Il suffit d'un mot

Aujourd’hui le territoire de – Minimalisme soudain


 

Notre appartement est assez grand, pourtant avec le temps il s’est rempli d’enfants – deux – et d’objets – beaucoup plus – et l’un et l’autre phénomène s’est trouvé fortement lié. Le lave-vaisselle est arrivé après l’annonce de ma première grossesse et de l’alitement forcé, la vaisselle a augmenté en proportion : il fallait bien le remplir, avant de le lancer. Et puis les vêtements, et puis les meubles, l’espace a réduit, neuf années ont soufflé et alors, tout ce trop, j’ai saturé. A en exploser.
Depuis hier je réduis nos affaires, j’agrandis notre territoire, je minimalise notre quotidien et respire ce vide nouveau. Me libère.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui le territoire de


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Nous avons retiré toute la vaisselle, les couverts, les verres. Et compté. Nous sommes quatre, pourquoi avoir davantage ? Dans un petit coin, de côté en hauteur pour les journées sociales ou familiales, nous gardons de quoi recevoir quatre autres personnes. Et pourtant malgré cela, dans ce carton à l’entrée, je crois que j’aurais de quoi tenir à table dix autres encore. Ou peut-être davantage. Je ne compte pas, plus, le carton déborde et je suis impressionnée par notre capacité à entasser, à penser que nous avons ce besoin. La singularité de ce mode de vie ne m’était pas apparu dans sa simplicité, il fallait avoir de quoi faire trois repas ou même quatre sans avoir besoin de laver, il fallait ses milliers d’assiettes, il fallait avoir tant et plus pour que le lave-vaisselle avale du sale et régurgite du propre. Je ne voyais pas l’incohérence. L’évidence pourtant de tout ce que je sature visuellement dans ma cuisine, dans ma maison.
J’ai tout de même cette réflexion. Est-ce que je me déleste du superflu ou est-ce que j’ai besoin de déposer autre chose et que je ne le trouve pas, ne le vois pas. J’ai un tel besoin de jeter en permanence et depuis des années, je me demande si je suis sur le bon chemin, si je réponds correctement à mon besoin.. ou si je m’aveugle. Je me déleste, pas suffisamment vite, pas suffisamment, je ressens une violence pour tout ce qu’il y a sous mes yeux sans savoir toujours par quoi commencer, quoi retirer. LeChat est un merveilleux compagnon de vie, il m’accompagne dans ce qui lui fait à lui aussi résonance, nous libérons à deux cet espace dans lequel nous vivons. Une continuité de notre vie amoureuse, un chemin que nous arpentons à deux, toujours.
 
Et puisque je n’ai pas eu le temps de faire une photo et qu’il se fait tard (je ne me relis pas), une deuxième vidéo parce que les paysages sont sublimes :


 
 

7 Comments:

  1. Avec mon déménagement j’ai aussi reconsidéré certaines de mes possessions, je me suis délestée de certaines affaires et même si ce fut dur de rompre l’attachement qui me liait à elles, au fond quel poids cela m’a enlevé ! Je suis tout à fait d’accord pour revenir à un certain minimalisme, on a vraiment tendance à s’encombrer de choses qu’on pense indispensable mais qui nous écrasent de leur omniprésence.

  2. Je comprends ton besoin de vider, de jeter et de t’alléger. Je le ressens régulièrement. Ce n’est qu’un avis – il vaut donc ce qu’il vaut -, je ne pense pas que ce soit s’illusionner sur un autre « mal » potentiel que de vouloir faire le tri. Je crois au contraire que c’est quelque chose de très naturel, que ça nous permet de nous détacher (si peu) de cette omniprésente injonction à la surconsommation, si bien intégrée en tant que comportement social logique. Ce que je vois, c’est qu’en faisant le tri, on se débarrasse autant de choses physiques qui nous encombrent (et nous empêchent de respirer comme tu le dis) et ne nous sont pas utiles qu’on se détache de ces attitudes qui nous éloignent de qui nous sommes, de ce que nous sommes, de notre lien avec la Nature dont nous faisons partie et que nous tenons si loin de nous. Détenir trop, c’est peut-être aussi s’éparpiller (inconsciemment) dans trop d’objets que l’on considère comme étant nos extensions. Non ?

    Sinon, un bon moyen de ne pas accumuler, c’est de déménager souvent (c’est un peu sortir le lance-rocket pour tuer une mouche, j’en conviens) ; quand tu en as marre de te faire mal au dos à porter des cartons trop lourds et trop nombreux, que le temps passé à tout emballer te permettrait presque d’écrire un nouveau roman, et que tes meubles sont tellement (choisir la mention appropriée) lourds/complexes à monter-démonter/fragiles/ »précieux » que tu rechignes à les déplacer toi-même (ou que tu commences à avoir besoin de beaucoup d’aide pour tout porter), c’est qu’il est temps de faire le vide 🙂 Ne souris pas (enfin, si, bien entendu, tu peux sourire, c’est même recommandé ^^), c’est comme ça que j’ai fini par jeter tous mes cours de fac il y a des années – et depuis, je ne cesse plus jamais de vider !

    [c-ma-vie]D’ailleurs, là bientôt je vais encore déménager, et comme j’ai décidé que mon déménagement se ferait en un seul camion/aller-retour, j’ai trié mes bouquins (quasiment deux cartons à donner), mes papiers (une belle grosse pile de textes que je traîne depuis longtemps qui nous permettra d’allumer la cheminée), mes meubles (j’en ai peu, et la liste va encore réduire), la vaisselle, les bocaux de récupération… Et là où je voulais en venir avec cette ultime digression, c’est que je vais me débarrasser de mon armoire/penderie (un gros machin lourd et pénible à monter-démonter, avec des portes fragiles, le cauchemar du déménagement – et chaque regard posé dessus me rappelle ça, que ce sera un enfer de le déplacer ENCORE), et que j’ai un peu fureté à la recherche d’idées pour faire moi-même un portant et une étagère à vêtements, et j’ai trouvé des chose très simples, faciles à monter/démonter et légères sur Pinterest, à base de bois flotté, de pots de fleurs en plastique, de tissus… Je commence à croire que chaque objet qu’on entrepose chez soi représente un poids (pour moi, c’est le degré d’entrave lors d’un déménagement, pour toi, c’est peut-être autre chose ; émotion ? Souvenir ?), et que chaque regard posé sur l’objet en question, chaque pensée inconsciente vers cet objet nous rappelle ce poids, et qu’on doit, de fait, les porter, chaque jour. Je trouve ça épuisant. Par contre, chaque fois que je me débarrasse de quelque chose, je me sens vraiment plus légère, un peu euphorique. C’est grisant. Le bonheur est dans le vide grenier 😛 [/c-ma-vie]

    Bon, je pense que ceci est le plus long commentaire que j’ai(e ? un doute, d’un coup…) jamais posté sur le Web. Je souhaite que tu ne te sentes pas lésée du fait que c’est tombé ici !

    De belles pensées pour toi, rondes, chaudes, douces, aromatisées Earl Grey.

    1. Je ressens cela oui, cet éparpillement. Avoir moins, je me dis que ce doit forcément être se recentrer..
      La première fois que j’ai fait un tel tri, énorme, à la grandeur de la maison, ce fut tellement puissant que j’ai pleuré chaque jour de ce tri, je pleurais toute la journée à gros sanglots, plus je triais plus je pleurais : et j’étais incapable d’expliquer pourquoi. C’était fou, je n’étais même pas triste, rien. On a viré des meubles, des choses cassées, d’autres dont on n’avait pas besoin, il y a eu beaucoup de trajets vers la déchetterie. Pendant dix jours on ne s’est pas arrêté, pendant dix jours j’ai pleuré. Et puis on s’est arrêté, j’ai aussi arrêté de pleurer. L’expérience la plus folle que j’ai vécu sur le tri 🙂

      J’ai beaucoup beaucoup beaucoup déménagé. Vers 25 ans j’en étais à une trentaine (incluant les cités U), j’ai pourtant continué à entasser, surtout des livres. Tous les livres. Lorsque j’avais 15 ans, ma maison a brûlé, entièrement. J’ai tout perdu. A partir de là j’ai tout gardé. Mais alors, tout. Jusqu’aux enveloppes reçues, tout tout tout. Les cartons furent.. lourds. Avec d’immenses camions. Quand S. est mort j’ai encore perdu beaucoup de choses (un « ami » m’a volé), je me suis retrouvée sans domicile et puis après 3 mois d’errance d’un lieu à l’autre j’ai obtenu un tout petit deux pièces. J’y ai entassé pas ma de choses, mais beaucoup moins. J’ai rencontré LeChat, on s’est installé ensemble, j’ai entassé par mal de trucs mais là encore, moins. Et j’ai guéri des failles. J’ai commencé à jeter des petites choses, et puis des grandes, et puis mes collections, etc etc.. Je reviens de loin 🙂
      Et justement, je voudrais que le prochain déménagement soit.. plus léger. Que mon regard se pose sur un environnement épuré. Parfois quand je regarde mon intérieur je me demande comment nous allons y arriver.. nous possédons tant.
      Alors certes, j’ai bien moins de livres qu’avant (on voit ma bibliothèque quelque part sur le blog d’ailleurs), je la trouve raisonnable. Mais je dois tout de même lire certains livres pour savoir s’ils méritent que je les conserve ou non ^^

      Oui je dirais cela aussi, « chaque objet qu’on entrepose chez soi représente un poids ».. j’irai jusqu’à dire que chaque regard et pensée posés sur un objet l’alourdit un peu plus, je le ressens ainsi, je suppose que mon agacement provient de là, je ne sup.porte plus (ne porte plus).

      J’ai beaucoup aimé ton commentaire, je suis honorée que tu l’aies (oui, il y a le e 🙂 ) laissé chez moi ^^

      Douce journée théinée à toi 🙂

      1. Ah, quelle série d’aventures :-/ forcément, avec un parcours comme celui-là, je comprends que tu aies développé des réflexes d’écureuil et que tu aies pris l’habitude de tout garder.

        C’est fou cet épisode des « larmes de tri » ! Tu as dû te sentir bien légère après cela.

        Pour ta bibliothèque, je l’avais vue lorsque tu avais posté la photo ; je confirme, elle est très raisonnable (et joliment arrangée en plus ^^).

        Je suis d’accord avec ton sentiment de chaque regard/pensée posé sur l’objet l’alourdit. Qu’est-ce qu’on se complique la vie ^^’

        Pensées Darjeeling aujourd’hui 🙂

        1. Se défaire des objets, se défaire des liens, se défaire du poids.. quelles sensations particulières 🙂
          Oui après avoir tant trié et pleuré, j’ai eu la sensation de repartir plus légère (tout en ayant conscience qu’il y avait encore à faire, mais que nous avions atteint un point de fatigue à prendre en compte).

          Je t’offre un thé aux agrumes ? 🙂

    2. J’aime bien cette idée de poids des objets qu’on accumule, c’est effectivement comme ça que je le ressens ces derniers temps. Cela dit je suis comme la Dame, en triant j’ai beaucoup pleuré (la charge émotionnelle attachée à certains objets était éprouvante). La légèreté n’est venue que dans un second temps.

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