5 avril, départ pour l’Océan en passant par l’Aveyron – Nuit 1


Le contre-jour fait croire à un temps maussade, ce n’était pas le cas, vaguement trois nuages autour du soleil.

 

Nous avons laissé les enfants à leurs grands-parents – qui ont accepté malgré la crise en pleine nuit, qui ont ACCEPTE – après avoir passé des heures à déplacer la tente de toit, depuis leur voiture à la nôtre. Nous avons la même voiture, elle diffère juste de quelques années et a subi quelques modifications qui nous ont fait craindre l’impossibilité. Ils nous ont fait profiter de leur check-list de voyage et nous ont prêté tout leur matériel – je réalise que j’aurais dû le prendre en photo – et nous sommes partis avec tente sur le toit, la petite pelle-râteau, la tente de douche – sans douche, une simple tente pour s’habiller, le petit réchaud, … et sans enfants, donc. Dans la voiture, nous n’avons rien dit tout de suite. Nous savourions. Le silence, le grand silence, l’immense silence.

Nous avons pris la décision de partir vers l’océan, en direction de Biarritz, sans autoroute d’aucune sorte. Village après village, nous avons roulé tranquillement, avec une liberté pas encore réellement ressentie. Ce que nous savions intellectuellement n’entrait pas encore dans l’émotionnel et j’avais ces sanglots de respiration qui m’arrachait régulièrement la poitrine : le stress.

Je n’ai fait que très peu de photos durant le séjour et particulièrement au début du voyage : en jolie boulette que je suis j’ai oublié de recharger mon appareil – nos conditions difficiles de départ expliquent cela – et je n’ai qu’une seule batterie, la faute à son prix excessif – 70 euros aux dernières nouvelles, à ce prix-là je préfère me payer des vacances. Toujours est-il que j’ai été particulièrement frustrée du peu de photos que j’ai pu faire, je n’ai pas pu lâcher-prise sur ce point précis.

Les kilomètres ont défilé. Je ne me rappelle de rien, sinon ce silence, au fond, là, dans la voiture. Ce rien. je me sens aussi vide que ce silence, épuisée par une nuit d’insomnie et la terreur que mes beaux-parents aient trop peur de garder nos enfants, que nous repartions avec, que ma bulle d’air explose. J’en suis encore là, à ne pas y croire, à être parti(e)s sans eux en les sachant entre de bonnes mains. Je m’échappe du Gard, je refuse de m’arrêter tant que nous n’avons pas quitté le département.

Nous sommes dans l’Aveyron. Vers 18h15, voyant le jour décliner un peu nous nous sommes mis en quête de notre premier lieu pour passer la nuit. Nous le voulions loin des regards – le camping sauvage est interdit, bien que la tente de toit passe entre les mailles pour l’instant – et loin de tout bruit de civilisation. En quinze minutes le lieu fut trouvé. De petits chemins en petits chemins, nous avons grimpé une colline jusqu’à arriver au pied d’un immense château d’eau bien rond – château d’eau de Lauras, proche de Saint-Affrique (12). La vue imprenable sur la vallée et le soleil déclinant m’ont convaincue de rester là. Nous étions inquiets un peu du vent intense qui prenait le lieu, mais là où nous étions garés, nous ne ressentions quasiment rien.

Nous avons mangé nos légumes crus et nos fruits, tout remballé et puis nous sommes partis marcher dans les rafales de vent. Les oiseaux chantent de tous les horizons, nous n’avons pas assez de nos oreilles pour différencier chaque son. Toute la colline les abrite on ne sait où, dans les herbes peut-être, c’est extraordinaire de beauté. J’ai tenté une vidéo pour avoir le son, le vent efface tout en crachotant un son dès plus laid, j’abandonne rapidement.

Aveyron paysage château d'eau de Lauras
En fait, il y avait pas mal de nuages.. ^^

Aveyron paysage château d'eau de Lauras

J’ai écrit quelques mots sur un carnet avant la tombée de la nuit.

Fatigue intense, je suis comme décalée de moi. Le silence est stupéfiant et bienvenu. Le soleil se couche, doucement, je m’apprête à passer ma première nuit en pleine nature, après la mauvaise expérience de Volvic, en 2006. Je ne suis pas encore, non, inquiète. Je m’interroge de la viabilité de ce projet : dormir sur le toit de notre voiture.

aveyron paysage soir arbre

aveyron paysage soleil nuages


Les nuages ont caché le soleil avant sa « chute » finale.


 

J’allais passer ma première nuit aux vents, je ne savais rien de ce qui m’attendait, je n’étais pas inquiète. Dubitative, sans aucun doute. Perplexe quant à ma capacité à dormir dehors, sans autre protection qu’un tissu malmené par les éléments s’il lui en prenait – et il lui en a pris. Perplexe aussi, devant ma non-peur. Je crois que c’est à cela, que je ne m’attendais pas.

Autour de nous, les oiseaux chantaient la nuit. A 21h il faisait sombre, le silence nous a entouré, et nous avons fermé les yeux.
 

 

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2 commentaires sur “2”

  1. Je suis heureuse de lire que vous avez pu vous évader tous les deux. Les paysages sont magnifiques. L’idée de dormir en pleine nature est terriblement tentant (et terriblement angoissant aussi).
    Hâte de lire la suite de votre périple.

    1. Ben écoute, je m’attendais à être hyper angoissée (moi qui me sent très vite en insécurité), et finalement pas du tout.. Alors qu’en 2006 avec une tente au sol, j’ai fait une crise de panique, j’ai dormi comme j’ai pu tout en étant paniquée, et la nuit suivante on a pris une nuit d’hôtel). Va comprendre ^^

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