C’est une danse, les journées ne sont qu’une danse

chaton gris

Je cours, juste un peu, juste assez pour perdre le souffle. Je ne sais pas exactement pourquoi, quelle urgence il y a, dans ma vie, comme ça, soudainement. Je dessine des colis, je griffonne leurs emballages, je laisse quelques mots et la Poste avale un paquet que je n’ai jamais le temps de photographier juste avant – et c’est dommage, je les aime bien. J’aide une personne et puis une autre à choisir un tissu une matière une texture. J’allume la machine et elle lance ces fils, c’est miraculeux de la voir faire, j’ai deux tissus de plusieurs mètres et soudain entre les mains j’ai un objet ou un vêtement. A la médiathèque je récupère le livre qu’ils viennent d’acheter et qu’ils m’ont mis de côté – il est très demandé, je suis la première à l’avoir entre les mains – je vais l’emporter samedi. Samedi j’attrape un train – et un peu je vole – avec un chaton gris foncé dans une cage qui va le terroriser, je crois samedi je vais avoir les oreilles qui sifflent encore plus fort. J’ai dû courir à la gare pour avoir un billet pas trop excessif, le site internet refusant de me délivrer mon laissez-passer comme si je ne devais pas m’y rendre, j’étais retenue. Je réponds à mille textos et neuf cent quatre-vingt-dix-neuf concernent les chatons – je vais leur installer une ligne privée. Je les observe chahuter dans les rideaux, décrocher une tringle, fuir à toutes pattes devant un classeur qui s’est effondré. Ils escaladent notre vie, je m’épuise de tous ces mouvements, fond sous leurs câlins. J’affronte ce quotidien félin avec précaution lorsque Oasis, petit roux maladroit, s’effondre dans la cuvette des wc qui n’a pas été tirée, il émerge, trempé de pipi d’une autre espèce que la sienne et de panique en met dans toute la salle de bain, le couloir, l’entrée du salon. Prince trempe son pied et grimace, j’attrape le chaton et le lave – il me lacère le bras, je récure tous les sols en pleurant presque, j’envoie Prince dans la baignoire, « Mais maman je fais quoi de mes vêtements je suis habillé ».. est-ce qu’il y avait trop d’informations, trop d’émotion.. ? J’ai dû formuler qu’il devait les retirer, parce qu’une douche tout habillé, en effet.. Alors les larmes sont arrivées dans ma voix et j’ai tout ravalé, je dois faire avec les particularités de cet enfant qui ne saisit pas les essentiels. Je nettoie six, huit, neuf pipis sur le sol du salon, de la cuisine et de toute pièce dont la porte a mystérieusement été oubliée de fermer – ce n’est jamais personne, ce n’est jamais un enfant -, Brume délimitant son territoire avec quatre mois d’avance, l’agrandissant jusqu’à la couette de notre lit, un coussin, l’étagère de notre bibliothèque absolument bousillée et d’un livre absolument gondolé. Je lave, le sol les vêtements les objets, je lave à croire qu’il y a un bébé chez nous – mais non bien sûr, il n’y a pas de bébé, il y en a juste quatre. Je reçois avec une tasse de thé et sans silence, l’amie C. et ses enfants merveilleux, nous parlons féminité, journal créatif, Faber et Mazlish, elle me raconte ce qu’elle a découvert en pleine création, son propre héritage transgénérationnel et j’écoute grand j’écoute pour quatre personnes et bientôt je vais prendre le temps, le soir, de retransmettre à Blanche de retransmettre à LeChat, ce que je connais certes déjà mais qui là, étonnamment ou non – L’univers, toujours – correspond tellement au millimètre près de mille échos, et j’entends tout ce qui se met en place lorsque j’en parle avec l’un comme avec l’autre. Je gère la douleur, celle qui se déploie à tant d’endroit qu’elle devient presque unique. Dans le dos elle a pratiquement disparue, un muscle déchiré un bleu, je vois encore le bleu je vois encore la douleur. Le coude ne souffre plus mais ne ressemble à rien d’autre qu’une plaque, immense plaque qui se déleste de peaux dures et sèches, c’est si moche, je l’huile je l’huile je la nourris cette peau abimée et c’est grâce à DieuDesChats qui m’a envoyé un doux colis d’huiles essentielles adaptées. J’ouvre ma porte et M. vient chercher Nuage, angoissée tellement angoissée qu’elles vont se rendre chez le vétérinaire juste après, les enfants pleurent et Nuage déjà va me manquer, juste ce qu’il faut. Elle est adorable, si douce. Je ne me suis pas trop attachée, et puis un chaton de moins va nous faire tellement de bien dans cette atmosphère territoriale. Nous déposons Prince à son activité, à 19h je marche avec Hibou dans les rues effeuillées – je rate l’automne -, je discute avec une maman ou deux mamans, mon amie C. et puis une autre – j’ai encore oublié encore son prénom, c’est insupportable cette fatigue – et puis je rentre, je passe chez la voisine pour la boite de voyage prêtée si gentiment et vraiment il faut rentrer je n’ai pas eu le temps de préparer le repas et LeChat travaille ou alors il escalade des parois, le repas la douche les histoires les câlins, et lorsque vers 21h30 LeChat rentre enfin de l’un ou de l’autre les enfants se sont endormis et doucement je pleure ou juste je regarde droit par-dessus l’assiette qu’il m’a préparée parce que je n’ai pas eu le courage ni le temps de manger.

Je fatigue de tant courir, d’avoir tant à faire, et les larmes si proches, je suis dans le vide, le manque de sommeil et pourtant je puis l’assurer, je vais bien.

chaton gris

chaton gris
Nuage s’appelle Kira


 

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

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