La vie en moins grand


    Je porte de nouveau des vêtements à ma taille, des pantalons qui me tiennent aux hanches et ne menacent plus de me quitter – assurément pour le plaisir d’en rire. J’ai perdu deux tailles, j’ai eu cette surprise-là d’essayer dans le doute – et par habitude aussi – mon ancien 40, puis d’enfiler le 38 avant de me résoudre à tester le 36. C’était le bon, je suis donc revenue à ce 36 d’avant grossesse – mais pas de l’avant taille si petite que je devais le compter en âge-maigreur -, je ne me suis pas remise de ça, c’est tout un bruit ancien contenu dans ce chiffre que je ne saisis pas, voilà, j’enfile des bruits taille 36 sans comprendre ce qu’ils disent de moi. Ça bavarde de moi, je ne m’entends pas encore bien dans tous ces changements.
Je n’ose pas donner mes pantalons encore, les grands. Je les ai mis de côté, je ne sais pas trop ce qu’on fait de nos vêtements trop grands sur un coup de tête du corps. Ils ne me parlent plus, ils sont disproportionnés alors qu’hier encore, je les portais.
Depuis deux jours je raccourcis les petits nouveaux parce que toujours les concepteurs nous pensent avec le mètre quatre-vingt allant de paire avec le trente-six, et que je suis désolée mais non, je suis une toute petite femme.

Me voici donc l’heureuse propriétaire d’un jean avec un papillon argenté, deux pantalons d’hiver et deux pantalons d’été. Il me semble, c’est très correct pour tourner. Je le saurai cet hiver de toute façon, puisque faire sécher le linge sans mauvaise odeur va être un combat acharné. Déjà hier la machine étendue sur la corde sentait certes bon mais ne séchait pas, conservait une certaine humidité.. le soleil ne pouvait rien contre la fraîcheur de l’automne. C’est qu’il fait froid, désormais. Je n’ose pas chauffer encore, la facture de l’année dernière s’est dangereusement coincée dans ma gorge alors une seconde, je risquerais de m’étouffer. Je porte des pulls et je souffre des mains, des bras, des pieds, je me réchauffe sur beaucoup de tasses d’eau chaude.


    J’ai rêvé de Mignonette cette nuit – j’y ai même dormi, dans ma nuit. J’ai croisé hier sa propriétaire, elle ne sait rien sinon sa disparition soudaine, elle se pense abandonnée encore, elle me cachait quelque chose et peut-être était-ce juste sa peine ou  peut-être elle mentait, à elle, à moi, je ne saurai jamais. Ni ce qu’elle a tu, ni ce que la chatte est devenue. Dans mon rêve elle n’avait pas disparu elle était ailleurs, chez des étrangers, elle vivait mais ce que disait mon rêve, c’est que je ne la reverrai pas, elle était trop loin, c’était une sorte d’impossible. Un point aveugle. J’ai une tristesse certaine, un brin de fatalisme aussi.
Depuis son départ précipité, notre jardin est le théâtre d’une certaine guerre, un peu légère parce qu’il suffit que je pointe le bout de mon nez pour que tel Chat détale à grande vitesse. Et puis lorsque j’étends mon linge, la grande chatonne grise se manifeste comme si toujours elle n’avait attendu que moi, se roule dans les herbes sèches en attendant ma main sur son ventre, et disparait dès la dernière épingle posée. Je ne sais pas ce que je fais aux chats mais j’aime l’apaisement qu’ils offrent. Alors ça me manque, un chat dans ma maison, elle me manque cette bestiole aux immenses yeux.


Asteraceae

2 Comments:

  1. Marie Kléber

    Le froid arrive et même si le soleil est là, il ne réchauffe plus comme il y a quelques semaines. Toutes les alternatives sont les bienvenues!
    J’apprends doucement à connaître les chats, et je comprends mieux certaines choses.

    1. Je ne sais pas pourquoi mais vraiment, j’étais persuadée qu’il y avais un chat dans ta vie, ta maison, quelque part ^^ Je me demande bien où j’ai pris cette idée ^^

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