Tristesse

Le choc est arrivé à rebours.
Il me semble, je voudrais noyer les mots, taire l’essentiel. Une logorrhée où je serais seule à m’entendre, je prendrais tout l’espace le son serait amplifié par le chagrin il y aurait ce remplissage du vide face à moi… Un besoin qui ne passe pas mes lèvres, tout n’est que mutisme alors j’ai rempli avec la musique j’ai mis si fort j’ai pu pleurer en secret, si fort, si bas. J’enroule les notes sur la souffrance, je la musèle sans instinct, cela se fait ainsi, le hurlement se silence dans le bruit qui m’entoure.

Je suis en incapacité de décrocher mon téléphone, paradoxalement je n’ai rien à en dire.
Absolument rien.
Je souhaite simplement remplir ma tête, ne plus voir sa blondeur son prénom, effacer ce que je sais.

Et puis ça redescend, la vague de tristesse reflue, le vide se présente peut-être un peu plus, il enfle de rien, il s’étale à même le sol et la chute est lente.

Les soins ont-ils aidé.. ? Ai-je fait la bonne chose ?
Je le savais, évidemment, que cela finirait ainsi avec elle dans une boite, dans le noir de la boite, dans l’infini voyage du noir de la boite.. il n’y avait rien à faire, rien pour la sortir de là, le chemin se prenait avec ou sans moi je le savais seulement voilà, j’avais espéré, les fêtes tout de même il y avait les fêtes, vous savez cette chose qui fait qu’ensuite plus jamais un noël n’a la même joie tant il goute la mort de la mère. Je pense à cet enfant il a sept ans il s’appelle Prince lui aussi il refusait niait la mort imminente et j’ai tenté d’accompagner sa maman, d’alléger la souffrance de la maladie, et là nous sommes dans ce vide, noël est là et il est seul.

Il y a cette intensité de la douleur face au vide, l’intensité et le rien.

C’est une histoire, elle se répète, la mort a ceci de terrible qu’elle se répète.
Une routine que la chute de l’humanité.
Un petit vient de perdre sa mère. Ma belle-sœur a perdu son troisième enfant il y a deux semaines.
Une chute lente c’est cela, comme amortie, assourdie.
Elle est là, tout le temps, partout, si naturelle et si mal vécue, aussi. Comment se fait-il avec notre âge avancé que nous ne sachions toujours pas prendre la mort par la main ? Une douceur, un passage, une autre vie.. le secret le mieux gardé..

Je supporte assez mal Noël, il s’est inscrit dans mon histoire comme étant le pire qu’une mère, la mienne cette fois, puisse faire à son enfant. Je viens dans ses réunions familiales avec ce bagage lourd, sans envie.. Je voudrais bien le poser, cette année. Et offrir un peu de joie, offrir quelque chose au monde qui n’ait pas ce goût-là. Il me faut il nous faut une petite bulle, une respiration.. une douceur, un passage, une autre vie un sourire, pour remonter de là. La vie me semble un peu trop courte pour en souffrir autant.

[Alors, j’ai aussi de belles nouvelles qui me sont parvenues, de vraiment très belles, et vraiment, merci parce que si j’ai déposé le choc ici c’est parce que j’avais besoin de ne pas le garder trop en moi, de le pleurer il le fallait. Ces bonnes nouvelles me font sourire, rire même, il y a une joie intense à les savoir là – oui je pense à toi tout particulièrement, merci Dame pour le partage – et c’est sur ces mots que je vais m’appuyer pour ce noël, pour cette joie, ces joies que nous partageons. Il est temps n’est-ce pas, de parler de belles choses, et de rire.
Nous pourrions faire cela, ne parler en cette fin d’année que de la beauté, la joie, la douceur, éteindre les télévisions et sortir de chez soi, offrir un café chaud, une couverture, un toit.. relever le niveau de misère, affective et matérielle. Ne pas rester seul, ne pas laisser l’autre dans sa solitude..]