, mais les cicatrices sont encore bien vivantes. Il faut du temps pour se remettre. Tu as survécu longtemps. Il faut du temps pour reprendre le chemin plus calme du quotidien.

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