Cet enfer de la pensée qui ne s’aboutit pas

De toute évidence je suis dans une grande angoisse. Noël a ce goût-là, désespéré, je me sais déjà tuée. Je résiste, forcément je tente de m’échapper, il y avait ce voyage sur Paris et je ne peux pas – il n’y avait que moi pour ne pas le savoir, que je ne pourrais pas – je n’ai pas l’argent pas une once, la faute à ces crayons peut-on le dire ainsi ? Je ne l’avais pas prévu suffisamment tôt, l’anticipation pourtant je suis censée m’y connaître. Je ne pars pas, ou alors si, je pars juste pas si loin, bien plus proche, je vais m’enfuir dans une autre direction évidemment et tout aussi évidemment j’appréhende gravement les réactions.
Message de moi à moi : cela leur appartient.
Je leur laisse, alors ?

Et ce jeudi qui survient si vite, que je ne sais apprivoiser. Je me voudrais ailleurs, ne pas me savoir là, à devoir recevoir cinq personnes qu’il me faudra nourrir – vous le saviez sans doute, vous, que cinq personnes il faut les nourrir – je me retrouve avec ce repas un brin imposé, cette angoisse-là je la dépose sur qui ?

J’attends une lettre qui ne veut pas venir jusqu’à moi, elle tarde, prends des détours improbables – dans la ville ou alors dans le pays – mais qu’est-ce qu’elle fait, franchement, on ne met pas une semaine pour traverser la France – et là j’imagine le pays se faire passer à travers le corps, suis-je donc à côté de moi ce soir..


Elle est plus jolie, en grand 😉

Il m’a semblé saisir soudain. J’écoutais Camille de Toledo et j’ai su c’était si brutal, ma terreur d’écrire se tient dans tout ce que j’ai conscience de ne pas savoir, la peur sans fond de ne pas avoir la capacité de poser ce roman comme il le doit, avec ce sens précis de ce qu’il viendrait fouiller dans les profondeurs du lecteur, ce que je vise ce qui me viendrait si je ne sais pas le dire bien. Je les écoutais et je mesurais ce gouffre sous mes pieds, ces études que je n’ai jamais faites enfin pas les bonnes cette pensée qui n’a jamais appris à se contorsionner pour se voir à l’envers. Qui suis-je donc, avec cette envie d’écriture ? La mère au foyer peut-elle prétendre au roman qui tort les consciences.. je ne saurais même jamais en parler, ils sont là, tous, si à l’aise depuis leur antenne, ils respirent, ils savent leurs réponses ils savent et je ne saurais rien, je serais l’autrice perdue sur les ondes, avalée.
Non que je pense aller jusque là, il ne s’agit que d’une projection sur mes limites intellectuelles. Je ne sais pas parler, pas même écrire, j’écoute. Je me désespère tellement de ne rien avoir dans la tête que la vie des autres sans possibilité de les écrire ensuite, juste comme il faudrait, c’est à dire en tirant les pensées dans plusieurs sens – il faudrait bien cela.
J’admire ceux qui écrivent, sans se questionner, ils écrivent c’est un peu fade c’est un peu rien c’est un peu bien, ils aiment et ils ont cette fierté raisonnable et juste sur leur travail, c’est simplement formidable cette confiance, il m’en faudrait ne serait-ce qu’un millième et avec je pourrais déplacer ce qu’il y a dans ma tête jusqu’à la phase d’écriture. Mon carnet se remplit, des pattes de mouche s’entassent et il n’en advient rien. Il n’en adviendra sans doute jamais rien. C’est peut-être là le secret, savoir ne rien en faire, savoir se dire je ne suis pas.

goutte neige

rouge neige
Je sais au moins, de nouveau photographier, à défaut

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