J’étais au téléphone, ces choses arrivent alors qu’on est en train de raconter ce qu’on encaisse si mal – que je, que moi j’encaisse si mal évidemment le « je » n’est pas si simple – je disais comme je suis capable de rompre un lien, comme c’est facile, trop facile, comme c’est désespérant ce que c’est facile quel que soit le degré d’amitié si la personne me blesse je peux fermer la porte comme ça, je disais ce que ça avait pour moi d’inquiétude d’être ainsi capable de ça et l’enfant est arrivé en hurlant, se tenant la main rouge de sang. Je m’en fichais bien soudain, de la blessure, la mienne. C’est étrange, je suis frappée soudain des mots que je mettais sur une blessure et l’enfant blessé qui ne mettait plus de mots, le sang qui disait tout, le couteau qu’il tenait encore. Le pouce séparé en deux. C’est ce qu’il semblait, le pouce en deux et le sang partout, ça ne s’arrêtait plus de couler. J’avais beau appuyer, l’enfant avait beau hurler que je ne devais pas appuyer, la blessure n’en finissait plus de se répandre sur lui, sur moi, sur le sol.
Et puis rien. Lorsque la volonté de tout arrêter a pris le dessus, il y avait une blessure plus petite que ce qu’il semblait, toute aussi profonde mais moins longue, moins étendue. LeChat qui est arrivé au milieu du carnage a pris la relève, a pansementé serré pour tenir les deux bords, on a nettoyé les mains le sol les émotions, on a posé les mots sur les larmes, on a câliné.
Quand le drame a été terminé j’ai repris le téléphone que j’avais lâché, et je me suis assise toute en nausée.

Faites des enfants.

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