6 avril 2017, Tarn et Tarn-et-Garonne – Jour 1 Nuit 2

Les yeux fermés, on ne peut pas croire que l’on soit ailleurs – dans une chambre, par exemple. Nous n’y sommes pas. Il y a le vent. Le silence particulier de la colline. Les insectes. Le soleil qui disparait – une certaine tonalité que le monde alentour exprime de milles manières. Les yeux fermés, nous y étions peut-être encore davantage.
Je m’attendais à tourner, à angoisser, à tout simplement m’accrocher à la première insomnie passant par là. Je me suis endormie, juste comme ça, la tête dans les étoiles que me cachaient la toile. L’insomnie angoissée de la nuit précédente ne m’avait rien laissé, j’étais épuisée. Malgré tout, la nuit fut agitée : je dormais dans un lieu inconnu, sur un matelas inconnu, et sans oxygène : dans la débâcle de notre départ, j’ai oublié le câble à brancher sur l’allume-cigare, réparé pourtant juste pour moi deux jours avant le départ. Je n’ai plus l’habitude de dormir sans être rattachée à un fil, il me manquait quelque chose de vital, je le cherchais involontairement.

En plein début de nuit, je me suis réveillée avec une vessie terriblement pleine. Mes beaux-parents ont prévu un système formidable pour ne pas se lever dans le froid et la nuit noire : un seau dans la tente, accroché en hauteur à une petite chaine, avec de la sciure. Des toilettes sèches, en somme. Peut-être que mes idées étaient à l’envers, je n’ai pas été capable de gérer ça ainsi. J’ai préféré sortir dans le froid et la nuit, éclairée par une puissante lune montante et rapidement rentrer au presque chaud de la tente – qui a son micro-climat, un peu.

Des pics de réveils me maintenaient en alerte légère, la toile bougeait un peu trop pour moi. Au petit matin et uniquement éclairés par la lune, j’ai constaté durement l’heure : 5h34. Je ne me suis plus rendormie. La tête me faisait mal de froid et de vent, je sentais jusqu’à la voiture bouger : je ne voulais plus que sortir de là – quand LeChat serait réveillé. Le principe d’une tente de toit c’est que c’est tout minuscule, même sans rien faire j’ai sans le vouloir réveillé mon mari. Si lui n’était pas dérangé par les mouvements très légers disait-il de la voiture et qu’il ne sentait pas vraiment lui, nous nous sommes vite accordés sur le fait qu’il faisait glacial, là, tout de suite. Vraiment glacial. Insupportablement glacial. Sous les couettes nous étions bien, mais nous ne pouvions décemment pas rester là : la faim et l’envie pressante, n’est-ce pas.

La luminosité dans le ciel indiquait vaguement la future journée sans que le soleil ne soit encore réellement perceptible. Le vent était tel que j’ai oublié de faire la seule chose intéressante à – pas encore – 7h du matin : prendre une photo de notre tente. C’est fou ce qu’on oublie certaines choses qu’on aime pourtant, dans l’urgence des gestes qui ne sont pas encore devenue une routine. Nous nous sommes habillés dans nos vêtements congelés – à peine réchauffés à la va-vite sous la chaleur de nos couettes et nous n’avons fait ni toilette rapide ni pris notre petit déjeuner : on a plié la tente et a on fuit en attendant que le soleil apparaisse. Dans la voiture, on riait de ce froid qui nous avait bien surpris : 4° – température qui ne tient pas compte du froid ressenti plus réaliste des conditions climatiques là-haut.

Le chauffage nous a rapidement réchauffé, et c’est ainsi que nous avons repris la route vers l’océan. Derrière nous le soleil se levait, mes douleurs commençaient à s’étendre et j’ai demandé à mon corps une trêve ; j’avais des choses à vivre pendant trois jours. Essentiellement, j’ai été assez entendue. J’ai laissé venir les vagues, douces d’abord puis de plus en plus élevées à mesure que les nuits ont passé sans l’oxygène. Compte-tenu de tout ce que j’ai fait, je considère que j’ai eu de la chance, les crises ont pris le dessus tout en me laissant exister – ou peut-être que l’on peut dire, aussi, que je les ai acceptées sans les combattre, sans me laisser pour autant dominer.

A travers les forêts, les rayons rosis jouaient jusqu’à se soulever au-dessus des arbres pour nous offrir un spectacle absolument éblouissant où se mêlaient le soleil et les nappes de brouillard. Le temps de quelques photos, nous petit-déjeunons sans prendre le temps de se faire un thé, il fait trop humide.

aveyron soleil levant width=

aveyron soleil levant

aveyron soleil levant
Rha ces fils..

Voici une petite vidéo qui ne vaut absolument rien essentiellement parce que ce n’est pas mon domaine de prédilection : les photographies je me débrouille, mais les vidéos ce n’est pas encore ça, je bouge vraiment trop ^^ Elle sert surtout à montrer la beauté du lieu magnifié par le soleil montant et la couleur exceptionnelle qui nous entourait. Vous m’excuserez, je pense ? 🙂

Nous quittons l’Aveyron pour le Tarn, dont nous longeons les gorges. Toute à la découverte, je ne pense à faire aucune photo. Aucune, sérieusement. Je ne m’en suis pas remise, dites. Quelque part au milieu des gorges, une déviation nous force à les quitter et nous nous retrouvons sur d’autres routes, bien éloignés de la rivière. Les Avalats nous accueillent le temps d’un repas, avec à nos pieds d’insistants volatiles qui cherchent à voler notre nourriture :

tarn oies

tarn coq
Le coq au plus mauvais caractère du monde, qui fait même fuir les poules pour manger en premier !

tarn poule cpq

tarn rivière arbre width=

Il fait particulièrement frais et l’envie nous prend de boire ce thé que nous n’avons pas bu le matin.. pas de boite de thé. Rien. Je l’ai semble-t-il laissée dans le sac des enfants – mais que faisait-elle donc là ? LeChat, qui a décidément très envie ou besoin de boire quelque chose de chaud cherche des orties – et il n’en manque pas – fait bouillir l’eau et jette les feuilles dentelées dans la casserole. Je tente la boisson mais je ne suis définitivement pas thé vert et ceci en a trop le goût. Ceci mis à part, je conçois que la tisane puisse être bonne ^^

Nous abandonnons la famille à côté de nous aux gallinacés et aux poissons – elle pêche – et nous repartons toujours très tranquillement, en nous arrêtant un peu partout dès que l’envie se fait sentir. Nous remontons un peu pour éviter les trop grandes agglomérations et rester sur les petits chemins, sans éviter la belle Montauban. Nous profitons d’un grand centre commercial pour faire le plein, acheter quelques légumes et profiter des toilettes publiques – le plus étonnant est que j’ai préféré être dans la nature pour ça. Nous suivons un panneau, jardin des plantes qui s’avère finalement être surtout un grand parc sympathique, doux, agréable où se promener, mais je m’attendais à autre chose.


Nous repartons, laissant cette place que nous avions eue tant de peine à trouver, à un autre chanceux. Marcher nous a fait beaucoup de bien, nous nous sentons avec une telle joie en nous que parfois nous éclatons de rire, comme ça. Juste comme ça.

tarn et garonne route colza

tarn et garonne panneau colza
Le colza a tellement avancé qu’il avale le panneau ^^

C’est arrivé d’une manière soudaine, un peu brutale : nous avions du colza et soudain nous avons eu des pins. Beaucoup de pins. Une forêt de pins. Une pinède, j’aurais pu dire une pinède mais l’impact n’aurait pas été le même. A perte de vue, des pins et seulement des pins. Nous sommes dans les Landes, et il commence à se faire bien tard : le jour décline. Nous partons à la recherche de notre second coin pour dormir, éloigné de toute civilisation. Au détour d’une petite route, un chemin de terre apparaît, traversant la pinède : nous nous lançons sur la terre sableuse et alors que nous n’y croyons plus – et comment donc faire demi-tour ? – les arbres disparaissent, laissant apparaître une forêt en devenir, replantée, toute petite, ainsi qu’un espace parfait pour notre voiture ; le coin est tout trouvé. Du fait des arbres coupés nous entendons de temps à autre une voiture dans le lointain, pas davantage.


D’où nous venons…

pinede chemin lande
…et qui continue plus loin

pinede soleil landes

pinede soleil couchant landes

pinede soleil couchant landes

Et puis tout de même, parce que cette fois j’y ai pensé :

voiture tente de toit

soeil couchant pinede landes
La dernière photo, lors de notre petite marche quotidienne avant de dormir

Like

2 commentaires sur “2”

  1. Vraiment très étrange cet article pour moi. J’ai l’impression de lire ma vie quotidienne racontée par une autre pensée. Les douleurs en moins évidemment. J’oublie toujours.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *