La vie un peu rouillée

 

Hier il y avait ce bleu qui plissait les yeux sur le vent froid, il martelait mon front jusqu’à la migraine et j’ai dû me rentrer. Dans la voiture grand ensoleillée, j’ai attendu dans le silence avec un livre qui m’a attrapée toute entière. Je n’en suis pas dessaisie malgré le gris glacé revenu dans la nuit, malgré que je ne l’ai pas repris. Il souhaite que je le lise vite vite et je le lui refuse, j’y vais doucement, j’ai projeté ça sur la couverture, tout de suite. La faute au renard, il me semble, j’ai envie de le regarder encore longtemps sur son épaule.

J’ai cousu les lambeaux de nuits de mon fils, fil après fil j’ai reconstruit le rêve-doudou. Il reste des trous, je ne suis plus arrivée à tenir l’aiguille. Les nuits sont lourdes chez les petits, la couette pesait de tout ça, de tous les mots qu’il murmure le nez dedans. C’est que je me suis décidée, cela n’a pas de sens de coudre pour les autres, d’attendre un achat, de relancer Etsy, de perdre des centimes, d’attendre encore – je suis la plus mauvaise commerçante qui soit, je ne sais pas me vendre. Il y a tant dans cette maison, tant qui meurt d’usure. C’est à croire, je transmets ma fatigue à tout ce que je touche pour que ça tombe comme ça en morceaux. Il y a tout à reprendre, toute une vie. Bien sûr je pourrais jeter et racheter mais la planète, mais l’argent. Oh, nous pourrions. Un peu par-ci un peu par-là et nous aurions des torchons sans trous, des couettes non déchirées, des gants de toilette sans trame visible, et je ne mettrais rien de côté. Je pourrais. Je ne peux pas. Je crois, je ne suis pas guérie. Je l’appelle le syndrome du frigo vide. Je ne me remets pas de toute mon enfance, je ne me remets pas de tout. Je l’ai rêvé, j’ai oublié mais il était clair que je devais regarder-là, dans ce manque le vide le rien, dans la pluie sur nos têtes le piano le lit, le froid qui engourdissait les rêves la bonté la vie. La bougie pour se rendre aux toilettes, et rien à manger.
Je viens de m’acheter un magazine pour la première fois, j’apprends à dépenser en le regrettant un peu encore.
Je me demande si cette usure que je laisse s’accumuler ce n’est pas cela, garder la trace de, faire revivre ce passé. Je ne sais pas. J’en reviens peut-être, j’achète des pages de journal, je recouds, est-ce que je prends soin, un peu ?
Je ne sais pas bien comprendre ce que je fais. Comme si je n’étais pas assez secouée, là, à l’intérieur, avec les rêves de femmes et merde c’était merveilleusement doux qui me suivent jusque sous les yeux que je garde fermés fermés fermés, j’ai déjà bien assez à bouleverser il me semblait.
J’ai besoin de tous les thés du monde.






Like

Leave a Reply:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :