Et ta blessure, où est-elle

 
 


 

Elle m’a vue avant, j’étais dans ma fatigue et puis dans ma joie d’être là sous le soleil je ne prêtais pas attention. Je n’étais que sortie de la voiture et puis quelques pas hors de moi, ce n’était rien. Elle m’a vue nous allions nous croiser et je le sais je serais passée à côté d’elle sans la voir. C’est le son qui m’a alerté, la voix et le regard appuyé. Elle n’a pas dit bonjour elle a dit l’Univers a répondu j’allais t’appeler. J’ai manqué lui répondre tu as besoin de quoi ? j’étais presque amusée ; je me suis sentie comme à l’école avec ces jeunes qui me parlaient lorsqu’ils avaient une demande – ou une moquerie.

Dis-moi ce qui te cloue et je te dirai le temps qu’il te reste à vivre

Elle sourit sans s’arrêter, elle rit autant qu’elle parle, parfois le mot euphorie me vient ; je ne saurais pas la qualifier. Le faut-il. Elle est en représentation et je ne peux rien dire c’est impossible. Je lâche. Je suis dans le silence et je crois qu’elle ne le sait pas, elle a trop de choses à taire alors elle parle, et si j’ai trop à dire je ne peux pas être cette personne-là qui aurait ce besoin-là. Sauf à dire, comme elle, avec de grands gestes pour prouver que j’existe. Je n’existe pas.

Et ta blessure, où est-elle ?
Jean Genet – Le Funambule

Ce soir je ramène donc un enfant chez moi pour qu’il ne soit pas à la rue parce que je ne peux pas dire non parce que je n’ai rien d’autre à faire que m’occuper d’enfants parce que ma fatigue n’est pas suffisamment gravée sur mon visage parce que je voudrais bien qu’on m’aide, moi aussi. A sortir de là.
Je glisse, et c’est invisible.

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