Aimer les gens, énormément

Jeudi
Je n’ai plus mal dans le dos, toute une joie étincelante m’habite.

J’ai ouvert la porte de ma chambre j’étais encore très engourdie de sommeil, les enfants étaient à la table blanche et ils travaillaient sur leurs cahiers d’école. Prince lisait l’énoncé à Hibou, et je les ai regardés avec des yeux ronds très très ronds et j’ai savouré. Nous sommes dans un élan ces temps, un engouement, une joie pour ce que nous faisons qui est douce pour nous tous. Parfois il y a des tensions de Prince, malgré cela c’est lui qui est dans ce bonheur-là et entraine son frère avec lui dans l’envie d’avancer sur le scolaire. Mais tout de même, je ne me remets.. ils travaillaient tous les deux, sans moi, juste comme ça par plaisir ! Je ne pensais pas voir cela un jour, après tout ce que nous avons traversé..

J’ai hésité à laver mon linge, comme tous les jours depuis des semaines. Juin apparait, empêtré de nuages sombres, c’est perturbant. J’ai voulu y croire et puis finalement la pluie est tombée d’un coup, comme un nuage qui s’essore. J’avais étendu le linge sous le soleil et dans les rires, avec Mignonette dans mes pattes qui courait de l’herbe au prunier et du prunier vers mes jambes et les enfants sautaient dans les flaques avec bonheur maman l’eau est chaude !! sauf qu’elle était aussi bien sale, ce n’était pas prévu.. Et donc une heure s’est écoulée, la pluie s’est engouffrée dans le linge comme si elle devait à tout prix le remplir. Je l’ai arraché aux épingles avec l’averse qui nous trempait entièrement, les doigts les mains les vêtements, je sentais couler dans mon dos un peu nu vers les épaules et on riait, je ne sais pas pourquoi mais de courir comme ça, c’était la seule chose à faire, de rire, ça éclatait depuis l’intérieur.

Il fallait bien faire contre mauvaise fortune bon coeur avec toute cette eau qui tombait du ciel, j’ai donc investi la cuisine : curry de pois chiches et meringues, les enfants se sont régalés des deux et vraiment pour le curry je pensais qu’ils le bouderaient comme tous mes autres plats un peu épicés – serait-ce des enfants. Il a été sacré meilleur plat préféré du moment. Seconde surprise de ma journée, vraiment.. je reste encore avec mon étonnement.

Le soir une fois les enfants dans leurs rêves, nous avons visionné le film documentaire Demain, et c’est difficile un peu mais surtout c’est beau, j’avais l’impression de voir éclore le monde, sa générosité, sa bienveillance envers la planète et ses habitants. Touchant.

Vendredi
La pluie évidemment, et puis en surprise les nuages qui s’effacent et le soleil qui apparait durablement.. alors Prince a eu l’envie terriblement envahissante de sortir, prendre l’air le soleil le vent, et les patins dans l’impasse n’y ont pas suffit, il fallait sortir encore sortir plus loin embrasser une forêt de l’espace toute une vie loin de l’appartement, et puis finalement non pas la forêt. Le parc leur a davantage parlé, celui avec les grandes rampes et des glissades à n’en plus finir – et des bleus sur le corps, aussi, des glissades bleues donc. Les enfants patinaient vers les rampes et des jeunes agglutinés là ; je me suis approchée d’un banc libre et ensoleillé, très à côté il y avait cet autre banc à l’ombre et occupé par une dame, cette femme que je savais connaitre mais que je ne remettais pas. Le brouillard, dans ma tête. Le blanc intense. Je reconnais les personnes la plupart du temps, mais cela reste à mon grand désespoir, à géométrie très variable, je ne fais pas que frôler l’impolitesse non, je perds des amis potentiels ainsi. Dans le doute donc, j’ai souri en déversant le bonjour, et la voix était un peu distante de part et d’autre et son léger sourire à elle ne m’aidant tellement pas. Les enfants sont revenus un peu épuisés, et les voyant retirer leurs patins je leur propose le parc de jeu à quelques pas d’enfant – c’est dire comme il est proche, collé aux glissades bleues. Et alors ce grand, grand moment de solitude, la petite voix fluette de Hibou balance avec un cri du cœur qui ne peut passer inaperçu par personne et surtout pas de la dame, là, juste à côté de moi sur le banc dans l’ombre « Ah non alors, il y a L. là-bas ». Merde. Merde merde merde. En plein dans les oreilles de la femme que je remets bien sûr maintenant, la mère de L. évidemment, cette femme que j’ai mis cinq années à amadouer, qui ne parle quasiment pas, ne me disait jamais bonjour alors que nous nous croisions tous les jours et que moi je disais bonjour tous les jours qu’il pleuve ou qu’il vente je le disais et ça a duré cinq ans donc, celle qui m’a dit bonjour pour la première fois le jour des élections épouvantables de l’année dernière et qui depuis me regarde presque dans les yeux lorsqu’on se croise, voilà, c’est elle, c’est ma voisine. Je veux juste disparaitre. Je ne peux même pas dire aux enfants que humm, la maman est juste à côté, ils n’ont rien vu et même si je chuchotais je serais entendue alors je laisse tomber, je leur souligne que tout de même le parc est grand et qu’ils peuvent bien y aller tout de même et qu’ils peuvent peut-être lui dire bonjour même si la dernière fois et c’était il y a des mois de cela, L. a roulé volontairement avec son vélo sur le pied de Prince, apothéose de leurs disputes et j’aurais mieux fait de me taire j’en ai conscience, Prince s’énerve et m’explique toujours bien fort « ah mais il vient de nous dire « ah non pas eux » lorsqu’il nous a vus ». J’ai donc lâché un nerveux « et bien au moins c’est réciproque », et je suis retournée à mon livre, c’était moins dangereux.
Je goute le caractère éphémère des relations.

2 Comments:

  1. On sent de la vie et une parenthèse enchantée dans cette journée de jeudi, dans cet élan d’amour, le bonheur juste là dans des instants simples . C’est doux. Ca fait du bien

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