Il suffit d'un mot

Ce genre de choses-là (et trois kilomètres de mots)

Jeudi 21 décembre
Notre noël est tombé un jeudi, pour permettre à LeChat d’être présent à l’ouverture des cadeaux des enfants. C’était sans compter sur Hibou qui les ouvre un par un, en prenant son temps, en savourant chaque jouet avant de passer à un autre. Il est parti travailler avant que tout ne soit ouvert, évidemment. Voir cet enfant savourer chaque objet est extraordinaire, année après année je ne me lasse pas, chaque fois je me demande est-ce que cette fois encore ? et oui cette fois encore, il est dans l’instant présent, en douceur. Prince pour la première fois a su ralentir, son petit frère semble déteindre un peu sur lui, que c’est doux à voir..

J’ai été largement gâtée, par mon mari, par une amie. J’ai aimé ce noël d’une force mille fois plus élevée que l’année dernière, j’étais sereine avec mes paquets entre les mains et c’était la première fois.

tipi


Le tipi fut un succès dingue

Dimanche 24 décembre 2017
Dans la voiture nous roulions les virages sur la voie d’en face, plus lentement nous serions partis derrière nous. Hibou trop blanc ne disait plus rien sinon « je suis malade ». Nous nous sommes arrêtés pour qu’il reprenne forme, nous étions en retard de deux heures, j’ai envoyé un sms et j’ai respiré. Lorsque les couleurs sont revenues nous sommes repartis, doucement, à couper les virages un peu blanc sur le visage très bleu dans le ciel, si bleu, si chaleureux, je me sentais en vacances. A Sommières alors que nous traversions la ville les enfants ont signalé une mouette, demandant « mais qu’est-ce qu’elle fait là » et mince c’est vrai n’est-ce pas ? Les mouettes sont dans les ports. Alors oui parfois elles remontent les fleuves, mais j’ai toujours considéré qu’il y avait erreur alors j’ai répondu elles se trompent je suis sérieuse dans ma réponse pour moi les mouettes se trompent et parfois c’est à croire que LeChat ne me pratique pas, il a ri, tellement, il ne s’en est pas remis. Il m’en parle encore. Les mouettes se trompent, je persiste et il secoue la tête, cet homme manquerait-il donc de poésie ?

Nous avions dit pas de cadeaux, alors bien sûr nous avons eu des cadeaux. C’est un peu désespérant, aussi gentil que ce soit. Personne ne se fait plus de cadeaux, nous sommes tous d’accord, la consommation c’est le mal, on tombe trop facilement à côté et donc j’ai reçu une couverture chauffante et deux livres de ma belle-mère. Je me suis retrouvée tellement bête, je n’ai pas eu le temps d’angoisser.


Lundi 1er janvier 2018
Il mesure, ce matin. La distance au plafond, les lits, l’espace pour une mezzanine, il note des chiffres de notre vie future dans la maison future.
Plongée dans l’ordinateur – j’ai découvert ce site incroyable de recettes de cuisine de Game Of Throne – je vois soudain passer au-dessus du bureau et venir jusqu’à moi, son mètre qui s’étend et je ne saisis pas, je le regarde, interrogative, de quoi a-t-il donc besoin ici ? Il garde le bras ainsi avec son mètre rigide entre les doigts, cette barre bien droite proche de ma tête, et il me sourit :
_ Je mesure ce qu’il y a entre toi et moi.

Je l’aime si grand lorsqu’il fait ça, ce genre de choses-là. Il sait tellement me faire rire.

Mardi 2
Hier je me suis dit que j’allais coudre aujourd’hui sur les tissus, l’idée est charmante je me vois broder les lettres, cela me rappelle le projet de couverture et je m’attends à baisser les bras presque. Finalement j’ai effectivement surtout procrastiné, il fait bien sombre, je ne sais pas de quoi j’ai envie, exactement. D’un peu de rire d’un peu de douceur.. de beaucoup de vacances. Voilà, c’est cela. Je cherche à m’entendre penser. J’ai perdu l’horizon, c’est arrivé insidieusement – c’est à dire au son des enfants – et je le cherche certainement au mauvais endroit – sans doute un peu trop proche.
Il me faudrait sortir de là.

La tristesse étant dessus, je cherche à savoir ce qu’il y a dessous, et essentiellement je me sens perdue à côté de tous les vous que je côtoie. J’en côtoie beaucoup, des vous, des toi des il ou des elle, il y en a tellement je ne sais pas comment approcher, je ne sais pas si j’en ai encore l’envie. Il me semble que non, c’est si étrange.. J’ai réalisé que ma solitude tenait dans une tasse de thé, j’ai un tel besoin de recevoir une personne proche un·e ami·e cher·e. d’écouter avec mes yeux plongés au plus profond des mots. Je manque, et tous les réseaux sociaux du monde n’y pourront rien. Et puis je ne sais pas me servir des réseaux, soyons honnête. Enfin non, si, je sais, je ne suis juste pas dans la capacité de m’en servir ainsi. Je reste à côté, j’ai une jolie vue un peu en retrait et régulièrement je me demande je fais quoi de ça.

Mercredi 3
Je plie sous l’angoisse, celle sans racines. Dehors les arbres ploient, des feuilles sèchent giflent les fenêtres et je me sens là, au milieu, ballotée. Je tiens à quoi ?

Jeudi 4
Des couleurs arrivent, empaquetées, incroyablement empaquetées, je suis tellement émue je ne trouve pas la lettre qui accompagne le paquet et je mets trois minutes à la trouver en voulant prouver à mon mari que tu vois bien la Poste m’a volé ma lettre. En fond bien sûr, tout au fond, une petite voix m’explique qu’en cas de vol ils auraient pris les couleurs prioritairement, pas les mots. Je suis rarement rationnelle. Le temps que la pensée me frôle, je découvre collée à la paroi de l’enveloppe, la lettre adorable qui accompagne. Je l’ai lue avec un peu les yeux flous. La boite depuis, je la regarde beaucoup.
Je n’y ai pas touché.
Not yet.
J’apprivoise l’idée avec tendresse, j’ai besoin de temps. Je n’ai toujours pas ouvert ma boite de peinture à l’huile, c’est vous dire si je prends le temps.
Je souris, tellement.

24 pastels

Like

Leave a Reply:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :