#366 réels

Aujourd’hui attention particulière à ne pas faire

J’ai fait très attention. A ne pas coudre en décalé les deux tissus, à ne pas me rendormir après le réveil brutal, à ne pas arriver en retard – et nous avons couru -, à ne pas m’énerver sur la moindre faille dans la voix de Prince. Particulièrement j’ai souhaité ne pas perdre le fil, les heures les rayons l’hiver, à ne pas rester dans le gris tombant et j’ai raté la lumière. J’ai tellement fait attention, ce matin j’ai oublié d’ouvrir les yeux pour la journée : dans tous les coins il fait simplement froid.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui attention particulière à ne pas faire…

automne feuilles Aujourd'hui attention particulière à ne pas faire
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Je ne sais plus l’écrire bien, la fatigue. Elle me dévore.
Toute cette journée, j’ai un peu regardé juste devant moi avec les yeux qui papillonnaient. Je ne sais pas bien ce que j’ai fait. Sinon, juste rien. Je suis déçue, cela ne m’a pas reposée.

C’est peut-être aussi, toutes ces douleurs qui occupent la tête, et puis tout ce sang sur le genou de Hibou, toujours le même sang, toujours le même genou. Ce n’est pas joli, ça ne l’est jamais. Le bitume, il gagne à tous les coups. La tourterelle aussi, ce matin, elle a perdu, tout perdu sur le bitume. Cet enfant de cinq ans, rarement perturbé, a plongé sa main vers les plumes qui volaient, et moi pendant ce temps ma première pensée fut qu’il y avait des anges – mais mon dieu pourquoi – elles étaient partout dans le ciel, je n’avais pas vu, encore, sur le sol.

Je m’étais levée en catastrophe, il était 9h18 et je devais être à 9h30 devant la porte du cirque de Hibou. Je n’y étais pas, évidemment. A courir, nous sommes arrivés essoufflés à 9h32, j’avais oublié de lui attacher les cheveux et je crois, j’avais encore la marque de mon fil imprimée sur le visage, mais j’étais presque coiffée et presque à l’heure. C’était assez bien.

Le soir, Prince craque nerveusement. Il a compté, il me dit « j’ai huit manies je n’en peux plus » alors j’épluche tout ce qui pourrait ne pas aller comme ce qui va et soudain il explose « Papa me manque » et alors c’est ça, il monte en pression cet enfant, LeChat n’est plus à la maison, nous le croisons. Son entreprise a été rachetée, il y a beaucoup de travail. Je suis contente quand je le vois, première fois de la journée, à 21h. Le plus souvent il dépasse. J’attends la paye à la fin du mois, sans trop d’illusions pourtant, il ne reçoit que 90% de son temps réel, et les nuits sont payées à 75%, cela veut dire que ses 12h sont payées 9h. Le travail le moins rentable, c’est le sien.

J’ai grandement froid. Le train de dimanche a grignoté le coude, je n’arrive pas à me remettre. Je fatigue de ne pas. Mardi puisque je me rends chez le médecin pour les enfants – des vaccins joyeusement oubliés -, je lui parlerai de la souris Escarre qui me prend pour un morceau de fromage.
Je me tourne le pouce – je veux dire littéralement -, la première phalange de l’annulaire hurle dès que je le plie, les doigts de la main gauche lâchent. Je tremble de froid, il fait 22° dans le salon, le matin je n’arrive plus à ouvrir les yeux et le soir je m’endors devant la série.. il me semble avoir atteint un certain niveau de fatigue particulièrement intéressant. C’est fou cette fatigue, alors que je ne fais rien. A moi aussi, il me manque le temps où cet homme passait beaucoup de son temps à la maison.. Il s’agit de trouver un nouvel équilibre, et je nous fais confiance, nous l’aurons dans quelque temps. D’ici là, rester éveillée. Je suppose.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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