Aujourd’hui le piège – J’ai testé le silence


J’ai fait vœu de silence sur un besoin qui m’a happé, je ne pouvais plus parler.
J’ai mangé, lavé la vaisselle, fais des signes avec mes mains, chuchoté avec mes enfants quand c’était indispensable – je ne souhaitais pas les frustrer. Malgré cette attention Prince a craqué ; j’avais bousculé son quotidien et la crise fut à la hauteur. Le silence m’a gardé dans la sérénité, chuchoter l’a obligé à baisser son propre volume. J’ai pensé avoir évité le piège et j’ai étendu mon linge, dehors. La voisine est venue à son tour, à mes côtés, et m’a dit « Bonjour ».

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui le piège
 


Du silence nait tout ce qui vit et dure, car c’est le silence qui nous relie à l’univers, à l’infini, il est la racine de l’existence et par là, l’équilibre de la vie

Yehudi Menuhin


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Je me suis levée sans parler, c’était comme au-dessus de moi, de mes forces, je ne pouvais pas. J’ai chuchoté aux enfants qu’aujourd’hui je me tairais. Je leur en avais touché quelques mots déjà, une semaine peut-être auparavant, je sentais l’idée prendre de plus en plus de place et c’est devenu une évidence alors que je n’avais même pas encore ouvert les yeux.


Le premier constat est la grande difficulté en lien avec le monde. J’avais oublié de prévenir Blanche, qui m’a téléphoné et j’ai dû chuchoter en croisant les doigts pour qu’elle m’entende – nous avons souvent un réseau lamentable. Les enfants ont de grands besoins, être rassurés étant pas le moindre ; une maman qui se tait, c’est une maman absente, un peu. Je doute d’arriver demain à me taire pleinement. Et enfin il y a les voisins, le facteur, la vie sous toutes ses formes et qui vient frapper à la porte ou au linge. J’ai chuchoté là encore. C’est mieux que de parler vraiment, c’était trop malgré tout pour moi. Et je n’ai pas coupé les réseaux suffisamment tôt, ce que je ne regrette pas car la conversation fut importante. Demain par contre, je n’allume pas l’ordinateur.

. Malgré cette grande difficulté, beaucoup de choses ont émergées. Et le premier effet fut sur mes enfants : ils ont chuchoté à leur tour. Lorsqu’on connait le niveau sonore dont peuvent être capable deux enfants, notamment ces deux-là, c’est très intéressant à observer.

. Cela n’a malheureusement pas duré, et le second effet s’est fait sentir : Prince a craqué une première fois au petit déjeuner, et une seconde fois au repas suivant, avec une grande violence.
Je ne pouvais pas laisser cet enfant dans une telle angoisse et nous avons beaucoup discuté – enfin surtout moi. Alors j’ai chuchoté. J’étais heureuse d’arriver à être dans un tel calme, de pouvoir accueillir son angoisse sans m’énerver à mon tour. Du fait de parler très bas, il s’est retrouvé obligé de baisser le volume de sa propre voix et cela a beaucoup contribué à l’apaiser. Nous avons malgré cela mis quarante minutes à retrouver une situation plus tranquille. Je l’ai prévenu que demain, je referai une journée de silence, pour arriver à me taire vraiment.

. Le troisième effet, je ne m’y attendais pas : j’ai ralenti tout mes gestes. Les pensées me venaient avec davantage de sérénité, je me suis sentie comme repliée sur moi-même tout en étant davantage liée à mon environnement. Comme si je marchais sur le léger bruit de mes chaussons. C’est une expérience sensorielle… c’est sans doute le plus étonnant, tout ce qu’on entend dans son propre silence…

Alors demain, je refais ce vœu sans mots, sans voix, je vais rester à l’intérieur de moi et revenir de ce silence.
Je suis ce soir, plongée dans une grande sérénité..
 
 

2 commentaires sur “2”

  1. Ta photo impressionniste, un vrai tableau, j’aime beaucoup.

    J’ai aussi ri à la chute de ton texte, assez cocasse même si pour toi ça a dû être frustrant.
    C’est quand on essaye de se focaliser sur une chose qu’on comprend à quel point tout s’entremêle et tout a plus ou moins une place importante dans notre vie (un peu comme, après un exercice inhabituel ou intense, des courbatures dans des muscles de notre corps qu’on ne soupçonnait pas viennent nous rappeler qu’eux aussi sont là, chaque jour).

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