Il suffit d'un mot

Coudre ou en découdre, j’ai décousu les mots

Je suis aussi solide que la neige. Elle s’évaporera allez savoir à quel moment, est-ce important. J’ai la sensation d’être friable et pourtant je remonte de temps en temps, je me suis remise à coudre. Rien d’ambitieux je n’ai pas cette capacité, c’était un gant de toilette, j’ai fait sur une impulsion et sans même regarder comment faisaient les autres les vraies couturières. Le résultat est réussi malgré l’absence de biais – je n’en ai tout simplement pas, la faute au prix.
J’ai eu l’envie soudaine après des mois sans, j’ai espéré que je remontais vraiment.
Il me semble que toute la maison est trouée. Les gants, les serviettes, les torchons, mes culottes. Elles aussi, oui. Quoi que je regarde, c’est usé. Je ne remplace pas suffisamment vite, je me vide de ce qui s’use, tout est si fatigué. Je suis si fatiguée.

Je ne tiens pas bien, je suis figée de froid et la douleur, ah..

Je me suis levée ce matin il était 6h37 c’était indécent, je m’étais même réveillée avant qu’il ne s’effondre sur mes pieds et me fasse sursauter – l’espace d’un instant mon cerveau endormi et épuisé s’est demandé si c’était LeChat qui rentrait, ivre. Je n’ai pas eu le temps de rire de cette idée incroyablement saugrenue, Hibou pleurait : son père n’était pas là, c’est une récurrence. Qu’il travaille de nuit, c’est éprouvant pour cet enfant. Et pour moi. Trois fois par mois je me souviens que cet homme protège mon sommeil, qu’il se réveille pour les cauchemars ou les tartines du matin, que je suis celle qui dort le plus longtemps dans cette maison grâce à sa présence attentive. Et alors je me suis réveillée avant qu’il ne me tombe sur les pieds, je crois, j’ai senti son réveil avant qu’il ne se lève, inquiète qu’il soit seul.
A 6h37 j’ai donc ouvert les volets de la cuisine sur un chat grognon – je l’avais laissée tout ce temps dans le froid, elle était trempée, c’était inadmissible – et un flocon égaré est tombé sur la paume de ma main. Le même que la veille c’est presque certain. Hier il n’avait rien annoncé de plus que ce qu’il était, un flocon mouillé et perdu. A 7h53 la ville n’était plus, ensevelie qu’elle était.

Peut-être c’est cela, je suis ensevelie sous la peine. Je pleure tellement en moi je me noie. J’entends pleurer vous comprenez je m’entends pleurer juste là, ailleurs, je pleure tellement je ne me relève pas c’est insoutenable ce poids, ce poids de larmes. Je tente, je prends soin du bébé de l’enfant de l’adulte, mais enfin qu’est-ce que je rate de moi.

Un autre signe que je ne vais pas bien – si entendre pleurer peut-être un signe quelconque de défaillance -, il y a cet arrachement au réel : je me suis remise à jouer. Je me suis toujours défendue d’être une gameuse, évidemment c’est faux, je joue c’est un fait. Par instant, par détresse, par faille, je me retrouve, moi, présentement, sur un MOBA. Je ne sais pas ce que je fais là c’est incompréhensible il n’est même pas mon style, et puis j’ai trouvé Blizzard par hasard – en fait non je cherchais City Oh Heroes mais il n’existe plus. Je me perds sur un jeu où j’espérais ne parler à personne. J’ai raté. Un gars m’a adoptée, gentiment. Qu’est-ce que je fais là. Sinon à vouloir m’échapper à ce qui se noie au dedans, là.

Mais qu’est-ce qui va me faire tenir droit ?

4 Comments:

  1. Catherine

    Bonsoir Ambre.En ce moment tes mots me parlent particulièrement.Sache que tu as vraiment les mots pour les maux.(Je sais c’est facile et nul de ma part mais j’admire vraiment ta prose).Amicalement,Catherine.

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