7 avril 2017 – Océan Atlantique côté Biarritz – Jour 2

J’ai dormi sur une nuit apaisée et bien au chaud ; à peine quelques petits accrocs dûs à des mini-réveils – raisons non identifiées, LeChat bougeait peut-être ? -, un sommeil bien profond m’a ancrée dans mes songes. Nous nous sommes réveillés à 8h16, un peu étonnés par l’heure tout de même : on dort tellement bien dehors, nous ne nous y attendions pas ! J’avais même réussi, la veille en me couchant, à positionner un rebord de couette de manière à ce que ce soit entre la toile et ma tête et j’ai ainsi pu conserver mon visage au chaud ; adieu nez glacé et mal de tête.
C’est que ça n’a pas l’air, mais il fait 2°C. Nous avons froid c’est certain, mais pourtant bien moins que la veille : aucun vent pour nous traverser jusqu’aux os. Les pins nous ont bien protégés, et comme nous ne sommes qu’au début des Landes il n’y a aucune humidité.

Cette fois-ci, nous prenons le temps d’un petit déjeuner. Le thé bien chaud – acheté la veille à Montauban – est la juste boisson qui magnifie mon regard de bon matin et non accessoirement me réchauffe les mains. Et cerise, une toilette matinale est prévue ! Et j’ai oublié de prendre des photos ! Je suis une boulette, oui, j’assume. Vous ne verrez donc pas la toute petite tente : pas de quoi tendre les bras mais de l’espace pour se changer à l’abri du froid et de vent, c’est un régal. Nous avons fait chauffer l’eau pour une petite bassine et la toilette de chat fut bien agréable. On tient debout juste ce qu’il faut pour se déshabiller, se laver rapidement, passer des vêtements propres. LeChat a été surpris par la chaleur générée, lorsqu’il est passé après moi – l’injustice, en somme, puisqu’il n’a jamais froid nous aurions dû faire l’inverse ! En vérité, moi qui suis frileuse je n’avais pas froid du tout.

J’ai oublié de parler du lavage des dents, très simple : la brosse à dents et un peu d’eau. Quant aux toilettes, un petit trou et c’est terminé. Pour les épluchures de tous les légumes et fruits que nous mangeons, pour elles aussi nous les enterrons pour faire un compost – une exception pour le poulailler de la veille qui les a bien sûr avalées. C’est la vie la plus simple, la plus économe de gestes que je connaisse.

J’aime beaucoup, partout où je passe, nettoyer l’espace. Il n’y avait, et c’était sur le chemin, qu’une vieille cannette aplatie et ancienne que j’ai ramassée dans notre sac-poubelle. Depuis le départ, nous avons la chance de tomber sur des coins très propres, ce qui est fort agréable pour le moral. Nous nous sentons accueillis par la terre elle-même, la vie, la nature, comme si nous étions les seuls ou alors les premiers à être là.

Nous repartons et cette fois nous ne nous arrêtons pas. Les heures passent, les mains sur le tableau de bord brûlant pour apaiser les douleurs qui me vrillent. Nous sommes submergés de pins et encore de pins, rien qui n’arrête notre œil, rien qui ne réveille notre envie de découvrir. C’est fatigués que nous arrivons aux abords de la véritable civilisation : les agglomérations. Le paysage change alors brutalement : une large route à plusieurs voies, une vitesse plus grande, beaucoup de voitures, beaucoup de bruit. Nous suivons Bayonne et je découvre, étonnée, le nombre de magasins bio de la région. Nous en croisons tellement que j’arrête de les noter mentalement dans ma tête, nous trouverons forcément lorsque nous en aurons besoin – et ce fut le cas.

L’arrivée à Biarritz est spectaculairement compliquée par des sens uniques de tout bord, surtout les plus improbables. Le GPS nous aide énormément à nous diriger, sans lui je crois qu’on s’arracherait les cheveux. Je le pointe sur un parking proche de l’océan, et nous mettons un temps fou pour y arriver, un temps sous le soleil avec le moteur éteint pendant qu’un camion décharge – ne pas s’y méprendre, j’adore ce genre de temps qui ralenti la ville, force à s’apaiser, à regarder autour de soi – un temps à savourer la chaleur ambiante et le côté petite ville toute petite de Biarritz auquel je ne m’attendais pas une seconde – ben non je n’ai pas fait de photos, humm. Quand nous arrivons enfin à l’embranchement pour ensuite descendre dans le parking sous-terrain, une camionnette garée un peu en plein milieu ouvre sa porte arrière, bloquant l’accès. Nous pouvons attendre bien sûr mais je préfère y voir un signe, qu’il ne faut pas que nous descendions et je fais continuer mon mari. Nous nous égarons sur une place compliquée de sens interdits hallucinants et nous finissons par repartir, un peu sonnés. Nous commençons à quitter vaguement le centre-ville en longeant la côte quand nous trouvons ce parking, en plein air, surplombant l’océan.. grandiose.. avec une place juste pour nous. La seule, par contre. Nous ressentons fortement que malgré un mois tout jeune mois d’avril, le tourisme fonctionne vraiment fort. Je n’aimerais pas y être en été, ce doit être impraticable.

Biarritz océan hauteur
On ne les voit pas, il y a des rochers juste avant le sable.

Biarritz océan hauteur rochers

Biarritz océan hauteur surfeur

Nous descendons des marches et des marches et puis des tonnes de marches avant de toucher le sable fin. Plus nous descendons plus nous entendons l’océan, un grondement intense, incessant, impressionnant. La vue plate et lointaine est trompeuse, il y a là une force superbe.
Il est 12h36. L’endroit est parfait pour pique-niquer. Nous nous posons sur les rochers, avec une inquiétude légère pour ma part : il me semble que l’eau monte. LeChat fait la moue, il n’est pas convaincu.

12h38. Petite vidéo pour le son, même si cela ne rend pas justice une seconde à ce qu’on entend réellement :

12h40. J’insiste un peu, tout de même, pour cette histoire d’eau qui monte, il ne me croit pas toujours pas vraiment et de toute façon nous avons faim : la marée attendra. Je mange, je prends des photos, je m’extasie sur des surfeurs et j’admire en douce les jolies fesses des messieurs – en douce des messieurs bien sûr, pas de mon homme : il admire avec moi.

Biarritz océan vagues

Biarritz océan vagues

Biarritz océan vagues surfeurs

12h48. Et puis je regarde à nos pieds. L’eau a clairement monté et cette fois LeCHat ne peut pas contester. Tout de même, il veut bien remballer les affaires mais pas se presser. Quand je vois la vitesse avec laquelle la plage a disparu, je considère son peu d’empressement comme un appel à se faire chatouiller par une vague. Comme je n’ai nulle envie de me faire asperger même gentiment, je range rapidement quelques affaires et mon appareil photo. A cet instant précis l’eau est juste sous nos pieds, on a l’impression que tout s’accélère. Je commence à grimper sur les rochers, difficilement parce que j’ai mal un peu partout ; surtout, j’ai très peur de me blesser, qu’une cheville cède ou qu’un poignet se retourne, cela rend mes gestes peu sûrs. LeChat m’accompagne, par sécurité – et puis parce que c’est LeChat. 12h54. Il redescend à la vitesse d’un cabri, attrape les deux sacs et une vague éclabousse dans la foulée notre lieu de pique-nique : ce fou-rire, tout de même ^^

Biarritz océan rochers

Nous restons quelques temps à observer la marée monter, absorber la rampe d’accès puis quelques rochers ; et puis nous repartons tranquillement, laissant la place de parking à un autre chanceux – un qui voudrait bien se mouiller les pieds.. Nous abandonnons un peu tristement les panneaux indiquant des villes espagnoles, et nous nous dirigeons vers Lit-et-Mixe (prononcez litémixe) en passant par CapBreton. Nous avons l’envie de profiter de la belle vue atlantique autant que possible – cela nous change des pins. Nous marchons au bord du canal sous un ciel infini.


En toute sincérité, ni l’océan ni la mer ne sont vraiment mon idéal de vie. Je n’aime pas me baigner, je déteste profondément bronzer, je fais très vite une insolation… Aucun plaisir, vraiment. Me rendre à l’océan a par contre comblé mon désir de le voir, même si pour moi il a manqué d’intensité, j’en attendais quelque chose de plus majestueux, de plus fougueux. Une certaine hauteur. Très certainement pas la bonne journée ou la bonne saison. Pour autant, j’ai aimé cette rencontre entre lui et moi : je peux désormais dire que je le connais un peu, juste ce qu’il faut pour savoir à quoi il ressemble les jours calmes.

Nous repartons ; j’ai l’impression d’avoir un peu usé mon capital océanique, cette odeur qui m’a soudainement assailli m’a renvoyé en arrière : cette vague émotionnelle un peu salée et un peu lourde de l’iode me rappelle un homme que je tente de laisser dans le passé. Petite angoisse en marchant au bord du canal, que je tente d’apaiser. LeChat comprend mon stress et nous retournons à la voiture. Je laisse passer, doucement.
Nous roulons, toujours dans la pinède, les arbres droits, si droits.

A lit-et-Mixe (40), nous cherchons la Poste (fermée), l’office de tourisme (fermé), le loueur de vélo (ouvert). Nous avons deux envies : LeChat souhaite rouler en tandem, personnellement non pas du tout je préfère tenter le vélo électrique – seule solution que je vois pour pas mourir en chemin et sous les pins. Un monsieur avec des yeux bleus magnifiques c’est important, toujours et un gentil sourire nous renseigne et nous réservons finalement deux vélos électriques pour le lendemain. J’appréhende et en même temps j’ai hâte !


Petite minette adorable, chez le loueur de vélos. Attachée parce qu’elle suit pour adoption toute nouvelle personne !

Commence notre quête du lieu pour dormir. LeChat veut absolument longer la côte et avoir vu sur l’océan, je suis plutôt sceptique quant à la réalisation du projet : je doute fortement qu’une communauté ait laissé la chose possible. Nous pointons sur la carte une toute petite route de quelques kilomètres pour finalement arriver sur un lieu vraiment beau pour un coin aménager : sous les arbres, un parking, des poubelles, des tables et à quelques mètres, l’océan. Ce serait parfait s’il n’était pas spécifié « interdit de stationner la nuit » un peu partout. Je ne saurais pas dire pourquoi mais nous ne le sentons ni l’un ni l’autre et nous repartons, profondément déçus.
La route en sens inverse parait loooongue si looongue, aucun chemin de traverse, rien sinon les pins vous allez en entendre parler c’est sûr, 150 ans qu’ils sont là de la main de l’homme et qu’ils tiennent le sable.

Plus j’observe la carte plus je suis persuadée qu’il ne faut pas chercher du côté océan mais plutôt du côté terre. Nous retournons un peu du côté de Lit-et-Mixe et soudain, sur la droite côté océan un chemin s’enfonce. LeChat s’engage et je ne le sens pas, je l’arrête et descend pour aller voir plus loin, à pied. C’est très beau, une superbe luminosité sous les arbres, il y a un petit coin où garer la voiture pour la nuit. La route trop proche est envahissante de bruits, je fais malgré tout un geste à mon mari pour qu’il s’engage quelque peu vers moi puis lui fais signe de s’arrêter pour qu’il se mette sur la petite place, il est impossible de se rendre plus loin : ensuite la terre semble vouloir jouer aux sables mouvants et je sens en moi un violent désir de faire marcher arrière, de repartir. LeChat confirme, ne le sent pas non plus et commence à faire demi-tour, loin de cet amas sableux. Et patine. Impossible de bouger. Première sueur froide. La place trouvée cachait du sable, beaucoup, une quantité impressionnante et.. mouvante. Seconde tentative, il recule, avance un peu pour tourner et s’embourbe de nouveau. Seconde sueur froide, la voiture cale. On tente avec la cale en bois, la voiture s’enfonce un peu plus et le stress monte un peu – nous gardons la tête froide. LeChat part alors à reculons sur un chemin étroit, raye la voiture allègrement de tous les épineux –il n’y a pas que des pins tiens, s’inquiète de s’embourber à chaque seconde et soudain nous retrouvons un sol légèrement herbeux, bien plus stable. Nous prenons une minute pour respirer et puis nous repartons, il est 19 heures et nous avons grande faim.

C’est finalement du côté terre que nous nous engageons, une petite route et puis une autre bordée de maisons nous mènent à une presque impasse : à notre droite, un chemin de pompier s’engage. Nous le prenons, notons un emplacement parfait mais trop proche des habitations, et quelques mètres plus loin 3 autres chemins de pompiers, une croisée d’emblée rébarbative, trop de sable, de bosses, de trous : il sera impossible de trouver une autre encoche comme précédemment sans épuiser les amortisseurs. Nous revenons en arrière et nous plaçons le plus en retrait possible pour ne surtout pas gêner le moindre passage : la perfection.

Alors que nous mangeons, un vélo arrive depuis le village. Un vieux monsieur qui nous décroche un regard un peu hargneux et un vague signe de tête. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, je lâche le couteau dans la foulée pour montrer patte blanche.. parfois je ne saisis pas bien mes réactions. Il passe et nous le regardons, un peu inquiets, nos légumes à nos pieds avec le silence. Nous rions un peu tout de même, nous l’avons vraiment surpris, cachés du chemin comme nous sommes.

Nous rangeons toutes nos affaires et partons marcher vers le village. Et là cela me saute enfin aux yeux : tout est parfait. Partout. Dans toutes les Landes. Une perfection épuisante. C’est joli bien sûr, mais je fonctionne au brouillon, mon jardin est une pagaille folle, j’aime la nature vivante. Ici tout est taillé : les buissons sont carrés, l’herbe fait 5 millimètres, aucune feuille sèche ou morte ou vivante sur le sol, les arbres sont inexistants ou carrés et s’ils ont le tort d’être des platanes ils ont des boules à la place des branches et sont reliés les uns autres – je n’ai pas eu le courage de photographier cette horreur-là mais vous pouvez le voir ici. D’accord, ensuite cela donnera ça, mais c’est trop pour moi, cette souffrance je ne peux pas.
En ce qui concerne les terrains des maisons parfaitement propres et irréprochables, même pour les maisons clairement saisonnières et donc vacancières, je suppose qu’il faut y voir une directive régionale ou départementale pour empêcher la propagation des incendies. Je le conçois, même si je pense sincèrement que le côté carré des buissons n’a pas grand-chose à y voir.

Le soleil descend de plus en plus pendant que nous marchons, les oiseaux se déploient dans un chant de fin du monde, comme pour se donner du courage pour la nuit qui approche. Nous savourons…

Alors qu’il fait pratiquement nuit noire et que nous nous apprêtons à déplier la tente, le vieux monsieur à vélo repasse devant nous avec un vague regard suspicieux. Je le regarde un peu partir en me demandant à quelle sauce on va être mangés, tout de même..
La voiture parfaitement de niveau pour ne pas avoir la tête plus basse que le reste – oui nous avons un petit niveau pour ça, bien pratique – et une roue calée avec une planche pour aider à la chose, nous déployons la tente. Le lit est toujours fait de la veille, il ne reste qu’à border aux pieds – impossible sinon de fermer le coffre de la tente. Et pour la première fois – il s’agit de notre troisième nuit, j’ai froid et n’arrive pas à me réchauffer. Je ne comprends pas, me serre contre mon mari et m’endors avec ce corps à moitié gelé.

arbre nuit

 

 

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