Aujourd’hui la fin de



 

C’est un deuil, c’est une évidence. Une fin d’idéal. Je me suis tant pensée loin de l’image maternelle, je me suis tant donné pour exploser ma violence loin de mes enfants, j’ai tant fait. Je me dépossède de ce je intérieur qui observait ma mère et disait tu vois bien qu’on peut ne pas crier frapper tu vois bien, je s’effondre et crie et s’affirme ne peut s’enfuir, je fait face à des démons enfouis pour recadrer un enfant en perdition, je pleure de ne plus se savoir. Et alors que je s’affronte, l’enfant revient dans le réel. Comme une fleur.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui la fin de
 

Rien ne « se » perd. Les choses ne « se » perdent pas, les êtres ne « se » perdent pas, c’est moi pensais-je qui ne les sauve pas. Je laisse pousser des éloignements.

Hélène Cixous – Si près

poisson mer dans les herbes
Un fond marin à Estretit – Espagne

 
Est-ce que l’on sait jamais ce qu’on fait vraiment. Sur quel fil on tire, quel mot on contourne. Quelle vie on fait grandir.
Nous sommes les parents pénibles que nous ne voulions pas être, c’est ce qui est le plus difficile. Cette autorité hostile.. je n’y crois tellement pas que j’en suis là.. Je fais des rêves étonnants où je change de mère, où la seconde prend le parti de la première, où je suis seule. Je survis aux rêves.

Nous avons changé l’ambiance, la maisonnée prend un air de sortie apocalyptique non négligeable pour notre respiration. Prince a sombré, loin, plus loin, à ne plus en voir le bout, et nos vacances espagnoles nous ont donné de quoi réfléchir. Alors. Nous lui pourrissons la vie – quel autre mot -, nous ne le lâchons pas, nous recadrons très serré, nous sommes entrés en guerre ouverte et parfois violente, et pourtant je serais bien en peine de dire ce que nous avons changé exactement. Il ne peut plus crier frapper pleurer gémir sans que nous soyons là, juste à côté, à lui montrer les mécanismes de tout ce qu’il sabote de nos vies, de sa vie. A peine la crise terminée nous parlons avec lui, de ce qu’il s’est passé, de ce qu’il a abusé, des excuses qu’il va devoir faire et de la réparation à mettre en place. Plusieurs fois par jour. Plusieurs fois pour les mêmes choses. Une crise pour avoir refusé de lui peler sa pêche, une crise pour avoir refusé de lui faire une tartine à sa place, une crise pour un verre d’eau qu’on ne veut pas remplir alors qu’il peut le faire, une crise pour un e à la place d’un a qu’il voudrait que je gomme – est-ce que je peux me gommer moi. Nous ne connaissons plus la CNV puisque cela ne l’atteint pas, il n’entend de la bienveillance qu’une tonalité lâche et angoissante. Qu’on soit doux, agréable, conciliant et il hurle. Qu’on soit sévère, intraitable, crispant et il est calme. Qu’on soit aimable et il nous parle mal, que notre ton soit dur et il nous parle avec douceur. Je ne sais pas ce que j’ai fait dans une vie antérieure pour devoir prendre le visage sévère de ma mère, mais les faits sont là : cet enfant se reprend en main. Il dit je ne veux plus faire de crises et c’est bien la première fois, il n’exige plus de nous que nous mourrions d’une hémorragie énergétique. Il retrouve ses sourires, son humour.. oserais-je le dire, son intelligence. Nous survivrons donc, semble-t-il, à son enfance.
Et c’est éprouvant, de survivre à cette enfance-là. A mon regard sur moi. Au regard de ma mère sur moi.
Nous remontons, tout n’est que deuil.
 
 

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5 commentaires sur “5”

  1. Trouver une solution pour son enfant mais s’y perdre au passage, « on ne peut pas tout avoir », ça doit être bien frustrant pour vous. J’espère que tu ne fais pas vraiment le deuil de toi, que tu te mets juste entre parenthèse, le temps que Prince retrouve l’équilibre, et puisse avancer sans que tu aies besoin d’employer de ton si dur. Espoir, espoir, espoir.

    1. Tu vois hier on a sans doute relâché un peu (pas volontairement), Prince est reparti dans son rythme crises/larmes/énervements/faire-les-choses-à-sa-place et on a dû resserrer de nouveau. C’est rude, mais que faire d’autre.
      J’essaye de me respecter, j’allume un peu plus l’ordi que prévu sinon je galère trop à faire tout ce dont j’ai besoin.. ^^’

      1. Tenir la fermeté au quotidien, quand ce n’est pas ta nature, j’imagine comme ça doit être dur. Les moments à toi en sont d’autant plus précieux. Si allumer plus l’ordi t’aide à trouver un équilibre…

        1. En fait je suis habituellement ferme avec mes enfants.. là par contre, cela dépasse ce que je souhaitais. La fermeté oui bien sûr, mais j’aimerais bien aussi être cool, arrangeante..

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