Aujourd’hui il me faudrait un mot pour désigner



 
Il me faudrait un mot pour désigner, ce qui va bien au milieu de ce qui va mal, ou alors ce qui va mal au milieu de ce qui va bien – mais là ce serait moins doux, je crois, ce serait un sens malheureux. Comment désigner cet entre-deux délicat, la douleur-la joie, la fatigue-la danse, le froid-l’amour. Comment est-ce que je dis ça, ces opposés éloignés et pourtant tellement liés ? Il y a comme un raté. On ne désigne pas, on ne dit pas, on ne peut insister sur l’intimité. On ne peut que dire sans dire.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides

 

Quand on passe de la malfaisance de mon frère à la description du ciel équatorial, de la profondeur du mal à la profondeur du bleu, de la fomentation du mal à celle de l’infini, c’est ça. Et cela sans qu’on le remarque, sans qu’on le voie. L’écriture courante, c’est ça, celle qui ne montre pas, celle qui n’insiste pas, qui a à peine le temps d’exister. Qui jamais ne « coupe » le lecteur, ne prend sa place. Pas de version proposée. Pas d’explication.

Entretien de Marguerite Duras, Le Nouvel Observateur (journaliste, Hervé Le Masson)

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2 commentaires sur “2”

  1. Parfois on voudrait dire mais les mots ne sortent pas ou pas comme nous le souhaiterions. Parfois on souhaiterait que les mots nous devinent entre ces deux états pas facile à conjuguer.

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