Il suffit d'un mot

A un souffle de la glace

20 mars

LeChat, de par son métier, est sur la route. Il sillonne la région. Il croise yeux dans les yeux des écureuils, des rapaces, des renards, dans la nuit ou tôt le matin, des virages aussi – et parfois il est malade.
Hier il est rentré à la maison en nous demandant de nous préparer, il avait vu du givre. Des étendues de givre, des arbres blanchis et des éclats de soleil sur chacun, c’était magnifique, il fallait qu’on voit ça. On s’est habillé, très chaudement : -7° tout de même. Seulement, si le matin il faisait essentiellement très gris, le soleil s’est installé durablement quelques heures l’après-midi : le ciel bleu promettait un réchauffement malvenu.

Et effectivement, lorsque nous sommes arrivés pratiquement toute la région avait perdu sa blancheur. Nous sommes donc allés plus dans les hauteurs, à Super Besse – station de ski très appréciée par ici. L’endroit est désolé – peut-être qu’il s’excuse – il n’y avait pas un arbre juste le blanc de la neige. Je me suis confrontée à ce vide comme à me tenir au bord d’une falaise, c’est impressionnant, dans ma tête il n’y avait plus rien.

Le vent soufflait sur toutes les idées, les sombres les géniales tout s’envolait il n’y avait plus de place pour rien sinon résister au vent, tenir, ne pas se faire balayer comme un fétu de paille. J’ai bien tenté une photo ou deux sur les branches, c’était utopique c’était flou c’était raté, je me suis obstinée et j’en ai réussi deux ou trois presque par hasard et je suis vite rentrée à l’abri.


et quelques glaçons au vol

Sous les pieds la terre durcie, absolument indomptable, inattrapable, un simple bloc de béton glacé. Au loin les remontes-pentes, quelques traces sombres pour les sensations fortes. Je ne sais pas skier, sans doute je ne saurai jamais. Cela ne serait pas raisonnable, cette évidence-là ne me retient pas souvent mais là je ne sais pas, je ne suis guère tentée.

Dans le lointain des hurlements de chiens nous font relever la tête, la cacophonie est incroyable et le ciel est devenu noir. Le vent est de plus en plus violent, de la neige dure comme des cailloux nous frappe le visage ; je prends mes photos depuis la voiture, au chaud. Les enfants s’envolent un-peu-beaucoup et ça les amuse follement. La vie ploie, je me sens comme ses herbes folles complètement couchées, balayée et résistante, toujours, tellement.


On voit bien en bas, la neige (dure) soulevée

La tempête devenant difficilement gérable, nous fuyons avec le sourire et les doigts congelés collés sur le chauffage qui souffle aussi fort qu’il peut. A quelques minutes de là se tient le lac Pavin – je l’avais photographié un automne – et nous pensons, à raison, que les arbres nous protégerons. Le vent souffle si fort nous devons parler comme lui, à forcer sur nos cordes vocales ; les arbres renvoient un écho bruyant – il y a comme une certaine joie en eux.
Le lac gelé est d’une telle splendeur je plonge mon regard sur sa surface gelée, je m’attends à tout instant à y trouver un animal, le traversant avec majesté. Nous sommes seuls, incroyablement seuls.

La luminosité change sans cesse, des apparitions de soleil bouleversent le paysage depuis des hauteurs invisibles pour nous. Depuis le tour du lac, le soleil n’est pas perceptible sinon par la lumière qui accroche ou non les lentilles de mon appareil. Qu’il soit présent ou non, la température est fort basse : -5°C. Nous faisons attention où nous posons nos pieds, avec le stress continu que nos enfants glissent jusqu’au lac. Le froid a raison de nous et nous faisons demi-tour, avec tristesse tout de même : j’aurais tant aimé continuer à photographier ce monde empli de magie..

Je fais quelques pas, je lève le bras pour en prendre une dernière et je glisse.
Je ne saisis pas comment c’est possible, le sol n’est ni plus ni moins gelé à cet endroit qu’ailleurs, je n’ai rien senti sous les pieds et pourtant.
Je glisse.
En arrière.
Je tombe, un bras en l’air pour protéger l’appareil, l’autre vers le bas pour me réceptionner et je m’explose le poignet sur la roche. La douleur est si violente, impossible de me relever, je ne sens rien d’autre que ce poignet qui continue d’exploser. LeChat m’aide à me relever et nous rentrons rapidement jusqu’à la voiture, sous les rafales d’une intensité folle – les arbres ne nous protègent plus, nous crions pour nous entendre tant le bruit du vent couvre nos paroles.

21mars

De la chute, je conserve des douleurs comme si une voiture m’avait renversée – je ne bougeais plus que pour gémir. Mon huile miraculeuse a sauvé ma soirée puis ma nuit, et si j’allais mieux ce matin c’est bien plus difficile ce soir. Quelques jours sans doute encore, pour que je sorte de ces douleurs aussi folles que le vent qui nous a secoué.
La promenade elle, me reste sous les yeux comme si j’y étais encore. J’ai été bouleversée par la violence des vents et la beauté qui nous entourait..

Une merveilleuse parenthèse que ces quelques heures.. !

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4 Comments:

  1. Mésange

    Bon rétablissement belle Dame et beaucoup de douces pensées.
    J’ai fait une chute similaire lors des grosses chutes de neiges à Paris. Le lieu était nettement moins féerique (hall de mon immeuble de bureau), mais mon poignet gauche s’en souvient encore plus d’1,5 mois plus tard!
    Je t’embrasse fort, et je ne le dis pas souvent en passant en ces lieux mais j’ai toujours autant plaisir à te lire et à vivre l’émotion dégagée par tes mots et tes photos.

    1. Merci, beaucoup <3 Cela fait bien longtemps, je pense à toi de temps en temps. Notamment il y a trois jours (ou quatre ?) j'ai retrouvé le DVD de tricot dont nous avions parlé il y a de ça, oh.. plusieurs vies ! Es-tu toujours intéressée ? Je n'ai pas regardé s'il fonctionne toujours, mais je vais me pencher dessus, j'ai envie d'apprendre 🙂
      Donc tu me diras ?!

      Oh mince 🙁 Du coup ça y est, tu n'as plus mal ? C'est terrible la neige, le verglas.. on croit que c'est stable et on s'envole..
      Je suis tombée sur le gauche aussi, tiens. C'était l'hiver à se blesser sur le gauche, peut-être.. 😉

      Sais-tu je me questionne justement, je me demande si c'est intéressant de me lire, si cela vaut que je vienne ici parler. J'ai peu de personnes qui passent (enfin je crois, je ne regarde pas trop non plus les stats, humm), peu de personnes qui laissent un message (il faut dire, je les désactive parfois les commentaires alors ça n'aide pas du tout). En fait je viens d'avoir une illumination, j'ai tellement lié twitter et mon blog, j'ai l'impression de devoir supprimer mon blog parce que je ne vais plus sur l'oiseau.. c'est sans doute juste ça, je dois désolidariser dans ma tête. Bon.. (pardon, je réfléchis avec mes doigts ^^")

      1. Mésange

        Merci pour ces mots chère Dame !

        Je comprends ces questionnements et j’ai conscience d’être une lectrice « ingrate » qui ne se manifeste pas souvent. Je passe aussi sur Twitter des fois, mais même syndrome les mots ne sortent pas surtout en voulant souvent éviter les platitudes.

        J’aime beaucoup l’idée de l’hiver à se blesser sur le gauche 😉 Oui ça va mieux, merci. J’ai dû immobiliser mon poignet 2 semaines et un ostéopathe m’a bien aider à me remettre du choc (j’ai eu mal partout longtemps: le choc de la chute en plus du poignet).

        Et toi comment tu vas depuis?

        Ahlala le dvd de tricot !!! À vrai dire j’adorerais mais je crains ne pas avoir le temps de m’y mettre. J’en suis même sure avec le rythme actuel: travail, transports, enfants, et ça tourne en boucle ! Merci d’y avoir repensé en tous cas cela me touche beaucoup !

        On se dit que lors de ton prochain passage à Paris on essaye de s’organiser pour ce thé ensemble toutes les trois avec Blanche ?

        Bisous doux

        1. Ah je n’ai pas besoin d’avoir plein de commentaires, un comme ça de temps en temps comme tu fais c’est juste chouette 🙂
          J’aime bien twitter mais c’est trop éphémère, les mots qu’on y laisse ne font pas de traces. Ici au moins, ça reste 🙂

          Oui, le choc de la chute fait autant de mal que la chute elle-même.. Je suis contente que tu sois remise.
          De mon côté ça va beaucoup mieux. Des douleurs dans le dos, le bras, l’épaule, mais c’est « supportable ». J’ai un mélange d’huiles essentielles miraculeux et le poignet s’est remis bien plus vite que je ne l’espérais. Du coup, ça va assez bien.

          Le temps le temps le temps.. je ne travaille pas, pourtant je n’ai toujours pas pu me mettre au tricot.
          Si jamais tu penses à un moment avoir la possibilité de t’y mettre tu me le dis ? Je t’enverrai ce fameux DVD ^^

          Ah oui va falloir se faire ça, depuis le temps 🙂

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