Aujourd’hui l’ombre de – Je dis tout en décousu

Aujourd’hui l’ombre de – Je dis tout en décousu

Je me dérobe. Sur les réseaux, dans les invitations, par téléphone, je dérobe toute l’existence, à regret.
Je suis du même chagrin que mes rires, je viens de trop loin, je ne sais pas me glisser l’air de rien, entre les failles des autres. Je soigne les miennes, j’abrite la lumière pour les jours sombres, je plonge les yeux et les barrières dans des livres que l’on me prête parce que l’ombre de toutes ces mères qui ont été mères, elle pèse lourdement. Alors, l’intégration . elle m’échappe à tenter de vivre.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui l’ombre de

Aujourd'hui l'ombre de pissenlit

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. Hibou, cinq ans et huit mois – dans trois jours – s’est découvert la passion des chiffres. Il compte dans l’ombre, la voix dans sa tête. « Maman 8 + 8 ça fait 16 ? » Le lendemain, il me redemande, le troisième jour il m’affirme. Chaque jour durant 2 semaines, il va me le dire, il va compter et puis soudain le quinzième, c’est un matin, il me dit, choqué « Mais maman, en fait, 8 + 8 ça fera toujours 16 ?! ». Actuellement, il vérifie pour 13 + 13.
Je n’ai aucune idée de pourquoi ces chiffres, précisément ceux-là ; je reste intéressée par la troisième vague, s’il y en a une : 16, 26, .. ?

. Du coin de l’œil, des ombres. Des mouvements. Je ne saisis pas toujours avec exactitude, ce que je vois. Parfois un chaton se profile et lorsque je tourne la tête, ils dorment sur la chaise. À un autre moment j’aperçois la porte ouverte du micro-onde et je me tourne et alors rien, la porte est fermée. Est-ce une vision passée, future, une existence banale d’un univers parallèle ? Je vois une autre réalité et sincèrement, je ne sais pas à quoi elle me sert. La plus joliment mignonne était cette théière bleue, pleine de poussière et en décoration dans un salon de thé parisien, et dont j’ai vu soudainement, depuis cette vision sur le côté, une belle fumée sortir, elle était prête, elle avait un thé à verser, elle était joyeuse et souriante elle était émouvante, comme fière.. et puis essentiellement avec mon regard bien en face d’elle, elle était simplement poussiéreuse et terne, réellement, sur l’étagère. La folie, sans doute, je n’ai jamais été bien claire ni bien seule, dans cet intérieur qui me sert de tête.

. J’ai quitté le salon de thé et toutes ses ombres qui me prenaient – littéralement – la tête, et je me suis entendue dire que j’avais peur, les mêmes mots avaient été prononcés il y avait longtemps et j’avais peur, je ne peux penser à le perdre. Et le disant, cette ombre-ci s’est allégée, j’ai toute ma vie avec lui . d’accord.

. Les mots se choisissent, je les pose sur le journal ou alors dans l’herbier, je ne sais plus je mélange. Les carnets s’ouvrent, des pages et des pages où l’inconscient me raconte. Dans le train, je n’avais rien, juste un carnet très beau que je n’ouvre presque jamais, je ne lui parle pas, à lui. Il est brouillon, ne sait rien me redire dans le bon ordre. Je n’ai donc pu noter tout ce qui me venait de mes voisins amusants, je crois pouvoir en déduire que dans mon sac, j’ai un carnet inutile. Je ne me souviens plus, bien sûr. Le jeune homme m’écrasait les pieds en me disant pardon, et sur son regard j’ai bien un peu craqué. Il est venu un peu souvent, m’écraser les pieds, me regarder droit et me dire pardon, c’était peut-être un peu exprès. Ma jeune voisine me parlait en regardant à côté, vers mes cheveux ou derrière encore le paysage, je n’ai pas pu accrocher son regard, jamais, mais elle observait tout de même parce qu’elle m’a demandé « Vous êtes végétarienne ? », elle était militante. J’ai perdu la vue sur les quatre autres, je lisais je dévorais la Passe-miroir, le troisième, je ne revenais dans le train que pour me faire écraser les pieds.
Lorsque j’arrive il fait nuit, je ne sens plus mes jambes trop immobiles et je sens bien trop mon coude qui a heurté la dureté de l’accoudoir durant tant d’heures, lorsque j’arrive ma famille se trompe d’ombres, ils ont pris le mauvais escalier alors ils courent et lorsque je les vois ils ont tellement grandi. C’est impossible n’est-ce pas, c’est impossible, la veille je leur disais au revoir et là ils sont si grands dans leur câlin de petits. En trente-six heures, une semaine a passée, c’est l’explication la plus fiable acceptable.

. Le temps dévore les ombres . je grandis, alors.
 


Cerisier du Japon – Cerisier des collines


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8 Comments:

      1. Oui, mais affreusement déçue que le numéro 4 ne soit pas encore écrit !
        J’ai aimé la délicate écriture, simple mais choisie avec soin. Le caractère des personnages, poussé mais qui reste cohérent d’un livre à l’autre, romance comprise. L’intrigue où l’on ne sait pas bien de qui il vaut mieux se méfier.

        1. Je trépigne aussi, ça va être long d’attendre !
          Je la trouve très douée effectivement, autant pour l’univers que pour les émotions, les personnages.. Suffisamment rare pour être très apprécié.

  1. Marie Kléber

    La vie passe, parfois doucement, parfois tel un éclair que nous interceptons juste avant qu’il ne disparaisse, juste le temps de saisir une seconde…La vie dans tous ses états comme le dit justement Julie.
    Pensées…

    1. Oui 🙂 Et je me suis dit.. parfois, cet univers doit se dédoubler légèrement d’un pas de côté, chaque fois qu’on évite quelque chose il y a quelque part peut-être, une réalité différente.. ?

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