Il suffit d'un mot

Aujourd’hui j’évite – écriture automatique, rien à en tirer


J’évite ce que je savais vouloir dire je suis en vertige au-dessus du carnet mon écriture me laisse seule sous mes yeux elle danse et se mélange au papier je ne sais plus dérouler ce roman pas davantage les mots d’ici je me sens vide de ne plus me dire plus j’avance et plus je pars dans un sens opposé le temps passe et le besoin grandit avec l’impossibilité je désespère disparais il s’agit de ce que j’évite de ce moi perdu fatigué d’un carnet noir aux pages légèrement jaunies m’ayant dévorée un soir

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui j’évite


(…) je sais bien que cette passion prédatrice me tient moi-même captive, je veux prendre et je suis prise du besoin de prendre, c’est une frénésie qui me ravage, il est épuisant de vouloir retenir ce qui passe, je suis hantée par un appareil photo mental, moi qui de ma vie n’ai pris une photo. La photographie ai-je toujours pensé c’est l’ennemi, le mien précisément, l’adversaire, on ne peut pas prendre des photos et écrire, me dis-je.
A peine pensé-je cela que mon ami me dira tout le contraire, il y a de l’écrire dans le photographier dit-il, mais je n’ai jamais pu essayer, dans l’idée de prendre une photographie techniquement tout m’effraie, l’idée de « prendre » alors que selon moi l’appareil coupe, d’une photo, le flux infini de l’imprenable, alors qu’écrire ne prends rien du tout, écrire rêve de ne pas arrêter ce qui est en train de se perdre, rien de plus impuissant et désespéré, donc rien de plus fidèle aux infidélités de la vie.

Hélène Cixous – Si près

(étrange comme ce texte me parle dans son envers)


rivière cailloux Aujourd'hui j'évite
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Il va bien falloir que je résolve ce fait : je n’écris plus, et ça me coute. De ce que j’en perçois depuis mes pages fermées, la création par la couture me mobilise toute entière, et si j’y prends un plaisir certain et entier, j’y perds une grande connaissance de moi-même. L’écriture jamais, ne pourra être remplacée. Et pourtant, je me cache d’elle, c’est une autre évidence… Je ne saisis pas ce qui me terrifie, et je ne peux le trouver dans l’écriture puisque je suis bloquée.. j’ai très bien fait les choses pour me saboter, j’en serais presque impressionnée..
Je ne peux que tenter de conserver au moins les 366, que l’écriture ne disparaisse complètement..

 
 

10 Comments:

  1. J’espère que tu arriveras à y retourner, à l’écrit, aux mots, car ils me touchent toujours et me donnent de réfléchir sur mon rapport à l’écriture.
    Pour le roman, je piétine aussi sur le mien…
    Je t’envoie d’affectueuses pensées.

  2. Je viens de finir le dernier Fred Vargas et certains de tes mots ici me font penser à Adamsberg, lui qui d’habitude arrive à voir dans les brumes et finit par devenir aveugle. Quelque chose de profond qui lui bloque sa pensée et qu’il n’arrive à résoudre.
    L’écriture ne doit pas être forcée, mais parfois pour comprendre d’où vient le blocage… il faut écrire. Non ?

    1. Pour trouver mon blocage j’écris, pour trouver un blocage d’écriture c’est plus compliqué puisque je n’y arrive justement pas même en forçant 😉

      1. Alors le verrou sautera au détour d’une pensée ou réflexion. Quel est ce blocage ? Peut-être faut-il écrire juste ce qui te passe par la tête sans essayer de l’agencer.

        J’ai commencé à suivre une application de mindfulness. À la fin de chaque séance, il faut trouver notre météo intérieure. Je note alors les 4 premiers mots qui me viennent à l’esprit. Souvent je trouve au premier abord qu’ils n’ont aucun rapport avec mon état d’esprit (un jour j’ai pensé Jalousie). Mais en creusant un peu, systématiquement, je finis par trouver à quoi ils correspondent. Et les verrous sautent. Ça me fait du bien. Peut-être que la mindfulness t’aiderait à accéder à ce blocage ?

        1. Tiens je ne connaissais pas le terme anglais ! Je pratique, autant que je peux, la pleine conscience en effet. J’ai un livre d’ailleurs, avec des pratiques à mettre en place chaque jour..
          Noter 4 mots à la fin de la journée, juste comme ça, ça me parle bien. Je vais essayer pour voir 🙂

          1. Je pense qu’il est important de noter ces mots à la fin d’une session, où tu as fait le vide et es à l’écoute de toi même.
            L’application s’appelle « Mindful » (elle est en français, faite par la mma). Au début j’étais dubitative mais chaque séance m’a fait du bien, et m’a permis d’accéder à certaines humeurs justement, qui sinon étaient là sans que je les identifie et donc que je les comprenne. Il y a des séances de 5 minutes donc c’est vite fait à la fin d’une journée.
            Effectivement j’aurais pu employer le terme français aussi ^^
            Je te souhaite en tout cas de te débloquer d’une manière ou d’une autre !

            1. Ah merci, j’allais te dire « je n’installe aucune appli sur mon tel » et en cliquant (curiosité) j’ai vu qu’on pouvait être directement sur le pc c’est parfait merci beaucoup ! Je vais tester du coup 🙂

              Je fais beaucoup de méditation, du coup les exercices que je tente fonctionnent assez vite chez moi. Par exemple, j’ai écrit hier soir les 4 mots qui me venaient. Ce matin je me suis réveillée avec un mot qui s’est imposé à moi, c’était si fort.. il m’a suivi toute la journée. Je l’ai noté, je vais m’en faire un carnet 🙂 Merci vraiment beaucoup, je ne sais pas si l’appli m’aidera (très certainement), mais déjà j’aime beaucoup le fait de laisser des mots venir pour m’aider à « voir ».

              1. Avec plaisir ! Je trouve aussi cette façon de communiquer avec notre inconscient absolument épatante. Ces mots ne sont pas un hasard… Tu me diras si tu aimes bien les séances !

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