Il suffit d'un mot

Aujourd’hui un outil pour – et une grande pagaille de pensée



Je ne me sens plus fantôme en moi-même, je retrouve ce chemin particulier des douceurs quotidiennes ; je me suis un peu bricolée de fils de mots de rires, il me semble que ça a tenu en cimentant avec les gratitudes toute la journée, ne voir que la beauté des instants et oublier lâcher ce qui ne s’est pas très bien déroulé . Il me fallait un outil bien sûr pour ne pas risquer de tout perdre, l’informatique est capricieux surtout les réseaux alors j’ai pris un carnet encore vierge et je l’ai ouvert – à la bougie, quoi d’autre, et j’ai écrit merci.


bougie et carnet Aujourd'hui un outil pour

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui un outil pour


Il se peut qu’un unique tourment, toujours le même, déplacé, méconnu, soit au coeur de tous nos tourments, que tout ce qui a sur nous de l’effet n’ait qu’une seule cause.
Colette Fellous – Plein été


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Je couchais les enfants, seule ce soir. Et il m’est revenu soudain ce souvenir, niché loin dans les tréfonds d’un train entre Paris et la campagne. Je ne sais pourquoi il m’est réapparu là, entre les draps et la couette de hibou qui tournait dans tous les sens. Il me semble que j’avais cinq ans – ah, comme lui -, je me souviens des mouvements et du compartiment, nous trois et ma difficulté à me sentir bien, là. Mon oncle était assis en face de sa femme, je me tenais sans doute je n’étais pas droite sur un siège à côté d’elle, proche de la fenêtre je regardais le défilé des couleurs. Quel signe ai-je bien pu envoyer.. ? Ma tante m’a attrapé la tête. Sèchement attrapé la tête. Ce geste brutal m’a fait me figer, comme si j’étais traquée. Elle a posé ma tête sur ses genoux et m’a tenu là.
Et je n’ai . pas . compris.
Les yeux grands ouverts j’ai continué à regarder le paysage filer, celui qui venait de prendre quatre-vingt dix degrés d’une manière si incompréhensible. Je me suis laissée faire. J’ai laissé ma tête là où elle avait été posée. Sidérée. Je le suis toujours, sidérée, là, depuis mes quarante années, comment ai-je pu ainsi me laisser diriger. Comment. Le temps a passé depuis ma situation inconfortable. Et puis j’ai senti ma tante se pencher en avant, mon oncle s’avancer croyant qu’elle voulait parler mais c’était pour moi, encore pour moi. Elle a vu mes yeux grands ouverts et elle m’a enlevée de ses genoux dans un geste agacé, j’avais mal fait, je ne m’étais pas endormie, elle voulait que je dorme, c’était cela, qu’elle avait attendu de moi, alors.. C’était cela.
Je me souviens de sa colère, de la tension entre nous. J’aurais du dormir, j’aurais du être malléable.

Je me sens souvent comme à mes cinq ans, dans ce train, à ne pas comprendre ce que me veut le Monde. A ne pas comprendre comment interagir avec les uns ou avec les autres. Je saisis des milliers de choses, je peux lire trois livres dans une journée, je sais brancher des fils électriques entre eux et réparer une prise, j’apprends à coudre juste comme ça, je peux apprendre un instrument en quelques heures, je ne saisis pas les maths mais j’ai compris les fractales, je me crois souvent très bête et pourtant je comprends les choses très rapidement, je sais quel fil tirer chez une personne pour l’aider à avancer dans sa vie, j’entends les mots dans les silences, j’ai une énorme capacité de résilience qui dépasse l’entendement, … et je ne saisis pas les codes de la société, je m’épuise je ne sais pas je m’essouffle à essayer.
Je ne peux plus, essayer.
Je remonte aussi pour ça, parce que je ne peux plus essayer – et pourtant il me semble, ce n’était pas ce qui m’a fait sombrer, c’était une bipolarité anxieuse, une qui me vient parfois et me fait monter et descendre et monter et descendre et c’est l’enfer et j’en crève juste ce qu’il faut.

Je me recule de ce qui me parait incompréhensible. Je m’entends dans un autre silence – est-ce que je peux demander, est-ce qu’il y a quelqu’un ? – je ne sais même pas pourquoi je raconte je dis j’expose, je laisse les mots couler et vraiment, que veut-il dire tout ce fatras, est-ce qu’il n’y a pas derrière encore, tout ce qui n’a pas été dit – les belles rencontres dans les incompréhensions, et les éloignements qui disent tout..
Je me demande parfois, pourquoi ce besoin de tant rencontrer de belles personnes, de manquer à ce point de discussions passionnantes, si la clé ne serait pas de se relever et descendre de ce train, fermer les portes et m’ouvrir et se suffire à soi-même avec tous ceux qui déjà partagent ma vie et l’embellissent. Comprendre les interactions n’est pas à ma portée, et puis ? Et d’ailleurs, en vrai, entre vous et moi, est-ce que le monde le sait, lui, le sait-il mieux que moi ?

Les nuits arrivent doucement, les rayons de soleil aussi, il n’y a plus qu’à récolter..

 
 

10 Comments:

  1. C’est toujours beau et plein de promesses un « merci ».
    Je crois que le monde fait semblant de savoir…Trouver sa place est parfois compliqué, un peu moins en compagnie de ceux qui nous aiment et que nous aimons. Il me semble…

    1. Je ne sais pas, parfois j’ai l’impression que tout ça c’est du vent, que personne ne sait. Et pourtant malgré ce « vent » ça fonctionne, ils interagissent ensemble et je ne fais que regarder ce qui m’est obscur. Pour autant je n’ai aucune difficulté avec certaines personnes (proches, du coup, forcément), mais elles sont rares..

  2. C’est un vertige, de chercher à comprendre le Monde. Comme l’a écrit Céline dans l’un de ses derniers articles, il est parfois tant incohérent et illogique…
    Il faut déjà réussir à comprendre soi-même, ce qui nous anime, pourquoi fait-on certaines choses. Les autres… oui, les autres c’est peut-être bien du vent.

  3. Est-ce que le Monde sait ?
    Alors… hem hem…
    Je crois qu’il sait qu’il ne sait pas mais pas toujours avec la même intensité. Certains savent très fort qu’ils ne savent pas et alors ça leur donne le vertige. — Ah ! Je vois que le mot a déjà été utilisé par Cléa 🙂 — tandis que d’autres ne savent pas qu’ils ne savent pas toujours combien le Monde ne sait pas.
    En fait, il y a trois niveaux. L’objet. L’objet qui s’observe. Et l’objet qui s’observe observer. A chaque niveau, son volume d’ignorance. Le Monde dans tout ça, j’ai beau essayé avec un miroir, je ne sais même plus s’il existe !

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