Aujourd’hui clés


Je me suis verrouillée intérieur extérieur, j’ai tombé les clés. Introuvables les mots s’échangent. Elles sont là quelque part, je soulève les peurs les muscles les rêves, j’écris naturellement j’écris les serrures les joliesses les dorures je ne trouve pas j’angoisse, sans mes clés où est-ce que je peux poser les pieds, est-ce que je peux me quitter m’absenter est-ce que je risque l’effraction est-ce que Tu va me trouver me briser me rassurer, puis-je exister enfermée.. je sais la vie la clé fracturée, je voudrais parfois cesser de me perdre.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui clés
 


Il existe, paraît-il, de nombreux mondes. Autour du nôtre, entassés comme les cellules de notre cœur. Chacun a sa logique propre, sa physique, ses lunes et ses étoiles. Nous ne pouvons pas nous y rendre — on ne survivrait pas dans la plupart. Certains, pourtant, je l’ai constaté, sont très semblables au nôtre — à l’instar des mondes magiques dont ma tante s’amusait à nous parler. Si tu fais un vœu, un autre monde se forme dans lequel ce vœu se réalise, même si tu ne t’en rendras jamais compte. Et dans ces mondes il y a des endroits que tu aimes, des gens que tu aimes. Dans l’un d’eux, qui sait, tout s’inverse, le juste devient l’injuste et la vie est comme tu la souhaites. Que se passe-t-il si on trouve la porte ? Et que l’on possède la clé ? Car nous le savons tous : une fois au moins, il nous est arrivé l’impossible.
Andrew Sean Greer – Les Vies parallèles de Greta Wells


mouette falaise Aujourd'hui clés
ܟ

L’angoisse me dévaste. Littéralement. A des intervalles irréguliers qui me grignotent la pensée rationnelle. Un peu comme la canne qui me rentre dans la main, s’imprime, me blesse, il n’y a pas de raison, cela ne devrait pas être, tout le monde se sert d’une canne ou se fait serrer par une angoisse et survit. Je devrais je suppose, moi aussi. Je marche un peu avec, un peu sans, je ne marche pas trop sinon j’enfonce la canne l’angoisse et alors forcément je n’avance plus. Souvent je me lève, déjà j’ai traversé le continent – le salon – j’ai oublié le reposoir, la douleur appuie, je retourne chercher la canne avec la sensation envahissante que le monde entier me montre du doigt – est-ce lui encore ce regard sur moi, qu’est-ce ? – est-ce qu’on va me croire lorsque je dis que j’ai si mal qu’il me faut m’appuyer sur une extension de moi-même. Je me débats avec des résidus de passé, avec Lui avec Elle, tu as toujours mal quelque part, tu cinémas tais-toi, je prends la canne et je tais, je tais.
Je tais.