U
n matin je me suis levée, je n’ai pas crié. Elle se déplaçait, énorme, monstrueuse de pattes, tranquille. Je dis elle, pourtant c’est il. Puisqu’elle était mâle. Je sais le sexe de l’araignée, c’est effrayant. C’est intéressant pourtant, ce elle qui est il, souvent cela me questionne cette langue jamais à la bonne place, à côté de la réalité ou du ressenti. Toujours est-il, il y avait ce il·lle se déplaçant nonchalamment à la recherche de sa femelle, et moi je me trouvais sur ce fil, à le·la regarder avec cette certitude indéracinable je ne peux pas m’en occuper. Viscéralement incapable. Fendue en deux. L’aspirateur contre moi ne servait à rien, c’était moi j’étais contre lui. Je suis allée frappé chez ma voisine et elle m’a ouvert, sa petite nouvelle née dans les bras. C’est comme ça que je me suis retrouvée à pleurer, avec sa petite fille contre ma poitrine, son odeur de bébé contre ma poitrine, sa tête contre ma poitrine, j’ai pleuré de ne pas arriver à tuer moi-même huit pattes un abdomen un mouvement sur le mur. Elle m’a dit mais il ne faut pas pleurer, cela me dépassait, ce pour quoi je pleurais n’était peut-être pas là, sur le mur, à finir son mouvement dans l’aspirateur. Qu’est-ce que j’en sais moi pourquoi je pleure tout le temps, pourquoi là je peux dire aujourd’hui que non je ne pleure pas, rien, le vide de larmes, depuis ce matin c’est même presque la forme. Je ne saisis pas ce qu’il se passe dans mon corps. Il pleure puis non, il perd trop de poids puis non, il perd tous ses cheveux par poignées puis non, il ne dort pas puis.. il ne dort pas, juste. Je vais pouvoir me faire vampiriser, maintenant que la mutuelle est enfin réveillée je dois vérifier la thyroïde, dès fois que ce soit elle qui joue avec moi. Il pourrait être là, le malentendu avec mon corps. Les émotions envolées de ces derniers mois. Les insomnies folles. Les kilos tombés. Peut-être, c’est une piste. C’est le problème d’avoir une maladie bien installée, si une autre arrive elle se camoufle derrière la première. Parce que vraiment, à quel moment puis-je signaler une immense fatigue et des douleurs que j’ai déjà ? Il n’y a pas de supplément pour une autre maladie, ça ne crie pas plus fort simplement parce qu’elles sont deux, c’est noyé, on peut s’effondrer longtemps avant de soulever un autre coin de la couverture et se dire que, ah. Il y avait l’Autre.
Enfin pour l’instant il n’y a rien qu’une analyse à faire, rien qu’une maladie. Tant qu’on ne sait pas, elle est seule sur son rocher.



2 Comments:

  1. marie kléber

    Les bonnes journées font du bien.
    Tu ne fais pas rien. Tu es là pour tes enfants. C’est énorme.
    Le nanowrimo j’y pense aussi. J’y pense tous les ans. Puis rien ne se fait.
    Cette année peut-être…

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