Le livre Zéro déchet de Béa Johnson

Je me suis plongée avec joie dans le livre Zéro déchet, et j’en suis ressortie dubitative. C’est compliqué, ce sentiment. Pour moi. J’aurais aimé en ressortir galvanisée, avec beaucoup de nouvelles idées et surtout avec de la joie en moi. Le livre et moi, nous nous sommes quelque peu.. ratés.

zéro déchet de Béa Jonhson

Sa méthode est simple : refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter. Elle va développer ces cinq points dans chaque pièce, dans chaque circonstance de vie. Elle explique parfaitement chaque point, et l’importance de les appliquer dans cet ordre.

Ma première déception : en dehors du fait que trouver du vrac est une gageure dans ma ville – et il y aurait hérésie écologique à ce que je fasse une heure et vingt minutes aller-retour pour en trouver -, j’ai déjà mis en pratique beaucoup de ces conseils (qui me semblent très souvent être du simple bon sens, mais encore faut-il y réfléchir donc je saisis bien pourquoi elle en parle dans son livre), seulement forcément, du coup, je me suis retrouvée avec une déception sur les bras : elle n’avait rien à m’apprendre. Elle n’en est nullement responsable, évidemment, reste que j’en suis fortement dépitée.

Le point suivant concerne ses recettes :

1) elles tournent globalement autour de l’animal. La cire d’abeille tient une bonne place dans sa maison, et personnellement j’ai fait le choix de ne faire aucune utilisation animale : je suis, autant que faire se peut, végane. Qu’elle ne le soit pas ne me pose pas de souci, simplement cela me ferme à ses expériences.  De même elle prône le cuir en toute circonstance pour évincer le plastique, impossibilité pour moi.

2) il y a un manque de simplicité : elle fabrique bien des produits de beauté, et si je loue l’effort je ne saisis pas toujours pourquoi il y a besoin d’autant de choses sur un corps ou autant de temps pour fabriquer ce qui pourrait se faire simplement avec de l’huile de noix de coco uniquement. Elle m’a un peu perdue. Par exemple lorsqu’il est question de la crème solaire :

Écran solaire maison : faire votre écran solaire vous-même est simple comme bonjour. Il suffit de mélanger de la poudre d’oxyde de zinc ou de dioxyde de titane avec de l’huile de sésame ou de la lotion, mais encore faut-il trouver ces poudres vendues en vrac (je n’y suis pas parvenue). Pour un indice 20, mélangez environ 50 grammes de poudre à environ 220 grammes de lotion

Pour un même indice, il y a l’huile de germe de blé. De mon côté je lui préfère l’huile de noix de coco puisque je la trouve facilement et dans un contenant en verre. Je trouve cela plus simple, je n’aime pas mélanger trop d’ingrédients : je suis une personne très minimaliste dans mes essais, dans mes gestes, dans mes achats. Ce n’est pas que j’en ai le désir profond, c’est que cela m’agace vite en réalité : trop de cuisine cela m’exaspère fortement – oui, même pour jouer à la sorcière. Ma conclusion toute personnelle et bienveillante – j’essaye vraiment de le dire avec douceur et respect – est qu’elle pourrait éviter encore bien des achats en cherchant une plus grande simplicité.

3) Certaines recettes m’ont paru particulièrement excessives (du curcuma sur les paupières pour fard à paupière je trouve que c’est dangereux, c’est une épice), ou comme celle-ci par exemple

Boules Quies : ramollissez une boule de cire de fromage (type gouda) de la taille d’une bille entre vos doigts et introduisez-la dans vos oreilles pour passer une nuit tranquille.

Je comprends, je veux dire les idées farfelues j’en ai très souvent. C’est amusant, parfois réalisable, parfois jetable. Si on met de côté mon côté végétalien – si si je peux le faire – je ne saisis pas à quel moment on peut envisager de mettre du fromage dans ses oreilles. Vraiment. C’est au-dessus de mes forces, et je pense que cela serait au-dessus de celle de mon mari en tant que conjoint dormant à côté de moi. Après loin de moi l’idée de juger, et peut-être que certains vont adorer.. Le pire, c’est que cela réglerait mon souci d’allergie aux boules quiès, que je porte malgré tout – oui, c’est terrible et je viens de le payer avec une surdité d’une semaine. Je suis navrée de ne pouvoir mettre du gouda en remplacement. Du coup.

(Rajout, suite à un oubli) Elle conseille fortement de ne rien conserver version papier, et de tout stocker via un Icloud. Il s’agit là pour moi, fondamentalement, d’une belle hérésie. Le stockage en masse de données produit du carbone néfaste pour la planète, l’empreinte carbone est monumentale (serveurs de stockages, transports des données permanents, etc) : la toile génère aujourd’hui 2% des émissions de CO2 mondiales. C’est à bannir, résolument. Ce qu’elle considère ici comme « gratuit » et sans déchet, est en réalité à l’opposé de l’effet recherché. Ici l’impact de Google, ou encore l’impact en infographie ici « 4 grammes de CO2 émis pour chaque mail envoyé, 7 tonnes de CO2 par jour pour les recherches Google« .

Le livre que j’ai entre les mains est canadien, tous les liens sont donc centrés sur le pays ; globalement, je n’ai rien pu en tirer pour moi, depuis la France, j’ai été un peu déçue. Je comprends bien qu’il est difficile de faire une impression différente par pays, ce n’est qu’une remarque – importante, sans qu’on puisse y faire grand-chose.

Béa Jonhson est partie d’un extrême (le rêve américain et sa démesure totalement folle) et finalement est arrivée sur un autre extrême, le minimalisme à outrance. Alors je comprends bien qu’elle parle dans le titre de « 40% d’économie » mais c’est obligatoirement à replacer dans le contexte. Elle avait une maison de 300m² (Béa Jonhson me semble d’autant plus admirable), elle a forcément eu énormément à trier, jeter, recycler, etc. Bien plus qu’une personne lambda. Pour autant, même si elle avait beaucoup à faire, nos maisons mêmes plus petites sont diablement surchargées. C’est un travail titanesque que d’entreprendre le minimalisme.

En dernier point.. et je suis fortement chagrinée de l’écrire.. l’ensemble de cette lecture m’a un peu tendue. Elle m’a semblé clairement obsessionnelle, et ce déjà avant de tomber dans le minimalisme (d’après ce qu’elle écrit d’elle). Si elle est revenue de ses extrêmes – elle avait remplacé le papier toilette par de la mousse ramassée dans les bois, avant de réaliser qu’elle allait trop loin – son écriture m’a semblé tendue, comme si elle était en colère peut-être.., je suis ressortie du livre un peu à cran. J’y cherchais une certaine zénitude, son ton d’écriture m’a accrochée. Je considère que cela m’appartient, je n’ai rien de vraiment concret à signaler, rien de précis. Une simple sensation générale.

En conclusion

Je m’aperçois qu’essentiellement j’ai été touchée par les points qui m’ont été négatifs, cela m’attriste. Le livre reste une bonne idée pour débuter le minimalisme, il est une bonne piste pour une recherche d’empreinte carbone négligeable pour la planète. Il regorge d’idées, retrouvables sur le net il me semble maintenant, mais il a le mérite de réunir toute la pensée de Béa Johnson en un seul ouvrage (ici, une vidéo). Il n’est pas parfait mais ce n’était pas le but une seconde, et il mérite sincèrement qu’on s’y arrête quelques heures afin de faire le tour de ce que nous pouvons, à notre petite échelle de fourmi, pratiquer. Il n’apportera pas grand-chose à une personne déjà bien avancée sur le chemin, mais sera d’une grande aide pour une prise de conscience générale de ce que nous entassons si facilement dans nos maisons, sans même le conscientiser.  À lire, donc !

9 Comments:

  1. Catherine (de Marseille)

    Bonsoir.Je pense exactement pareil que toi (vous ? :))
    C’est quelqu’un qui a capté l’air du temps.Il n’y a qu’à voir le nombre de conférences qu’elle donne.Je crois que dans une vidéo j’ai vu son « semblant » d’appartement minimaliste. Un vrai desert cuturel sans vie.Cela frise le ridicule et donne l’impression que sa famille à un appartement témoin pour les journalistes et un autre où ils doivent vraiment vivre.J’aimerais voir leur poubelle RÉELLE.
    Vive les maisons ou les enfants ont le droit de peindre , bricoler ou rêver .Et les adultes aussi.Il faut dire que je suis un peu bordélique sur les bords.Cordialement ,Catherine.(je préfère vos photos à celle du livre de cette arnaqueuse de première !).

    1. (le tutoiement c’est chouette 🙂 )
      Je pense qu’elle est vraiment arrivé à une poubelle minimale, et que leur appartement est ainsi, très vide. Si cela leur convient (et ça a l’air d’être le cas), c’est bien pour eux. C’est vrai que ma maison est davantage encombrée, ou « vivante », il y a du désordre souvent ; je voudrais éliminer encore plein de choses mais je ne vise pas ce que j’ai vu chez elle (du coup, tu m’as donné envie de chercher et j’ai trouvé une vidéo, je l’ai mise en lien dans l’article). C’est instructif, mais aussi trop pour moi (et pour toi), ce désert culturel et visuel me pèserait . Je souhaite avoir une maison où je me sens bien, et ce ne serait pas celle de cette dame. Mais elle, elle s’y sent bien et c’est le principal.
      Je te rejoins sur l’idée que les enfants puissent vivre leur créativité librement !
      Merci pour mes photos ^^ Je ne la pense pas arnaqueuse, juste.. extrême (et elle le partage). Et ma foi, elle a le mérite d’avoir mis le doigt sur un point important : notre consommation génère trop de déchets, la planète n’est pas capable d’en supporter le poids et la pollution. Un certain équilibre en tout chose, un peu de mesure, et on peut adapter, chacun, à nos vies, nos finances et nos valeurs.. ? 🙂

  2. Alors là tu m’apprends quelque chose pour les huiles végétales qui ont un indice protecteur ! J’aurais pensé qu’ l’huile de coco par exemple agissait à l’inverse et faisait « cuire » au lieu de protégée. Avec mes tatouages c’est indispensable pour moi de protéger ma peau, et je passe mon temps cet été à me tartiner de crème 50… Je vais tester ça dès que possible !

    J’aurais tendance à penser comme toi, quitte à prôner le minimalisme, autant y aller à fond et ne pas s’encombrer de recettes aux multiples ingrédients et longues à exécuter (quand je cuisine je ne fais en général que des choses simples, toutes les recettes avec de nombreuses étapes me découragent par avance !). Enfin bon, moi je suis devenue minimaliste aussi par flemme, moins j’en fais et mieux je me porte !

    J’ai eu une petite grimace en lisant l’histoire sur les boules quiès… Je n’en reviens pas ! Je n’aurais pas l’impression d’avoir les oreilles très propres après avoir passé la nuit avec du fromage dedans… Et quand on pense au prix du fromage en général, ça fait quand même cher la boule quiès non réutilisable^^

    Mais comme tu dis, si ça peut permettre à certaines personnes de prendre conscience de l’impact des déchets, tant mieux !

    1. L’huile de coco est peut-être un peu basse alors, si tu trouves celle de germe de blé ça sera mieux (indice 20 c’est une protection de 95 % des UV. Celui que tu as actuellement à indice 50 protège à 98%, c’est donc l’huile la plus correcte pour toi je pense). Ceci dit, les indices de protection sont en réalité proches les uns des autres au niveau de l’efficacité.

      Concernant les boules quiès, le fromage produisant des bactéries je te laisse imaginer ce qu’il se passerait dans les oreilles ^^ Fermentation, bonjour 😛 Et en effet, ça produit ensuite un déchet et surtout du gaspillage alimentaire.. Ce n’est pas extra ^^’

      1. Oui je fais essayer d’en trouver, si le hangar bio n’en a pas je verrai sur internet 🙂 Mais si vraiment c’est efficace c’est une super nouvelle 😀

        1. Je n’ai pas testé l’huile de germe de blé, par contre la coco oui : au début ça sent très fort, et puis ça s’estompe un peu (j’ai un nez fortement développé, et une odeur reste indéniablement sur la peau). Je ne pense pas que la sensation diffère beaucoup de la crème solaire (ça fait trop longtemps que je n’en mets plus, le souvenir est lointain), et je n’ai eu aucun coup de soleil avec (mais je ne m’expose pas volontairement, c’était juste parce que je restais beaucoup au soleil en marchant).
          Tu me diras ?

    1. Merci beaucoup c’est super gentil ! J’en ai testé (des roses, par manque de choix évident) et j’ai détesté la texture (j’avais la sensation d’une pâte à modelé dont le rose allait couler dans mon oreille, ce n’était pas raisonnable mais je n’ai pas pu), alors mon mari les a finalement utilisées. Il y avait un dessin dessus (mais pourquoi ?) et il s’est désintégré.. dans son oreille. Fin de l’aventure ^^’ (malheureusement..).

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