mouron rouge

Il y a un regard

Volcano – Saycet

Je ne suis pas certaine de vouloir l’écrire pourtant j’en sais la valeur. De l’écriture. De l’instant à poser. De ce qui est remonté. Comment en garder trace si je ne le pose pas. Et pourtant sans doute, ça ne sera pas ici. Il y a un regard et soudain la  pudeur. C’est cela qui m’arrive lorsque, enfin, je ne vrille plus. Une pudeur décalée. En retard. Très certainement en retard. Il nous arrive alors, de nous croiser.

Cela m’échappera dans son exactitude. Cela restera par-ci par-là, éparse pensée de ce qui m’a traversé de part en part comme un fil d’épée, je vais conserver précieusement les échanges de lettres – les vôtres aussi. Je ne réponds pas encore à la justesse sur l’instant, le décalage aussi, l’épuisement fait que je suis comme vide de moi. Aspirée par dix journées et nuitées d’une mise à l’envers des pensées. Avec l’ami, nous reconstruisons. Autrement. Avec davantage de respect, et de communication. Aussi. Ou surtout.


Leur relation, comme toutes les relations
repose sur la persistance de leur aveuglement
et leur capacité d’oubli.

Jonathan Safran Foer, Me voici


Je m’apprends avec perplexité dans mon atypie. Il me semblait, c’était le monde, il était incompréhensible, dérangé, cinglé, il était à ce point éloigné de moi je ne saisissais pas. Je crois saisir que je suis celle qui est éloignée. Si décalée que je ne suis pas comprise, entendue, je suis laissée par là sur le côté parce que comment je m’intègre à votre vitesse de vie ? Je n’avais pas réalisé comme je suis ailleurs. Comme je réponds, comme je ne réponds pas, ailleurs.
Je me demande un peu depuis ce regard d’ici, ce que je donne à penser, ce que mes ascenseurs émotionnels disent de moi. Beaucoup sont partis, beaucoup sont restés. Je suis perplexe vous savez, que vous restiez pour ceux qui sont de cela.


  J’
ai invité ma voisine dans un excès d’enthousiasme qui m’est coutumier, et maintenant j’appréhende. Elle je la sais bien, avec ses cheveux particuliers bouclés couleur indéfinissable et les sept mois d’amour devant elle. Je la reconnaitrais si je la croisais ailleurs, un autre lieu, il y a des personnes comme ça même si on les déplace du cadre habituel on les reconnait sans difficulté. Une idée un peu, de ce qu’est l’aura, de ce que vous êtes autour de vous et que je perçois.
Elle va arriver, et c’est assez propre la maison si on met en parallèle ma fatigue et ma tête ailleurs.
J’occupe l’inquiétude avec une tarte à l’abricot. Étaler la pâte a cette force de lisser mon âme, les gestes peut-être, cette rondeur dans le mouvement qui m’arrondit également, me pose. Je pourrais aplatir des milliers de pâtes à tarte simplement pour l’apaisement.


  J’
ai rouvert le Carnet Noir lorsqu’a déferlé une première phrase, à la seconde j’ai froncé le nez, à la troisième j’ai osé envisager que peut-être. Je le rouvrais, vraiment je le rouvrais. Je ne sais trop quoi en penser, cela fait ça si souvent. Alors, un point d’interrogation sur ce roman, toujours, encore. À jamais, peut-être.
Je viens de lire Ça raconte Sarah, le début m’a paru trop lent et ensuite j’ai lu en apnée dans la rapidité excessive de cet amour excessif comme si elle était en moi, comme si j’allais en crever avec. Je ne le relirai pas, j’ai aimé autant que j’ai été dérangée – pour ne pas dire qu’il m’a été insupportable, aussi -, la folie me met toujours mal à l’aise parce qu’il y a ce point par là-bas que je ne veux pas atteindre en moi, et alors ce style fou m’a retiré le souffle et il est fort mal aisé de lire sans l’air qui entre et qui sort des poumons. Essayez vous verrez, ce n’est pas envisageable.
Jusque là mon rapport à mes lectures étaient si il·elle peut écrire ça alors je peux forcément le faire aussi et même mieux. Une motivation comme une autre, une sorte de secouage de l’encre. Et je n’ai jamais réussi à écrire, à produire, à m’engager franchement avec la plume. Je tente la psychologie inversée ; si Dame Pauline peut écrire aussi magistralement, alors moi aussi.

En résumé s’il en faut un, bouge-toi ma fille.


mouron rouge