Pensine

Une nuit, les larmes


une vidéo ne l’étant pas

 

Je suis rentrée c’est un mirage je ne peux être celle qui trie et jette, déjà. J’ai beaucoup marché chaque jour et pris dans les sept cent cinquante photos, écouté des arbres et croisé un renard des biches des libellules, dormi sous une tente et rencontré une dizaine de hérons – et accessoirement photographié aucun -, renoué merveilleusement avec LeChat et découvert la joie de restaurants à deux couples, plongé les pieds dans une rivière gelée et fui devant des sangliers énervés. Je ne saisis pas exactement par quelle bizarrerie je suis désormais celle bousculant sa maison, noyée sous la paperasse d’une mutuelle à changer, cuisinant pain, gâteaux et autres repas, étendant mille lessives et nourrissant un chat, posant une main sur le front fiévreux du plus jeune et écrivant sur son blog.
Il me semble y avoir perdu au change.
Vraiment.

Je suis rentrée et pourtant surtout je suis partie.
J’ai commencé mes vacances de deux manières, c’était suffisamment étrange pour que le sursaut me soit bénéfique.

Tout d’abord beaucoup de personnes sont revenues d’un seul coup, me parler par mail ou texto – pas spécialement en rapport avec mon article d’ailleurs. J’ai réalisé que je souhaitais ardemment nouer de nouveaux contacts et que ce sont d’anciens qui se sont manifestés – l’humour toujours un peu particulier de l’Univers. J’ai saisi la situation telle qu’elle était et en ai compris toute la difficulté : j’avais besoin de fermer correctement certaines portes, avant d’en ouvrir d’autres. Le message était clair, je me suis mise au travail puisque les courriers étaient là à m’attendre. Ce fut mon erreur cette immédiateté, j’ai commencé à rater mes vacances par un esprit encombré de ce que j’allais dire, de ce que j’avais dit, de la réponse reçue, de ce que j’allais répondre.. l’enfer dans ma tête. C’est que la situation est tendue, je souhaite rompre avec une personne revenue comme ça, paf après deux années d’absence non justifiée jusque là et qui vient de le faire et alors ma colère à moi et alors cette sensation lourde de mépris pour C. Elle aura fait bien des dégâts en prétextant m’aider, je ne me remets pas de son pouvoir de nuisance. C’est de ma faute, aussi. Vraiment. J’aurais dû comprendre avant, j’avais tout en main pour le déceler et alors rien, je mettais de côté, je me suis laissée bercer par ses paroles – je ne saurais le dire mieux tellement c’est cela. Pratiquement six années que je sursaute sur des phrases terribles et méchantes, des secrets que je ne devrais pas connaître, son bavardage incessant sur les autres. Alors voilà, j’y suis, elle nous a fait du mal. Sa meilleure amie – mais C. a dit de sa fille (de celle revenant, de sa fille donc) de 7 ans qu’elle faisait pute, voilà, tout est dit sur C. il me semble – revient donc me voir après deux ans de silence et j’ai le choix cornélien entre mettre les pieds correctement dans le plat et donc blesser l’ex-amie-revenante (et évidemment piétiner son avenir pro avec C.), ou me taire et ne pas pouvoir expliquer pourquoi je ferme la porte de manière définitive. Et c’est difficile, je ne peux faire l’un sans faire l’autre, je ne peux que me bâillonner ou alors ravager, nulle demi-mesure possible.

J’ai donc gâché le début de mes vacances à plisser des mots sur un téléphone et puis j’ai fait la seule chose raisonnable : je n’ai plus répondu. Je me suis tenu à ce silence jusqu’à mon retour, j’ai forcé toutes mes pensées – mais pas mes rêves, j’y suis allée à la pelle et à la hache, j’ai déraciné des âmes et soigné des yeux malgré moi et c’était moche ces trous vraiment moche – et j’ai retrouvé une sérénité le jour à défaut de mes nuits – et alors une nuit, les larmes tranquilles, la tristesse et la fin. La meilleure décision.
Maintenant que je suis revenue il me faut terminer cette amitié suspendue et décider de l’exactitude bancale ou fidèle, de ma réponse. Dans les deux cas, je perds. Dans les deux cas, je ne me respecte pas. Même s’il est évident que mon choix est fait puisqu’il n’est pas pensable que je répande toute cette boue, je me sens si mal. Accessoirement je suis en train de mettre fin à toutes les amitiés des six dernières années et avec bien trop de personnes, puisque toutes sont liées à C., puisque toutes s’abreuvent à sa source. J’ai un peu la sensation de me bannir volontairement et fortement, de ma vie d’ici. Sa superficialité n’empêchait pas les contacts souriants, et je vais le faire disparaitre.
Je mesure toute ma solitude.
Je ne me sens pas encore triste, seulement en colère et tendue de ce que certaines prennent la vie des autres pour un terrain de jeu – il me semblait pourtant, avoir quitté l’enfance et ses blessures d’ami·e·s. Alors la tristesse a éclaté une nuit sur un rêve si triste, si triste.. je ne pleurais même pas sur moi, je pleurais sur la tristesse de l’histoire que mon rêve me racontait. Je m’étonne encore de moi, presque j’aurais pu chercher une maman sous les étoiles et les arbres que ça n’aurait pas été plus triste.

Alors, la solitude et le nettoyage.

Et. Lorsque j’aurai terminé. Toute cette place pour d’autres.


ailes de papillon

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

5 commentaires

  • marie kléber

    Laisser une amitié partir est délicat et pourtant essentiel dans ce cas. Aucune solution ne semble juste, toutefois il est certain que ce vide fait laissera place à du nouveau, positif et plein d’énergie.
    Les larmes apaisent les tourments de l’âme. Le nuits nous aident à évacuer tout ce qui nous touche de l’intérieur.

  • Cléa Cassia

    Comme elles sont belles ces ailes de papillon ! Délicates et légères ~~
    J’espère qu’une fois que tu auras accompli ta tâche de « séparation » tu pourras t’envoler avec légèreté vers ces futurs autres pour qui tu fais de la place…

    Et, oui, les vacances c’est le meilleur prétexte du monde pour faire la morte, le temps de prendre du recul un peu avec la vie « sociale »

    • Dame Ambre

      Merci 🙂 J’en ai d’autres assez réussies, j’essayerai de les poster à un moment !

      J’ai réussi à fermer la porte à cette personne et depuis je réalise plein de choses avec C., c’est assez effrayant et je me sens un peu perdue. Il était temps que j’ouvre les yeux.. Cela devrait en effet laisser de la place à d’autres possibilités 🙂

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