Aujourd’hui c’est bien une vache


J’aurais pu dire, « c’est une vache saloperie de connerie ». Je me suis contenté de bien m’énerver et de les faire nettoyer les murs, le sol, la table, les pots. Je ne sais pas à quel moment ni ce qui a pu leur faire penser qu’il était judicieux de vider les huit bouteilles pour mélanger toutes les couleurs, découvrir ce gris souris et gâcher toute cette peinture. Je me croyais bien à l’abri des bêtises – ils n’en font jamais -, j’avais diablement tort : ils les font juste en une fois.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui c’est bien une vache


oiseau vol ciel Aujourd'hui c’est bien une vache


Un grand livre commence longtemps avant le livre. Un livre est grand par la grandeur du désespoir dont il procède, par toute cette nuit qui pèse sur lui et le retient longtemps de naître.»
Christian Bobin – La lumière du monde


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Finalement, la maison d’édition m’a envoyé le manuscrit pour quelques corrections, et je reprends mes textes, je les réécris – ils me renvoient, j’essaye d’en profiter et rétablir les mauvais textes sur un autre plan. Ils ont surlignés les « que » et les « qui », quand personnellement j’aurais traqué les quelques répétitions qui m’ont échappé, mais soit. Et si je comprends le travail qu’il me faut entamer sur ces « que » et ces « qui », qui me fera d’ailleurs progresser dans la langue, je reste dubitative sur les quelques « phrase trop longue ». J’écris ainsi. Mais soit. Je coupe, je mets des points. Et alors, j’arrive à ce texte, Quotidien, assez petit mais d’une certaine longueur je peux en convenir quand nul point justement, n’y est apposé. Je le conçois, évidemment. Il s’agit juste d’un texte où si je mets le moindre point, il perd tout. Son phrasé, sa force, sa rythmique, sa dynamique, sa journée. Je ne peux pas y mettre de point, je refuse catégoriquement. Nous avons donc le choix entre ils prennent mon texte comme il est ou je refuse la publication – et je me doute que nous n’en arriverons pas là. Je suis simplement perplexe. Sincèrement c’est une drôle d’aventure que voilà. Et ce qui se cache derrière, c’est toute ma déception. Voilà qui remet à sa juste place non-idéalisée le concept de maison d’édition. La question que je me pose est la suivante : qui va pouvoir mener mes écrits plus loin que ce que moi, je suis capable de les porter, si ce n’est pas une maison d’édition justement ?
 
 

5 commentaires sur “5”

  1. À cause des faibles marges du secteur, beaucoup d’éditeurs aujourd’hui se retrouvent à faire passer la gestion de projet avant le travail sur le texte, de plus en plus externalisé. De moins en moins « editor » et de plus en plus « publisher », en somme. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai bifurqué après un an d’apprentissage dans le secteur… Le mieux serait peut-être de vous trouver quelqu’un de confiance pour travailler/polir le texte, avant d’en confier la diffusion à l’éditeur.

  2. C’est pour cela que je crains un peu de passer par une maison d’édition pour mon roman, je ne voudrais pas qu’ils me fassent faire des corrections qui dénaturent mon style. Je crois que si c’était le cas, je préfèrerais passer par l’autoédition, pour ne pas avoir à gommer mon roman pour qu’il rentre mieux dans les cases.

    Après, il faut aussi parfois faire des sacrifices. Je me souviens d’une anecdote racontée par Elizabeth Gilbert, d’une nouvelle qu’elle avait envoyé pour publication dans une revue. La revue a accepté, mais lui a demandé de réduire de moitié. Son premier instinct était de ne pas vouloir toucher à sa nouvelle sur laquelle elle avait déjà énormément travaillé. Mais, le coeur brisé, elle a fini par obtempérer, se disant qu’il valait mieux être publiée comme ça que pas du tout. La publication de son texte atrophié lui a permis de se lancer.
    Il n’y a pas de bonne ou mauvaise décision, juste celle que tu peux faire avec ta conscience.

    1. Je comprends complètement. Là je sacrifie des phrases qu’ils jugent trop longues, je me dis que ça ne vaut pas le coup de batailler. Par contre pour le texte, vu que c’est l’essence même de sa lecture, ça vaut la peine que je refuse. On verra bien.
      Comme toi je me dis, si jamais ça rate je le mets en autoédition avec de jolies photos:)

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