Un bout de vie, de la vie d’hier

Depuis quelques soirs nous poursuivons les vacances – j’ai cette sensation – une fois le repas terminé : nous partons marcher avec les enfants. Le plus souvent, une heure passe avant d’être de retour chez nous. Je me souviens petite et puis adolescente, comme j’aimais les soirs d’été, marcher avec ma grand-mère par les petits chemins. J’en ai conservé cet amour du soleil couchant, des rires.. une complicité immense avec cette mère de remplacement.
Alors le soir, nous marchons et hier nous étions à quelque chose comme dix minutes de la maison lorsqu’il y a eu une pluie soudaine, une eau tombant du ciel semblant n’être là que pour nos jolies têtes puisque le ciel bleu nous narguait à quelques mètres d’oiseau. Elle glissait sur les feuilles des arbres nous protégeant du ciel rageux, et nous nous ne faisions que rire sous le regard des automobilistes un peu consternés – ils allaient tellement trop vite, aussi, LeChat disait que dès les premières gouttes les gens accélèrent, cela doit être animal – et notre rire dépassait la pluie, nous n’étions juste plus aux urgences-pas-si-urgentes, c’était cela un peu le rire.

Au téléphone ma belle-mère me proposait des rideaux pour mes futures fenêtres – mais je suis une femme sans rideaux, je n’arrive pas à y trouver un attrait autre que pour se cacher et là-bas nous n’aurons pas besoin – et entre les tringles et les couleurs Prince a hurlé de douleur, la faute au genou du petit frère hyperactif dans le nez. Après une demi-heure de câlins – trente minutes où sa tête se pose contre moi et son corps s’échappe -, il a accepté de repartir jouer, le nez et le genou allaient merveilleusement bien. Moins de deux heures plus tard, Hibou hurlait nettement avec une différence – ce cri, là, qui arrache les tripes – et j’ai lâché ce que je faisais mille fois plus vite, il était en sang, les mains la bouche le pantalon. Tombé de son lit pourtant au sol, tombé depuis toute sa hauteur sur le visage. Ce n’était pas si terrifiant, c’était seulement le sang et la lèvre fendue en deux loin en profondeur et les dents lui faisaient mal et surtout cet enfant qui ne pleure jamais plus de la moitié d’une minute les jours de grandes douleurs, il hurlait hurlait et vingt minutes plus il était toujours en crise de larmes accroché à moi, avec sa lèvre fendue et immensément imposante. On ne sait plus exactement ce qu’on a craint, ses larmes inhabituelles ses dents la lèvre qui s’ouvrait de plus en plus large dans le mauvais sens, nous avons finalement filé aux urgences avec la peur au ventre un peu, parce que cet enfant et les soins, se sont deux histoires qui se terminent toujours mal. Le premier miracle fut qu’il n’y a pas eu trop à batailler pour qu’il se laisse observer par les deux médecins – je crois qu’il y en avait un mignon, mais je n’étais pas suffisamment moi-même pour m’en rendre-compte vraiment, et le second fut qu’il n’y avait rien à y faire, les dents avaient l’air de tenir – évidemment il s’agit d’humour un peu sombre, mais ils ont vérifié – et nous nous étions inquiétés pour rien. Dans la voiture je me disais – pour la millième fois ces dernières années – comme je dois profiter de tout à chaque instant, parce que la vie bascule si vite on ne sait jamais ce qui va se fracasser.


contre-jour au petit matin,
alors
contre-matin

4 Comments:

  1. Marie Kléber

    Ça me fait sourire quand les premières gouttes arrivent et que tout le monde court partout ou semble perdu!
    Plus de peur que de mal. Ces moments nous rappellent que la vie est fragile.
    Les promenades du soir, à la fraiche, me rappellent aussi de doux souvenirs. Profitez en bien!

  2. J espere que ton petit bout va bien…. J’adore aussi les soirs d’été les premieres gouttes de pluie……

    1. Il va bien je te remercie, plus de peur que de mal finalement (sa lèvre dégonfle, ça se répare bien).
      Je suis heureuse de découvrir ton blog, je te remercie donc des mots que tu as laissé me permettant de faire ta connaissance (je suis d’une grande timidité et laisse peu de commentaires, j’en suis navrée parfois).
      Douce journée à toi 🙂

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