mare crapaud

La légitimité de dire

J’ai pensé ma peine est légitime, doit être entendue enfin disons elle doit l’être par moi, et puis je dois me ressaisir. J’étais en train de sombrer dans le chagrin. Je ne dis pas que j’ai tort, je dis exactement que je ne le souhaite pas, ou alors pas aussi bas, ou peut-être que je suis contre, simplement. Je continue le travail de deuil, mais en sous-marin. Je l’ai décidé hier soir, je me suis vue ce n’était pas possible. A la suite de quoi m’est venue une réflexion qui me revient régulièrement évidemment : comment est-ce que je fais pour décider simplement, comment est-il possible d’avoir cette résilience ?

Alors je travaille, je remonte et je travaille. Je recouds ma cape, un tee-shirt déchiré de Hibou et son pantalon, aussi. Je peaufine la recette de cookies aux flocons d’avoine et aux amandes – parce qu’à mélanger tout et n’importe quoi ensemble cela demande ensuite un ajustement. Je lis un livre sur l’éducation, un autre sur les salades, celui sur les légendes des arbres, un roman très beau, un magazine. Et puis, j’apprends les fleurs. Il est arrivé cette énième fois en promenade où je me suis exclamée oh mais quelle jolie fleur et il serait tellement plus joyeux de dire par exemple quelle belle eucharis, tout de suite la dimension change, il ne s’agit plus d’une vulgaire chose dans la terre mais bien d’une blancheur éclatante attirant le regard, à l’existence bien ancrée. Évidemment, je ne suis pas prête d’en voir par ici, mais c’est l’idée qui est importante, l’envie derrière ou même le besoin de me cultiver, je suppose. Plus tard, lorsque j’aurais agrandi mes connaissances florales, j’achèterai un livre pour approfondir, creuser vers ce qui se mange sans doute.
En attendant, je ne l’avais pas prévu j’ai donc peu de choses à montrer, mais je vais créer une nouvelle rubrique : les fleurs. En faire un herbier virtuel des fleurs rencontrées, me souvenir correctement de ce que j’apprends. Et alors peut-être et il s’agit d’une confidence de moi à moi, il s’agit de faire face d’accepter de surpasser et alors donc je finirai un jour par moins ressentir cette inculture, ce trou béant qui caractérise tout ce que je ne sais pas, tout ce que je ne sais pas dire, tout ce que je ne sais pas parler. Cette sensation régulière d’illégitimité quel que soit le discours m’est difficile. Je ne sais pas en faire le tour, je ne sais pas l’origine de cette fragilité. Mais. Ce que je ne sais pas me brise. J’en tremble. Et alors ensuite, je ne sais pas parler.
Il ne faudrait pas que je dise quelque chose de faux.

mare crapaud

rainette

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rainette macro

2 Comments:

  1. Je crains aussi de dire quelque chose de faux. Même en sachant certaines choses, j’ai l’impression de ne pas en savoir assez.
    Et pourtant c’est parfois en se trompant qu’on apprend.
    Magnifiques photos de la nature.

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