Vendredi 6 juillet – Road trip jour 1

Nous avions prévu de dormir vers tous les endroits merveilleux entre l’Auvergne et Paris, finalement il y a eu des contraintes de part et d’autres, l’agenda de mes beaux-parents, la mort de la mère de ma belle-mère, la fatigue et l’émotionnel, alors nous avons déposé les enfants tardivement et nous avons même failli devoir tout annulé, les enfants les vacances la tente l’ophtalmo pour mes yeux, tout. Et puis un peu en bousculant un peu en pleurant aussi, tout est rentré en plus petit et nous sommes partis, eux chez leurs grands-parents et nous en camping ; avec beaucoup moins de jours de vacances mais partis.

Alors malgré cette myriade d’endroits, nous n’avons pu faire qu’une seule escale entre notre maison et Paris-mon-rendez-vous-pour-les-yeux ; Nevers pouvait laisser penser que nous étions un peu au milieu de ces deux villes, alors nous avons gardé ce point de chute.

champignon

Il est 19h30 une vingtaine de kilomètres de Nevers se tiennent quelques maisons bordées d’un chemin de grande randonnée proches d’un champs longeant une forêt ; si la description est commune, l’est beaucoup moins le premier coup de feu entendu à peine sorti de voiture. Nous nous figeons. Il est intéressant de constater comme un simple coup de feu dans un lointain semblant un peu trop proche, nous devenons l’animal traqué. Le cœur comme à l’arrêt, l’oreille tendue pour entendre le second coup. Qui explose presque plus fort dans nos tympans tellement nous l’attendons. LeChat, particulièrement tendu, souhaite repartir, et étonnamment je ne ressens aucune peur aussi je refuse. Je n’ai aucune explication à lui offrir, je ressens que nous devons dormir ici, simplement. Nous préparons nos affaires pour le matin, je me change dans la voiture pour la petite marche prévue – et alors me traverse l’idée que les coups de feu ont une régularité étrange – et nous entrons dans la forêt. Il est grognon après le chasseur, énervé par le risque de se prendre une balle perdue et moi je suis à rien de rire tellement je ne me sens pas en danger. Ce qui l’agace un peu plus.
La forêt est superbe. Le chemin longeant le champs s’en écarte pour s’enfoncer vraiment dans les arbres, et le chasseur ou alors nos pas s’éloigne de nous et LeChat respire et s’apaise un peu. Nous trouvons un espace intéressant pour planter la tente mais je ne suis pas satisfaite, je chipote et il essaye de ne pas s’agacer – il est gentil. Et alors il a cette phrase le sorcière en toi, elle dit que nous dormons où et sans même réfléchir je me tourne en disant et je désigne l’espace un peu à sa droite où les arbres font comme une grotte. Étonnée je lève la tête et j’aperçois les branches, elles forment une arche, une protection, il y a cette évidence à dormir juste en-dessous si forte que lorsqu’il me dit ce n’est pas bien plat, c’est même un peu en pente je suis certaine de ne pas vouloir chercher ailleurs. C’est le souci avec les sorcières, elles savent.

Les photos sont essentiellement floues, ce qui est fortement triste tant le lieu est resplendissant et apaisant dans un même mouvement..

Quelques gouttes de pluie nous font accélérer un peu les gestes. Nous craignons l’énorme orage prévu, nous ne sommes pas certains de pouvoir passer la nuit dans la forêt – mais il nous fallait bien tenter. Dans le calme de la tente, nous comptons l’intervalle entre les coups de feu et cette fois la régularité nous saute au visage : une minute trente six secondes. Il n’y a pas de chasseur, seulement un paysan cherchant à faire fuir les oiseaux – et les voyageurs – pour sauver ses graines. Je doute de la réussite.
Nous nous endormons alors qu’il ne fait même pas encore nuit, le chant des oiseaux pour berceuse.

La nuit, je me suis réveillée souvent. Un peu pour vérifier sans doute, que tout allait bien.. il n’y a pas quatre murs autour de nous, juste quelques tissus tendus.. c’est un peu dérangeant, tout de même.
Au petit matin douze heures avaient passé, la forêt avait été malmenée par l’orage que nous n’avions pas entendu, d’énormes branches mortes saturait le sentier que nous avions la veille emprunté sans souci ; nous avions été protégés.


Nous sommes repartis vers la voiture, accompagnés par le bruit sourd du faux-chasseur et le rire au bord des yeux sur cette première nuit merveilleuse et tellement hors du monde.

Nous avons repris le petit chemin cabossé de cailloux sans nous rendre-compte de rien, et puis nous avons filé vers l’autoroute. Paris se tenait à trois heures de là, avec mon rendez-vous pour les yeux et puis Sting que je n’ai pas vu –la faute à notre fatigue.
Lorsque la vitesse a ralenti, et les ralentissements dans la région c’est quelque chose –sous le soleil de plomb nous avons vaincu l’embouteillage parisien avec bien du retard -, il y avait ce bruit étrange semblant se répercuter contre les parois des immeubles. Je suis descendue lors d’un feu rouge, tous nos pneus étaient bien gonflés, nous n’avions rien crevé, c’était incompréhensible. Nous avons garé la voiture dans le parking de Blanche sans même prendre le temps de récupérer nos affaires et nous avons couru jusqu’au métro, oubliant le bruit de la voiture et ne pensant plus qu’à être à l’heure. La nuit dans la forêt, les oiseaux, le ralentissement de la vie en pleine nature, tout cela s’est joyeusement engouffré dans le trafic parisien. Le décalage fut perturbant.. la sensation un peu, de bousculer le corps, les pensées, la respiration. D’être une autre personne.

(à suivre)

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