Je n’emporterai rien que le soleil

J’ai entamé une liste un peu sombre, je suis partagée sur la question. J’écris – je me tiens loin de la page, c’est presque étonnant la mise à distance physique obligatoire avec cette liste-là, cette synchronicité d’avec mes yeux flous – j’écris ce qui m’a programmé. Toutes les phrases entendues, répétées, j’écris tous les murs de ma mère, de ma famille, tous ces murs montés là pour que je n’escalade surtout jamais. Au propre comme au figuré. L’encre sur le papier tu ne vas pas t’en sortir je suis perturbée de mettre ces phrases les unes en dessous des autres, et encore, et encore. Et encore. J’essaye de croire en leur thérapie, l’écriture droite puis l’inversée, me dire à moi-même, changer la valeur de ce que j’ai imprimé à la ceinture ou aux sourcils froncés. Retourner les mots, produire une capacité, l’arracher, un peu. Je sens que cela va me prendre du temps pour les écrire, du temps pour les inverser, du temps pour grandir, aussi.

J’apprends, je fais face à la petite fille qui n’a jamais été prise au sérieux et à mes fils dont j’accueille la parole et les douleurs dans un même souffle. Je crois je ne culpabilise pas, je ne savais pas ce que j’allais transmettre. Je ne culpabilise pas et pourtant c’est capricieux comme sentiment, cette transmission de la maladie. La confirmation de la transmission aussi, elle est difficile. Je plonge dans la souffrance de voir son petit visage tout chiffonné de fatigue et de douleur.
Et la pensée aussi me vient que nous faisons avec ce qu’on a, que nous allons au moins avancer ensemble en toute connaissance. Qu’il y a là un énorme progrès et que je peux l’offrir à celle que j’ai été, à mes fils, à notre vie.

Je suis allée chez le médecin pour lui, pour essayer de l’aider mais il n’y a rien évidemment, je suis pourtant au courant qu’il n’y a rien, il n’y a jamais rien pour soulager la douleur ou la fatigue. Je ne m’attendais pas à l’aider elle dans sa démarche de soignante, à lui faire découvrir l’huile de CBD, à la voir s’illuminer pour une de ses patientes atteinte de Parkinson, à la voir en colère, aussi, de ne pas être tenue au courant de ce genre de choses. Certains chemins que nous prenons semblent escarpés et puis il y a cette éclaircie, cette petite route inattendue.. Je m’accroche à cette toute petite chose, j’ai peut-être aidé une personne, j’ai peut-être aidé toutes les autres personnes.

Je pleure, aussi.
Ce n’est que pour remonter, ce n’est que pour trouver l’arc-en-ciel parce qu’il ne peut pas y avoir autre chose.

2 Comments:

  1. Je sais pas si tu as aidé toutes les autres personnes (sûrement) mais moi tu m’as aidé, là. Ce texte résonne très fort en moi, je ne saurais pas dire comment.
    Merci.

    1. Je suis tellement touchée.. merci de me le dire <3 Je ne sais pas ce qui t'a aidé exactement, en tout cas j'en suis heureuse 🙂
      Douce journée à toi

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