rainette accrochée

Comprendre ailleurs, forcément

Aujourd’hui il ne tombe rien, la pluie reste dans les nuages juste au-dessus de nos têtes ; ou enfin lorsqu’elle tombe je n’ai pas les yeux sur elle, je m’en aperçois après, lorsque c’est trop tard pour se dire il pleut. Les mots restent bien dans les hauteurs comme accrochés dans le vent, inattrapables ou peut-être simplement indicibles. Les pannes ne tombent pas non plus depuis ces hauteurs inexpliquées mais terribles, pas aujourd’hui, c’était hier avec tout ce qu’hier avait de chargé et de douloureux. J’ai un ordinateur redevenu un peu neuf depuis son arrêt qu’il tentait définitif, je l’ai reconfiguré d’usine hier matin et depuis il ne sait que me dire qu’il va bien. Il me leurre évidemment, il y a ce bouton je le sais bien ce bouton qui ne fonctionne pas toujours lorsque j’appuie sur lui – et c’est dommage parce que c’est celui de l’allumage. Alors très souvent, je ne l’allume pas et je ne me dis pas ici – et puis qu’est-ce que j’aurais à dire sinon la douleur de. Hier aussi et c’était l’après-midi, nous avons désossé le sèche-linge. Consciencieusement nous posions les vis en sureté, et par dessus la carcasse on se lançait un passe-moi le tournevis parce que moi aussi j’adore mettre les mains dans les machines, et si j’ai trouvé beaucoup de solutions aucune ne fut celle lui rendant la vie. Il va donc quitter la maison parce que la réparation est trop chère. J’aurais donné beaucoup pour qu’il tienne une année encore – est-ce qu’il est raisonnable d’accepter la mort d’une machine qui n’a qu’à peine cinq années de service ?– qu’il soit là encore pour l’hiver prochain pour l’été qui s’annonce sombre pour l’automne qui sera gris jusqu’à notre déménagement donc, mais non, il a lâchement crevé dans notre cuisine par noyade. Il ne sera pas remplacé, nous galérons donc déjà depuis cette pluie que les nuages déversent dès que j’ai les yeux tournés ou bien trop secs au vue des circonstances. Le linge a séché comme il pouvait, c’est à dire pas vraiment, dans le salon, alors j’ai dépoussiéré le ventilateur – celui d’été à 40°C – et il a daigné souffler sur l’odeur lourde, chargée d’eau, de mes vêtements. Au moins sont-ils devenus secs, finalement.

Aujourd’hui il ne tombe rien pas même les larmes et je me sens alourdie de. Alors je m’enfuis un peu de mille manières. Je compte les grammes depuis qu’il y a toujours trop de sucres dans toutes les recettes du monde, sa douceur me remplissant d’un trop plein désagréable. Je lis ce que mes doigts attrapent et j’en perds le temps qui défile sans moi. Je téléphone – enfin, elle appelle – des heures qui ne paraissent pas et je me plains, je dis comme je traine de chagrin. Il manque le goût simple, si simple des proximités évidentes, des rencontres emplie de l’autre, il manque le thé autour des mots pour que je me sente vraiment entourée, mais tout de même cela fait du bien de parler de.
Le naufrage arrive trop vite, toujours.
LeChat est plus présent que jamais, comme s’il y avait vu une urgence à s’aimer et peut-être, il s’agit de cela, de s’aimer de le dire de le montrer, de ne rien laisser à la destruction ou au hasard des failles. Je l’aime comme jamais cet homme, je suis comme portée par l’amour qu’il a pour moi et c’est immense dans une vie, il me semble. D’une certaine manière, avec un amour comme ça je ne peux qu’accueillir la vie, celle cachée sous les pierres un peu trop lourdes pour soi.

rainette accrochée
Près de la mare

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