Et ne conserver que la joie

coup de cœur pour l’artiste
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Je l’avais dans la tête depuis des semaines, ce petit meuble vide dans la chambre de Prince. Je voyais son passage dans notre chambre, en remplacement de son jumeau de taille moyenne – en réalité son double, littéralement -, je voyais tout aussi bien le passage de ce Moyen dans la chambre de Hibou, en remplacement de son jumeau mais dans une version immense. Et ce dernier, je le voyais sorti de la maison par la grande porte avec tous mes remerciements.

Le projet n’enthousiasmait pas LeChat, il faut dire il a la charge la plus lourde dans ce type d’affaire. J’arrange dans ma tête et il est mes bras. Et puis il s’est laissé convaincre entre la médiathèque et l’inscription au tir à l’arc pour Prince – hier fut une sacrément longue journée – et alors j’ai vidé les deux meubles pendant qu’il déplaçait et créait le nouveau bureau des enfants.

La chambre de Hibou respire. Les enfants sont dans un bonheur immense, et je me sens soulagée de ce poids – sans vilain jeu de mot, ce meuble pèse lourd de toute façon – et j’ai découvert pour l’occasion la véritable sensation du tri : pour la première fois je réalise à quel point j’ai effectivement beaucoup jeté, éliminé de choses de la maison. Il mesure 1,85m sur 1,85 et ce carré monstrueux sort de chez nous parce qu’il est vide. Jusqu’ici il me semblait agir dans l’absence, comme si l’acte était futile ; je m’épuisais sur des objets que j’échappais de la maison, sans effet. Et là, je l’ai touché du doigt, je sais je sens, j’agis, j’allège.
La sensation donne des ailes, pourtant je suis comme hésitante à transmettre ce que l’espace offre d’existence libre.. les mots soudain sont hors de portée, simplement j’admire. Il me semble retirer des fissures pour découvrir des courbes.. il me semble découvrir une autre essence, éloigner peut-être, l’encombrement de mon enfance – le nœud sans doute, se trouve-là.
Et qu’il y ait encore beaucoup à faire ne m’inquiète plus.