Si je ne flotte pas un peu

 

Au matin je m’étire très doucement, je suis attentive à la musique jouée par mon corps. Une lente élongation. J’écoute la nuit se retirer, encore plus doucement. Je pourrais pleurer, certains matins. Comme ça. Simplement parce que cela se tient là, tout au bord, l’eau est toute sous la paupière et elle ne demande qu’à s’épancher plus loin, à se partager avec le jour, s’évanouir. Il lui arrive de me réveiller la nuit, il bouge, se tourne, se colle contre moi et alors je me réveille comme en plein jour il n’y a plus trace de sommeil, je suis une Veilleuse. Je m’assure, je crois. La sécurité, évidemment je sur-veille. Toujours il se rendort le bras sur moi et mes yeux grands ouverts. Je peine, alors, à retrouver un rêve serein. Et pourtant, cet homme jamais ne me ferait quoi que ce soit que je ne souhaite pas. Peut-on guérir de ça. J’ai la nuit fatiguée alors forcément après, le matin

En pleine lumière aussi, j’étire. Les doigts, les rires. Les soupirs. Ces temps je pose des mots sur des papiers volants que je glisse dans des carnets, plus tard, lorsque je rentre. Il me semble, je me recentre, je m’apprends. Je me souris, un peu. Délicatement. Je ne voudrais faire fuir la douce énergie de ces jours, alors je m’invente ce qu’il faut pour me faire croire que j’en ai la capacité, ce n’est qu’un stylo, ce n’est qu’une page blanche, ce ne sont que des histoires. Il n’y a pas de risque, la vie est soufflée et j’espère tellement

Je sais la douceur à en faire tourner la tête, il me suffit toujours de peu et c’est toute une vie ce peu, une bienveillance qui roule jusqu’à l’autre bout du monde. Je le crois inévitable, cet effet, une gentillesse n’éclot forcément que pour chanter dans d’autres oreilles, danser jusqu’à des lendemains ne survenant jamais, elle suit son chemin j’en suis certaine. Et donc deux médiathécaires ont lâché entre mes doigts une énorme pile de trois années du magazine Lire, et merveille il y en avait un consacré à Marguerite Duras. J’aime ces petites choses précieuses et extraordinaires, elles donnent un éclat particulier à ces journées, colorent un peu mes nuits, aussi. J’en suis à me demander si je ne flotte pas un peu, dès fois, juste pour ne pas être atteinte par ce qui ne va pas dans le monde. Je m’éloigne de, je me rapproche de.. je ne suis que mouvement, je ne suis pas certaine de savoir exactement non ce que je suis mais ce que je peux être. Je tente de saisir ce qui me retient d’écrire – ou ce qui retient le livre – ce qui retient l’encre

2 Comments:

  1.  » J’en suis à me demander si je ne flotte pas un peu, dès fois, juste pour ne pas être atteinte par ce qui ne va pas dans le monde »
    Moi je le fais c’est certain. Je plane, sur un nuage. Je me place dans une bulle. Je ne vois que le beau, je ne laisse que le beau s’attacher. Le reste glisse, je le laisse glisser loin de moi. Je dis que ça ne m’appartient pas.

    1. Je le fais parfois, ça fonctionne bien (surtout lorsque je m’éloigne de twitter je dois dire). Mais je ne sais pas laisser glisser trop loin, pour agir sur le monde (et aussi pour pouvoir rester en accord avec mes valeurs en m’ajustant face à ce qu’il se passe dans le monde) il y a alors en moi ce besoin d’être au courant de ce qu’il se passe. L’équilibre n’est pas toujours facile.

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