Il suffit d'un mot

Pagaille littéraire

A un moment, c’est un peu comme avec le fauteuil, ça prend trop de temps cette histoire. J’ai envoyé un message aussi court que ceux reçus l’année dernière – quand elle me disait « revoir ça » sans autre indication qu’un débrouillez-vous donc avec. Je sais être douée dans le mimétisme des mots, être un miroir, prendre le ton de l’autre et déstabiliser. Laconique. Elle l’a reçu.

La réponse fut comme je l’espérais : construite et complète. En une année, c’est la première. Jusque là j’avais la sensation d’envoyer dans le vide d’un câble, je me perdais, peut-être mon mail s’égarait-il dans l’espace.. je n’ai jamais su s’il y avait réception en face. Je ne sais pas comment cela se passe dans les autres maisons d’édition, mais celle-ci est fort silencieuse.

Je peux donc m’exprimer sur le sujet, puisque je sais à peu près la chose : à la fin du mois prochain, mes textes seront publiés dans un livre.
Je. suis. publiée.
Je ne suis pas certaine de ressentir quelque chose, encore. Il arrive si tard, il arrive sans annonce volontaire, il arrive et je ne sais pas du tout ce que je peux faire de cette information-là.

Je crois que ma vie s’était figée, peut-être avec les médicaments pour dormir – mais je ne les prends plus et j’espère, je dors – peut-être avec ce qui se jouait à l’intérieur – il a manqué les racines, un peu comme lorsqu’enfant je dessinais des arbres parfaits mais sans racines – peut-être la lumière manquante. Un désastre invisible. Et si je suis absente, la vie autour ne peut que l’être également.
Je voudrais recommencer, parfois. L’existence. Avec toute la lucidité requise. Regarder chaque personne tout au fond. L’hyperconscience serait d’une grande violence

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