J’ai fermé les yeux et alors.. j’ai dormi

 

J’en suis venue à songer que ma vie ne valait rien.
Je me suis mise à déterrer des complexes d’infériorité vieux comme ma naissance – comme le monde, donc.
J’ai arrêté de créer.
J’ai arrêté de bouger.
La vie s’est accumulée de tous les côtés, je n’ai pas pu m’y fixer.
L’idée m’a traversée qu’il n’y avait qu’un intérêt limité à ma présence dans le coin. Le blog, les réseaux, ma respiration.
J’avais perdu le mouvement, le mien, celui du monde, il y avait ce vertige terrible à se sentir tout au bord de tomber et n’avoir aucune envie de se retenir, je me dérobais à moi-même.

Je n’ai pas fait le lien. C’est amusant d’une certaine manière, ce qu’on peut passer à côté de l’essentiel jusqu’à se laisser mourir sans broncher.
Si, vraiment.

Avec une simple gélule j’ai disposé le monde d’une manière autre et ça m’a paru drôlement moins bancal : j’ai dormi. Je crois, cela ne m’était pas arrivé depuis des mois. Alors bien sûr je pourrais dire que cela fait des années mais entre les failles je trouve à dormir, ce qui empêche toute phrase du style « je n’ai pas dormi depuis des années ». Je suis un peu littérale. Alors, cela fait donc des mois. Habituellement je sors de ce cycle infernal seule, sans raison, parce que le bon alignement d’une planète avec la folie qui se pointait, qu’en sais-je. Cette fois-ci, je continuais à creuser les cernes, les idées, tout le cerveau. L’alignement n’a pas eu lieu, la folie dépressive s’est installée, j’ai commencé à pleurer tout au fond sans les larmes sur le visage et c’est un très mauvais signe chez moi, je m’instabilisais durablement c’était effrayant.

Il ne s’agit que de la maladie pourtant. De cycles. Que je sois en crise et je ne dors plus, c’est fort simple, tellement que je n’y fais plus attention et je ne cherche même plus à tenter de me faire dormir, j’attends que ça passe.
J’en suis là, à attendre. Que la douleur cesse, que je dorme, que je puisse marcher. J’attends d’avoir une vie, parfois. Je crois, j’attends même que le fauteuil me tombe dans les bras, je ne suis toujours pas allée voir mon médecin – mais j’en ai parlé à la pharmacie et la dame qui s’occupe de mon oxygène, je progresse.
A attendre, un jour, je vais me fossiliser.

Tout de même j’ai fini par me dire qu’il fallait que je ferme les yeux sans être dans le semblant.

Je suis allée acheter mon sommeil, à la pharmacie ils en avaient un peu en stock – ils vendent beaucoup de sable dans les yeux, aussi. Je ne sais pas si j’ai acheté du sable ou du sommeil, ce que je sais c’est que cette nuit, j’ai eu un véritable sommeil sans stagner à la surface à parler avec les ombres. Jusque là, je ne dormais pas, je me figeais sans plonger, j’avais des nuits à veiller les minutes. insomnie de deux heures et puis il me semblait enfin dormir et alors un craquement du meuble, un ronflement de LeChat, mon corps qui se tourne dans le lit et je me sortais d’une torpeur trompeuse avec la forme de ceux qui ouvrent les yeux sur la lumière du soleil de 9 heures, à 1h35 comme à 4h27. Et alors là, impossible de me rendormir même dans cette demi-veille. Parce qu’à tout prendre, même la demi-veille je l’aurais volontiers aimée. Plus de profondeur dans le sommeil et puis plus d’endormissement même mineur. L’enfer des nuits, depuis un toujours maintenant lointain.

Ce soir je vais donc m’abriter de nouveau derrière de la mélatonine avec une pointe d’angoisse pour ce corps qui pourrait résister.
Je crois, sans un brin d’angoisse je ne sais pas exister. Je n’ai pas encore récupéré complètement ce qui me fait moi.

flocon neige


2 Comments:

  1. Dormir vraiment. Profondément.
    J’ai l’impression que c’est l’oxygène qui me manque en ce moment. Mes nuits sursautent. Elles me glissent des mots et les maux sortent à tout instant. Se rendormir est parfois même terrifiant.
    Du coup je glisse, je crie, je perds le nord.
    Parfois il faut un peu d’aide pour un sommeil réparateur, pour reprendre contact avec soi.
    Je pense à toi.

    1. Le sommeil, on ne peut pas passer à côté sans quoi toute la santé tremble.. C’est fou comme c’est insidieux, comme on ne réalise pas tout de suite qu’on se perd dans ce manque !
      Je pense à toi aussi, des bises, Dame.

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